‹ Correspondance et uvresChapitre 54 sur 58 · XII. — Une sœur de charité. — Départs et arrivées · texte numérisé non relu

XII. — Une sœur de charité. — Départs et arrivées

C'est à peu près vers cette époque qu'il arriva dans notre hôtel la plus délicieuse créature qu'on puisse voir. C'était une pauvre sœur de chanté, si jeune, si naïve, si jolie, avec un regard si touchant, un son de voix si doux, que tout le inonde en raffolait : « Quel dommage, disaient les mondains, d'avoir caché ce ravissant minois sous cette triste cornette ! » Elle racontait avec tant d'enthousiasme le bonheur et les charmes de son état, qu'il s'en fallut de peu que jeunes et vieilles ne s'enrôlassent toutes sous les drapeaux de Saint-Vincent.

Mathilde, surtout, en était transportée; elle en avait fait son ange gardien et la suivait partout, dans le jardin. dans sa chambre, à l'église ; elle ne pouvait se lasser de l'entendre exalter les douceurs de la vie religieuse. Mais aussi, ces deux âmes étaient bien faites pour se comprendre ! lTn jour, bette bonne Mathilde voulut essayer la cornette. Oh! qu'elle était heureuse sous ee costume! elle ne voulait plus ensuite s'en dépouiller ; saint Vincent en riait dans le eiel, mais sa SCSUT en pleurait sur la terre. Oh ! qu'il doit faire bon mourir entre les mains de ces anges qui savent prodiguer des soins si touchants, et

murmurer à l'oreille du mourant des paroles si douer-

qu'il croit entendre déjà les concerts du ciel ! Mais il n'y

CORAI.Y DE GAIX

a pas seulement les pauvres qui ont besoin d'être soutenus au dernier combat. Reste avec nous, pauvre Mathilde ! tu trouveras autour de toi assez de larmes à essuyer, assez de souffrance à soulager, assez d'infortunes à adoucir, car les tristesses de la vie sont aussi le partage des heureux du siècle ! Mais non, je le sens, mon vœu est égoïste et le bon Dieu m'en punirait ; puisse mon bon ange cacher cette page sous son aile, afin, ma bonne Mathilde, qu'elle ne tombe jamais sous tes yeux !

Il vaut mieux revenir à ces souvenirs d'Ussat où le temps passait si rapide. Aussi bien, le moment du départ approche ; nous n'avons plus que quelques jours à passer ensemble et nous voulons jouir de nos restes. Déjà notre petit cercle s'est rétréci. Augustine et Nancy sont parties ; le bon M. G... les a suivies de près. Le jour de son départ, nous assistâmes à la messe que le bon Père célébra pour lui ; je sentis mes paupières humides, lorsque, à l'Evangile, j'entendis réciter l'histoire de ce céleste voyageur, qui vint se joindre à deux pauvres disciples qui cheminaient tristement. Il charma les ennuis de la route par sa sublime conversation et consola leur cœur affligé l

Partez donc, monsieur G..., ne craignez pas la longueur ni les accidents du voyage ; celui qui cheminait avec les disciples d'Emmaùs veut aussi vous accompagner. De quelle touchante sollicitude l'Eglise, notre mère, n'entoure-t-elle pas ses enfants ! Comme elle a de douces et bonnes paroles pour semer de joie toutes les situations de notre triste existence ! Il partit enfin, ce bon M. C..., emportant avec lui une grande portion de nos jouissances.

Jl fut bientôt remplacé par d'excellents amis qui nous

portèrent des nouvelles du pays. Elise et Mathilde eurent la joie de retrouver leur bonne sœur Justine et leur beau-frère Léon. La mienne ne fut pas moindre, car je retrouvai aussi des amis d'enfance.

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