XV. — Une dernière conversion. Avalanche de montagnards
Mais voilà que le temps s'écoule ; la saison des bains «st passée, la famille nous réclame, il faut mettre un terme à cette vie si douce, pour regagner le foyer pa-
(1) Château habité alors par M. de Limairac, depuis son mariage avec Mlle Astrié.
ternel. Nous voulons au moins être ensemble le plus longtemps possible, et Mathilde et moi, de concert avec le bon Père, formons le charmant projet de ne nous séparer qu'à Toulouse.
Pendant les cinq à six jours que nous restâmes encore, Dieu ménagea au cœur du bon Père de bien douces jouissances. Un jour, on vint l'avertir qu'une personne le demandait. Il accourt, et voilà une jeune femme qui se présente, lui demandant assez timidement s'il ne pourrait pas se rendre au confessionnal.
— Oh! j'en suis bien fâché, répond le bon Père; n'ayant aucun pouvoir dans ce diocèse, je ne puis me rendre à vos désirs. Mais, il y a ici un bon Curé qui se fera sûrement un plaisir de vous être utile.
— Oh! ce n'est pas pour moi, reprend celle-ci avec feu, mais il s'agit d'une pauvre jeune mère tourmentée de remords qui, depuis longues années, vit bien loin de Dieu : elle a entendu parler de vous, et je crois que, sans beaucoup d'efforts, je l'amènerais bientôt à vos pieds.
— Oh! alors, c'est différent, répond le Père avec une expression de joie dont sa voix même était altérée. Amenez-la moi sans tarder ; je vais écrire sur Le champ, et demain, sûrement, j'aurai tous les pouvoirs possibles.
En effet, quelque temps après, on vit cette bonne dame revenir triomphante, escortée d'une jeune femme dont la démarche embarrassée et Les regards inquiets annonçaient un cœur bourrelé; elle menait par la main une petite fille.
Dès qu'elles eurent frappé, en tremblant, à la porte du bon Père, celui-ci se hâta d'ouvrir et d'étaler, pour les recevoir, tons les trésors de sa charité. 11 caressa L'en-
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fant, lui donna de belles images, parla de Dieu et de Marie avec tant de tendresse, dilata si bien le cœur de la pécheresse qu'elle se mit à fondre en pleurs. Alors le bon Père, sans perdre de temps, la conduisit au confessionnal.
Que se passa-t-il entre eux pendant cette heure de miséricorde ? Dieu seul peut le savoir. Mais quelques jours après, comme nous revenions de Sabart où nous avions été demander un bon voyage à la Sainte Vierge, le bon Père, qui s'était arrêté en passant à la chapelle où l'on disait la messe, revint tout rayonnant, nous contant dune voix émue qu'en entrant dans l'église, au moment de la Communion, il avait aperçu cette nouvelle Madeleine assise au festin des anges, avec des larmes de joie. Son amie la contemplait avec ravissement, et la petite 1111e regardait, tout étonnée, cette scène touchante qu'elle ne comprenait pas encore et dont elle éprouvait pourtant un rejaillissement de bonheur. Pour consolider ce retour qui avait réjoui le ciel, le bon Père voulut enrôler cette chère âme sous les drapeaux de Marie et la décora du Saint Scapulaire.
Dès qu'on apprit dans le pays qu'il avait reçu des pouvoirs, tout le monde courut à lui ; chacun voulait lui ouvrir son âme, et la sienne éprouvait une grande tristesse de ne pouvoir seconder tant de bonnes dispositions. Mais le temps lui manquait, le moment du départ était là ; alors, pour ne pas renvoyer ces bonnes . âmes sans consolations, il se mit à leur parler de Marie et à leur distribuer des scapulaires.
La nouvelle de cette pieuse générosité se répandit, et aussitôt les habitants de la montagne descendirent en
masse pour profiter aussi de toutes ces grâces. Ces bonnes gens marchaient toute la nuit, arrivaient à Ussat au lever du soleil et, le jour de notre départ, ils étaient si nombreux qu'on aurait pu craindre une émeute, si Ton n'eut été rassuré par le calme et la paix qui régnaient sur toutes ces bonnes figures. Oh ! que le bon Père était heureux, comme il répandait avec bonheur autour de lui cette bonne semence ! J'en suis sûre, cette semence produira son fruit.