Correspondance
Comment vous remercier de toutes vos bontés et de cette affection si précieuse et si douce que vous daignez me conserver? Croyez que mon cœur sent bien vivement tout ce qu'il vous doit, et ne cesse d'y répondre par tout ce que le dévouement a de plus entier et le respect de plus tendre. Non, je ne me suis point lassé de partager vos peines. D'autres pensées, bien différentes, et d'autres sentiments ont déterminé mon retour. J'avais un devoir à remplir, un grand devoir ; il occupe depuis lors tous mes instants. Je me suis fait niaîlre de langues, de philosophie, de théologie, etc., et de plus la direction, la confession, et beaucoup d'autres soins, m'oient presque tout le temps dont je pouvais disposer auparavant. De là, un grand dérangement dans mes correspondances le& plus chères. Du reste, Dieu bénit merveilleusement l'œuvre II. 1
entreprise pour sa seule gloire K Je n'entre à cet égard dans aucun détail, et vous sentez pourquoi. Si vous aviez quelque occasion de faire savoir à la marquise Violentine,que les dons qu'elle a recueillis fructifient, peut-être le bon Dieu lui inspirerait-il d'en provoquer de nouveaux.
On imprime en ce moment mon nouvel ouvrage^; vous le recevrez dès qu'il paraîtra; il y a des gens qui s'en inquiètent; si c'est curiosité, elle sera satisfaite bientôt; si c'est autre chose, je ne me crois pas obligé d'écrire pour leur plaire, et tant pis pour eux s'ils se sentent blessés par ce que je dis. Je m'attends à de grands cris, et à plus que des cris, peut-être. On ne me comprendra pas tout d'un coup ; mais le temps et les événements commenteront ce qui pourra paraître obscur. Au surplus, la persécution va bon train : M. deVatimesnil y prend goût. La correspondance de cet homme avec les évêques, les recteurs d'académie, les préfets et les procureurs du roi, aurait étonné Buonaparte et même Lareveillère-Lepaux. Tous les jours, il ferme des écoles, et il n'y en a guère qui ne soient menacées. Tout cela n'est que le commencement d'une plus grande persécution : elle est nécessaire sous plusieurs rapports; son effet sera de ranimer la foi, et de réveiller peut-être l'énergie des calholiques. Quand eux aussi crieront /z/?^7'i^^, bien des choses changeront. Jusque-là, il est naturel que la lâcheté trouve l'oppression, et qui ne sait pas défendre son droit, perd jusqu'à celui de se plaindre.
Je remercie le bon docteur Rossi de son souvenir et de ses conseils; je tâcherai de les suivre le plus qu'il me sera possible; mais il me sera bien difficile d'être exact, car jamais je n'eus plus de travail, et il faut habituellement que je sois debout à cinq heures.
Vous avez bien raison de me reprocher mes torts envers Tisa'\ Mais aussi j'ai affaire à tant d'autres animaux î Portails,
' L'établissement fie Malestroif.
"^ Des Progrès de la dévolution et de la guerre contre VÉglise. Paris, Belin-Mandar et Devaux; 1 vol. in-8°. Réimprimé la même année, et d'abord en 1837, puis en 1844, dans les deux éditions des Œuvres complètes publiées in-8° chez Cailleux, in-18 chez Pagnerre.
/ Le chien favori des dames de Senfft.
Feutrier, Vatimesnil, toutes ces bêtes de proie m'ont fait négliger ce pauvre animal, si doux et si fidèle ; je dis négliger, et non oublier, et je désire que cette dislinclion très-juste et très-vraie facilite ma paix avec lui.
M. Busson explique sa présence près de Tèvêque de Beauvais, par les instances du Boi. Je ne trouve pas cette raison assez constitutionnelle pour lui.
Puisse cette nouvelle année passer plus doucement que les autres sur vos têtes si chères ! puisse-t-elle vous apporter repos et consolation ! Je mets tout mon cœur dans ces vœux.