‹ CorrespondanceChapitre 11 sur 224 · II · texte numérisé non relu

II

romain, grand Dieu! s'il n'a pu trouver en lui-même que de la haine pour une bonté si paternelle, si aimable, si touchante, pour tant de bienlaits et tant de verlus? Serait-il encore agité de cette joie sinislre qu'excitait en lui le souvenir de Néron, et l'espérance de le voir reparaître? Qu'il y a d'étranges secrets dans la nature humaine! Vous savez, me ditesvous, comment et à propos de quoi on avait réussi à dépopulariser ce pauvre Pape; je serais très curieux de connaître ces détails, s'ils peuvent être communiqués.

Je viens de lire, dans le Diario di Roma, les conseils de M. de Chateaubriand au Saint Esprit. Il était à craindre, en effet, qu'il ne comprît pas bien l'état des choses et les besoins du siècle. Enfin, le voilà instruit, et cela me tranquilUse. La réponse du cardinal Castiglione, imprimée dans le même journal, est pleine de convenance, de noblesse et de dignité.

Votre observation sur la dernière phrase de ma lettre à la Quotidienne^ est très -juste en soi *. Je vous soumettrai cependant une manière de défense. Si je ne parlais que pour les personnes de bonne compagnie, d un !act exercé et d'un sentiment assez délicat pour saisir toutes les nuances, je ne trouverais pas un seul mot à répondre; mais voyez, je vous prie, quels sont la plupart de mes lecteurs : ne faut-il pas un peu, dans un sens littéraire, se (aire tout à tous, pour les sauver tous? Autre chose était de parler à des gens de cour, sous Louis XIV, aulrc chose est de parler au peuple, sous Charles X. Bonnes ou mauvaises, voilà mes raisons, que vous jugerez, monsieur le marquis, pleinement et sans appel.

Vous avez dû recevoir une première Lettre à M^' U Archevêque de Paris ; vous en recevrez une seconde^ dans quelques jours, et après cela, plusieurs autres encore, à mon grand regret, car je sens que je suis déjà et que je deviendrai de plus en plus ennuyeux. Cependant il est de mon devoir de justifier

* Votre dernière lettre à la Quotidienne a été trouvée à merveille. Je n'y reprendrais — vous soulfrez ma irancliise — que « l'homme de Dieu et l'homme de son tem|ts, » à cause de la dignité de M. de Paris, si mieux vous n'aimez à cause de l'indi^ïnité de la citation Au reste, vous proniellez n)ieux encore au prélat, et je m'en rapporte. — M. de Coriolis à Lamennais, même lettre du 27 mars.

co cjue j'ai dit, et de continuer à défendre des vérités que je crois fort importantes pour le présent et pour l'avenir.

Je vous félicite de tout mon cœur, ainsi que M"»*^ la marquise de Coriolis, de l'arrivée de monsieur votre fils; son voyage en Grèce, et précédemment son séjour en Espagne, ont dû être deux sources précieuses d'instruction, pour un esprit tel que le sien. A propos de l'Espagne, avez-vous lu le dernier ouvrage de Rubichon? Si vous ne l'avez pas lu, lisez-le vite, je vous en prie; c'est une des choses les plus remarquables qu'on ait publiées depuis longtemps : des faits extrêmement curieux et presque tout à fait ignorés, des réflexions profondes et piquantes, un esprit original, voilà ce qui s'y trouve. Ce que je trouve en moi, monsieur le marquis, c'est un respectueux et tendre attachement, à jamais inséparable de votre souvenir.

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