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A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

La Chênaie, 26 octobre 1835.

Je suis bien aise, mon cher ami, de vous savoir à la campagne, recueillant les derniers beaux jours que notre triste et pluvieux automne nous dispense avarâ manu; il nous traite comme nous sommes traités par « le monarque de notre

' L'évasion d'un certain nombre des Accusés d'avril, prisonniers à Sainte- Pélagie, eut lieu le 15 juillet. Ils sortirent au moyen d'une galerie souterraine qu'ils avaient eux-mêmes creusée, et qui, passant sous le chemin de ronde de la prison, allait aboutir sous un couvert de tilleuls de la maison de la rue Copeau portant le n'' 7. Sur quarante et un détenus de la catégorie de Paris, vingt-sept s'étaient échappés, parmi lesquels Godefroy Cavaignac, Armand Marrast, Guinard, Berrier-Fontaine, de Ludre, Pornin, Landolphe, Pichonnier, Vignerte, etc., etc.

— Lettres supprimées. — A M. de Potter. La Chênaie, 18 octobre 1835. — Lamennais lui annonce l'envoi de sa brochure sur la Boëtie : « Ce n'est rien, lui dit-il, qu'une protestation contre l'abominable tyrannie de notre choix. »

— A M'"^ la baronne de Vaux. Même date.

— A M. de Potter. La Chênaie, 19 octobre 1835. Renferme un vif témoignage de sympathie pour M. Raspail.

choix. » Celui-ci doit être peu tranquille, si l'esprit de vertige, qui en général est l'esprit des rois, lui a laissé quelque prévoyance ; au dehors, on se détache de lui. On ne sait si la quadruple alliance^ enterrera M. de Talleyrand, ou si elle sera enterrée par lui, qui en a, du reste enterré bien d'autres. Quelque chose de sombre fermente dans l'armée ; à l'intérieur, (( dans le civil, » comme on dit, ce n'est assurément pas la satisfaction qui domine. Il n'est pas jusqu'aux intérêts matériels qui ne crient, et ma foi, assez haut : lisez plutôt le Journal de Nantes : « Sire, nous serons jiistes-milieiix, philippistes, doc- « trinaires, tout ce que vous voudrez ; mais, notez bien ceci, t( îLsque ad crumenam, et pas au delà. Souverain respecté, bien- (( aimé, adoré, hîic iisque venies, et non j)rocedes ampliùs ; « tenez-vous-le pour dit. » Ne trouvez^vous pas ce langage bien beau ? il est dans le genre bibhque.

Mendizabal, à mon avis, suivra le mouvement qui représente les juntes, ou il sera culbuté comme Toreno. Les certes, convoqués pour le mois prochain, décideront du sort de l'Espagne. Quoi qu'il arrive, toutefois, ce malheureux pays, le plus corrompu de l'Eiu'ope, sera longtemps en proie à des maux affreux. Avez-vous vu la proclamation du comte d'Espagne? Il veut que ses soldats « jurent devant Dieu d'exterminer jus- « qu'au dernier leurs exécrables ennemis. » Pour peu que ceux-ci fassent le même serment, la péninsule ne se plaindra pas d'une surcharge de population, et M. Malthus devra être content. La Religion prend vraiment de singulières formes en ce pays-là. Christine, la pudique, envoie à M. de Broglie l'ordre de rimmaculée-Conception, et don Carlos, le légitime, met

* Le traité de la quadruple alliance avait pour objet de régler les questions politiques qui agitaient l'Espagne et le Portugal, Il ne devait d'abord être signé que pir l'Angleterre, le Portugal, c'est-à-dire doin Pedro, et l'Espagne, c'est-à-dire Marie-Christine. Mais M. de Talleyrand, instruit un peu tard de l'imminence de cette combinaison, mit tout son amour-propre et toute son habileté à y faire admettre la France. 11 y parvint (v. l'art. 4 du traité) el s'en glorifia, plus peut-être que l'occasion ne le voulait. Ce fut, au reste, son dernier acte, et, en quelque sorte, son testament politique. Peu de mois après, il quittait l'ambassade de Londres sans aucune intention d'y revenir. Sa lettre de démission, adressée àM. de Rigny, est vraiment curieuse. — V. V Histoire de mon temps, vol. déjà cité, pag. 354 et 355.

pieuseinenl sa cause sous la protection deTorquemada. Je l'avoue à ma honte, j'aime mieux la paix, la tolérance, la fraternité humaine prêchée au peuple des Trois H oyaumes par l'Agitateur O'Connell. 11 faut pourtant être hien pervers pour oser dire aux hommes : « N'égorgez pas vos frères, ne les haïssez (( pas parce que, sur certains points, leurs pensées, leurs « croyances, leurs opinions, différent des vôtres! Unissez-vous, « au contraire, pour réclamer, au nom de Dieu, dont vous « êtes tous les enfants, la justice à laquelle vous avez droit, et « qu'on vous dénie. »

Veuillez, mon ami, remercier de ma part MM. vos fils de leur souvenir : celui qu'ils m'ont laissé me sera toujours bien cher. Mille hommages respectueux à M'"^ de Goriohs : je désire que sa santé soit meilleure que la mienne, qui va s'affaiblissant petit à petit. Tout à vous, cher, d'esprit et de cœur ^

' Lettre supprimée : A M. le baron de Vitrolles. La Chênaie, 2 novembre 1835. — Réponse très-personnelle et très-éloquente à une lettre de M. de Vitrolles dont voici le principal passage :

« Vous dites vrai, mon bon ami, tout se l'ait dans la pensée avant de prendre une réalité, une forme matérielle. Le bien et le mal se font aussi, suivant que l'esprit est sain ou corrompu. Nous sommes tous sous l'influence de deux tendances opposées : l'une expansive, c'est celle de la liberté, du progrès; l'autre compressive, c'est celle de l'ordre, delà stabilité, de la conservation ; ou, si vous aimez mieux, le mouvement et le repos. Ce sont ces deux pôles opposés qui accomplissent la sphère de l'intelligence humaine. Mais ces deux forces ne sont jamais dans un équilibre parfait ; elles prédominent tour à tour l'une sur l'autre, dans les individus, dans les États, et dans celte pensée universelle qui se forme du grand nombre des pensées individuelles. Comparez l'esprit public du règne de Louis XIV et des dix premières années de Bonaparte .ivec celui de la première Révolution et de celle-ci, et vous avez les exemples les plus récents de cette oscillation de la pensée humaine. Trouveriez-vous bien sage celui qui, sous prétexte que cet esprit public « est lintelligence, et pour ainsi dire l'âme d'une époque et d'une nation, » suivrait ce branle, ces divers entraînements contraires de la pensée publique. Que dis-je, les suivrait? bien plus, voudrait se placer à la tête, et serait successivement Laubardemont sous Richelieu, Anacharsis Clootz dans la Révolution, Savary sous l'Empire, Cavaignac sprès la révolution de Juillet. J'avoue que je ne conçois pas ainsi l'influence qui appartient à la puissance du génie. Je le vois, au conlraire, se plaçant au-dessus de ces courants qui entraînent l'esprit des peuples dans des directions opposées, modérateur des passions extrêmes, venant seul, sil le faut, opposer sa large poitrine pour faire une digue au torrent des idées populaires : si forte virum quein... En même temps, je sais bien ce qui l'attend, et je veux bien qu'il le

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