‹ CorrespondanceChapitre 145 sur 224 · A MO.NSEIGNEUR BRUTE, ÉVÈQUE D'IINDIAiNA · texte numérisé non relu

A MO.NSEIGNEUR BRUTE, ÉVÈQUE D'IINDIAiNA

La Chennie, 4 février 185t>.

Monsieur l'évéque d'Indiana,

Vous êtes venu chez moi, sans y être ni invité, ni souhaité; je vous y ai reçu de mon mieux.

* LeUre supprimée ; — A M. le baron de Vitrolles. La Chênaie, 2"i janvier 1836.

^ Pour apprécier cette lettre et celle qu on trouvera ci-après, adressée au même prélat, il manquera sans doute à la plupart de nos lecteurs d'avoir eu comme nous, sous les yeux, la correspondance, assez volumineuse, de Mgr Brute avec les frères Lamennais. C'est un curieux monument d'excentricité presque maladive ; sous prétexte d'effusions fraternelles, ce sont des épanchements havards. des apostrophes incessantes, des tropes impossibles.

Le lendemain de votre arrivée, peu d'Iieures avant votre départ, vous entamâtes un sujet sur lequel je vous déclarai que je ne voulais point m'expliquer avec vous, me bornant

des points d'excliimalion, des soubresauts de style, des incohérences de pensées qui feraient croire à une sorte de monomanie, si, au fond de tout ce désordre et de cette rhétorique échevelée, ne se retrouvait sans cesse le senlinient fixe d'une personnalité fort exigeante.

Au surphis, voici quelques passages — quelques-uns seulement — de la lonjïue épitre par laquelle Mgr Brute s'attira la dernière réponse de Lamennais :

Cher Féli,

« A Florence, me rendant à Rome.

«Dimanche, 21 février 1836.

« F,isez au moins ce pauvre ami, désolé avec les autres, l'ius indiscret, il craint de manquer à sa grâce; il revient encore près de vous, et, cependant, son voyage même à la Chênaie (sic), loin de remplir l'intention du cœur, n'a peut-être qu'affligé le vôtre! — Vous me reçûtes avec tant de bonté, ou plutôt comme l'aîné des deux frères de 2" à 28 ans passés; et peut-être, avant de me retirer, n'étais-je plus qu'un de ceux-là dont vous me parlâtes avec tant de peine, et de manière à m'en faire à moi-même encore plus, car je ne puis souscrire à ces paroles si douloureuses... Que sais-jesi, pour moi, ce sont les mêmes?...

« Je vous en conjure, Usez!

«Je reviens de ce saint autel. — La Victime y était. — La même qu'au Calvaire — celle qui vous a aimé, — qui nous aime. — Dilexit ME! — Le Mysterium Fidei — est à cet autel, mais le même seulement qu'à la Croix. Jésus-Christ, fils éternel, consubstantiel, fait homme, votre Dieu et le mien, nous aimait. — aimait Féli Lamennais et ce pauvre Brute, il y a dix-huit cents ans, jusqu'à mourir. Vous l'avez aimé!..- L'aimez- vous encore?... Ali! que vous l'aimiez d'une âme ardente et tendre! Quelles lettres que celles de 1809, 1810 à 1815, et plus tard! — Je les ai encor. — Ni à la droite, ni à cet autel, ce doux Sauveur n'a point changé. Il vous aime. Qui serais-je pour cesser de vous aimer? pour ne vouloir que vous affliger? Non, je n'ai voulu, ne veux que vous servir. — Ces reproches de votre ami ne sont que ceux de votre Jésus, — ceux de Marie, — ceux de l'ange gardien de Féli. Vous y croyez toujours, je l'espère. Mais comme vous les oubliez et délaissez!...

« Ce corps sacré, ce divin cœur inséparable, vous ne le recevez plus, ne le désirez plus. Ah! si donc vousy croyez, quelle solitude, quel vide pour l'âme de Féli!... Je viens, pauvre indigne, de le recevoir à cet autel, et, de cet autel, de le donner à cet ami affligé, chez lequel j'écris, et qui adressera ces faibles lignes à l'ami commun Vous ne recevez plus, n'offrez plus, n'immolez plus pour l'Église cette victime. Prêtre, toujours et à jamais le prêtre de cette Église qu'il s'est acquise de son sang, — sibiacquisivit sanguine suo, — vous abandonnez ses autels et son sacrifice! Les âmes vous étaient confiées, vous les délaissez, cessez de les attacher à cette Église, à cette Foi, ces sacrements, leur unique héritage. Que leur destinez-vous à la place? Leur serez-vous un autre Pierre, un autre Paul, une autre .Marie, un autre Christ? ou leur donnerez-vous tout cela autrement que l'Église?... une autre Foi que celle qui fut la vôtre? d'autres sacrements, un nouveau baptême, une autre pénitence, un autre autel, une autre sainte ordination, et de nouveaux prêtres q«o ce que fut Féli, et Jean, et Carrnn, et Teysscire, et Vincent, et Fran-

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à VOUS dire, à propos des deux Encycliques auxquelles vous me pressiez de souscriie, que, « n'étant pas juge des motifs qui déterminaient votre adhésion absolue à ces deux ad es, je les respectais sans les discuter, mais que ma conscience ne me permettait pas de vous imiter en cela, ayant des sentiments qui différaient des vôtres, touchant l'aulonté ecclésiastique, et particulièrement celle de Rome. »

l.à-dessus, sans aude transition, vous prétendîtes que j'étais sceptique à la manière de Hume, et qu'il élait impossible que je Cl usse à quoi que ce soit. — Je vous répondis que je concevais bien que vous pussiez penser qu'en raisonnant juste, selon vous, je dusse être dans la situation d'esprit que vous souteniez être la mienne, mais que je ne concevais, en aucune façon, comment vous pouviez me contester le fait de ma croyance intime, qui ne pouvait être coimue que de moi seul. — Vous me répliquâtes, en me citant l'exemple de je ne sais quel Américain « à qui vous aviez, dites-vous, fait avouer qu'il ne croyait pas ce qu'il croyait réellement croire. >^ Je m'étonnai un peu, et je me lus : n'était-ce pas assez de respect?

De retour à Hennés, vous m'écrivîtes que vous vous sentiez

çois de Sales?... Tout changé! — Nova facio omnia! Ah ! celui (|ui put dire cela, et faire cesser les sacrifices d'Abraham et de Moïse, se (il la victime, versa son sang, pénétra les cieux, y réside à la droite. — Féli n'est pas cela, ne fera pas cela !...

« Ai» ! ce bon cœur de Féli, cette âme ardente de toute foi, tout amour naguère, où donc en est-il? Quand nous reviendra-t-il ? C'est lui, c'est lui qui se sépare, nous quitte!!... Nous en sommes où il en était, nous y demeurons, à cet autel, ce roc de Pierre, ce seul baptême, cette seule foi, una ftdes!... 11 avait tant fait pour nous y confirmer; c'est comme en son nom même que ses amis l'ont quitté, car c'était à Jésus-Christ , à son Église, à ses autels, qu'il les attachait en se les attachant. 0 mystère douloureux qu'il ait pu s'en détacher!...

« Cher ami..., aimez-moi toujours comme je vous aime. Mais c'est entre /irélrc et évêque, sans pouvoir abolir notre caractère. Vous le sacrifice, et moi même le droit de députer à ce sacrifice, et faire que ce miracle étonnant de la divine consécration et transsubstantiation mette Jésus-Christ à l'autel, en d'autres mains comme aux vôtres; que, dans la foi de l'Église, ils aillent et portent sa Parole, <iui est celle de Jésus-Christ, — non celle de l'homme, du génie ou de l'impru- Klent qui croit aussi l'être. Ah î qu'est-ce que l'homme, sans promesses divines?

« C'est de 1809 que je date, de votre loi de 1809. et de votre cœur alors et iongues années après; de notre cor uniitn in nnicâ fide Christ i et Ecclesœ Catholiar ''inspice Maria !

« ftitu seul, et notre éternité ! •

" -j- Simon Briitiô, (te V-ncennes. *

obligé à détromper de moi les hommes, et à me décrier chal'itablement partout où votre zèle vous conduirait. J'apprends, de plusieurs côtés à la fois, qu'en effet vous abusez de i'hosf)italilé reçue chez moi atin d'autoriser, — je n'adoucirai pas le mot, — les impostures qu'il vous plaît de répandre sur mon compte, pour la plus grande gloire de Celui qui est la Vérité essentielle. Quelle que soit ma pensée à l'égard des différents points de religion sur lesquels vous me faites expli- (|uer, vous ne la connaissez point, cette pensée: j'ai constamment refusé de vous la dire, certain, par plusieurs de vos paroles, que vos vues et vos intentions, en cherchant à la pénétrer, n'étaient rien moins que bienveillantes. Quelle que soit celle que vous me prêtez, vous mentez donc. L'expression est sévère, mais juste, et votre conscience a dû vous la faire entendre avant moi.

Je suis, avec les sentiments que je vous dois, monsieur l'évêque, votre serviteur*.

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