‹ CorrespondanceChapitre 147 sur 224 · COK H ES POND ANGE · texte numérisé non relu

COK H ES POND ANGE

presque invincible dégoût d'écrire; car, pour le cœur, ne croyez pas qu'il puisse changer jamais. Comme vous, je uje rappelle souvent ces jours heureux de Kensington et des Feuillantines, et je remarque tristement combien la vie, — dans son cours rapide, et quelquefois trop lent, — va sans cesse se rétrécissant et se colorant de teintes plus sombres. Réunis autrefois autour d'un si bon père, nous voilà tous maintenant dispersés, tandis que le temps, qui ne s'arrête point, apporte à chacun de nous infirmités, souffrances, misères. Je ne saurais vous exprimer à quel point l'état de notre chère ViUiers m'affecte; et pourtant, quoi de plus beau que cette admirable vertu qui semble encore grandir, à mesure que le moment de la récompense approche? J'eusse été bienheureux de vous rencontrer en passant à Avranches; Dieu ne l'a pas voulu. Je ne pus, au resie, m'arrêter qu'un petit quart d'heure. Dix ans de séparation, c'est bien long! Je ne sais si vous et Clara m'auriez reconnu, car j'ai bien vieilU. Dites à cette bonne petite Clara tout ce qu'il y a pour elle d'affection constante et inaltérable dans le cœur de son oncle. Je me suis engagé ici, de proche en proche, dans des travaux dont je ne prévois pas, avant deux ans, la fin; une nouvelle basse-cour, un nouveau jardin, des plantations, des clôtures, un chemin neuf, que sais-je? Je passe ma vie au milieu d'ouvriers de toutes sortes; il en résulte au moins cela de bon, que de pauvres et honnêtes familles sont aidées, soulagées, et ces braves gens en ont une reconnaissance qui me touche. Nous sommes quatre à la maison : le jeune Kertangui qui ne m'a point quitté depuis sept à huit ans, un de ses petits neveux dont il fait l'éducation, et un de mes amis, médecin, avec lequel je revins à Paris l'an dernier. Nous ne voyons mon frère qu'en passant, car il ne séjourne nulle part; le nouvel étabhssement qu'il a fondé à Dinan l'y ramène toutes les cinq ou six semaines, et alors il s'échappe quelques instants à la Chênaie. Nous y eûmes, l'été dernier, mais trop peu de temps, Ninette et Hélène; arrivées au miheu du jour, elles repartirent le lendemain matin, et c'est alors, ce me semble, que vous vous trouvâtes chez Villiers. La pauvre Ninette tient toujours extrêmement à Paris;

peut-être a-l-elle raison : où irait-elle ailleurs? et qu'y feraitelle? Là sont ses habitudes, et les habitudes sont beaucoup; la province l'ennuierait; il lui faut du mouvement, des distractions, quelques personnes à voir sans gêne ni sujétion; les dieux champêtres ne sont pas ses dieux, et quand son père lui fit lire Virgile, il perdit bien son temps.

Adieu, chère bonne amie; aimez-moi toujours comme je vous aime. J'embrasse Clara ^

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