‹ CorrespondanceChapitre 150 sur 224 · II · texte numérisé non relu

II

iliO COIUU]SPONI)ANCE

qu'elle doive vous être extrêmeiiient agréable ; mais qui de vous niera qu'elle soit vraie ?

Votre bon Samuel Bernard n'était qu'un enfant, mon cber ami ^ ; on le sifflerait à la Bourse. Croyez-vous que si l^ouis- Philippe disait à M. Bothschild : Monsieur^ Rothschild, je suis bien aise de vous voir, celui-ci, dans sa joie, s'écriât : Toute ma fortune est à Louis-Philippe! Par Salomon et son père David. Je juif n'en ferait rien! — et le juif aurait raison. Il est vrai aussi que Louis-Philippe n'est pas Louis XiV. Ce qui me fcàche pour celui-ci, c'est que la reine Christine descend de lui. Si c'était de Louis XV, et par la Dubarry, passe : mais du grand roi, en ligne directe, avec toutes les conditions et circonstances d'une rigoureuse légitimité, encore une fois cela me fâche. Au reste, aucuns disent que c'est une manière là de « se populariser, » et vous en conviendrez, comme j'en conviens, mon cher.

Foi d'honnête homme, il n'est qu'une seule cour d'où l'estime puisse approcher, celle de Prague; à celle-là, au moins, on ne reproche guère que des sottises et des inepties. Je le dis de tout cœur, il n'est point de consolations et de prospérités que je ne souhaite à cette malheureuse famille, excepté une restauration, si elle avait encore la folie de regarder cette solennelle parade comme une prospérité. Regardez-moi, mon cher ami, comme une des personnes de ce monde qui vous sont le plus tendrement dévouées, et ce ne sera pas du tout une folie *.

* Dans les besoins de l'État, on vint à songer à Samuel Bernard. On en parla au Roi, l'assurant que deux mots de lui à Samuel lui ouvriraient la bourse du riche traitant. On le fit trouver à Marly, sur le passage du Roi, qui lui dit, en passant, ces simples mots : Bonjour, Monsieur Bernard, Je suis bien aise de vous voir. Samuel fut si transporté, qu'il dit à Colbert : Toute ma fortune est au Roi. — M.deCoriolis à Lamennais, même lethe du 19 mars.

— Lettres supprimées : — A M™^ la baronne de Vaux. Ld Chênaie, 0 avril 1836.

— A M. de Potter. La Chênaie, 25 avril 1836.

— A M"'" laharonne de Vaux. La Chênaie, 1" mai ISoG.

— A M""- la baronne Champy. Paris, 25 juin 1836.

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4b1. — AU MÊME.

Paris, 10 juillet 1850.

.l'ai eu, jeudi dernier, mon cher arni, le plaisir de voir monsieur votre fils. Il y avait, en ce moment-là, plusieurs personnes chez moi, de sorte qu'à mon grand regret nous n'avons guère pu causer. Il m'apprit que la santé de M'"^ de Goriolis se trouvait bien du bon air de la campagne : veuillez lui dire combien cette nouvelle m'a charmé.

Le gouvernement s'y est si bien pris, dans l'affaire d'Alibaud ^, qu'à la fin tout l'intérêt s'est porté sur celui-ci. La conduite des Pairs a révolté tout le monde, et même plusieurs d'entre eux : leurs trépignements, leurs interruptions, leurs cris à l'audience, offraient, à ce qu'il paraît, un des spectacles les plus hideux qu'il soit possible d'imaginer; et puis cette puissance absolue sur la vie des hommes, cet en-dehors de toutes lois, ce caprice du moment qui règle, dispose, décide arbitrairement, sans contrôle, sans appel; tout cela employé constamment en faveur de l'injustice flagrante, pour ôter à la défense le temps de se préparer, pour lui imposer silence quand elle parle ; quelles effroyables monstruosités ! J'ai en-

* Le 25 juin, au moment où Louis-Philippe sortait en voiture, vers six heures du soir, et franchissait le guichet des Tuileries, du côté du pont Royal, lin jeune homme, choisissant le moment où le roi se penchait à la portière pour saluer la foule, dirigea vers lui une canne-fusil et fit feu. Louis- Philippe, qui s'était brusquement jeté en arrière en voyant l'arme s'abai.^ser de son côté, ne fut pas atteint, mais le coup porta dans la voiture, où la bourre fut retrouvée. L'auteur de l'attentat, immédiatement arrêté, ne nia rien : « — C'est le roi, disait-il, qui est responsable de mon crime : c'est lui qui a fait de moi un homicide. Depuis les massacres de Lyon et de l'église Saint-Merry, son règne est pour moi un règne infâme, et j'ai sur sa vie les mêmes droits que Brutus sur celle de César. » Ce jeune fanatique, nommé Alibaud, était venu de Perpignan tout exprès pour accomplir ce qu'il regardait comme un sacrifice expiatoire. Il était d'ailleurs sans complices. Seul il avait médité son crime, seul il l'avait accompli. Le 9 juillet, après deux jours de débats, la Cour des Pairs rendit un arrêt qui condamnait Alibaud à la peine des parricides. Il mourut courageusement le 11 juillet, en criant : Vive la liberté!

tendu le môme mot sortir de plusieurs bouches: « On a vengé un assassinat par un assassinat. » Aussi le peuple, prononcé d'abord, et heureusement, contre l'assassin, a-t-il fini par prendre l'assassiné sous sa protection. Si on avait fait grâce, on aurait bien vite oubhé les illégalités du procès ; mais la violation de toutes les formes protectrices des accusés, et la mort au bout, cela a paru aussi trop fort. Le Pouvoir s'est bien fourvoyé dans celte affaire, comme en beaucoup d'autres. Si, au lieu de consulter la peur, il avait pris conseil, je ne dis pas de la générosité, mais de la pohtique, il aurait, je crois, bien mieux pourvu à sa sûreté : c'est une chose horrible à penser, -:— et cependant vraie, — le sang donne le goût du sang. Sous un autre rapport, on recueille le fruit des lois destructives de la liberté de destruction. Aussi longtemps que les hommes peuvent attaquer et se défendre par la parole, espérant de triompher par ce moyen, il§ n'en cherchent pas d'autre; mais quand on leur ferme la bouche, ils lèvent le bras ^

J'aime à vous réitérer, mon cher ami, l'assurance de tous les sentiments que vous me connaissez pour vous.

' Je vois que votre sentiment s'accorde avec le mien dans le procès d'Alibaud. Cette hâte indécente et barbare d'expédier l'accusé, cette défense bâillonnée, cette insulte à toutes les formes protectrices de l'innocence toujours présumée, à toutes les règles de procédure religieusement observées dans les deux procès de Louvel et de Fieschi, en voilà plus qu'il n'en faut pour expliquer l'indignation qui s'est fait entendre d'un côté de la Manche à l'autre, et qui a pris un langage si acerbe dans la bouche de M. Howe, au meeting de fM Couronne et r Ancre. Que voulez-vous? on estime que tuer est le plus sûr. Vous avez grand' raison quand vous dites que ceux-là lèvent le bras à qui on ferme la bouche; raison d'un côté, car, d'un autre, il se rencontre des gens qui vous répondront que des bouches trop ouvertes ont fait lever plus d'un bras. Quoi qu'il en puisse être, tout ce qu'il y a d'esprits sensés et d'une certaine portée inclinaient à la miséricorde; quelques-uns l'ont conseillée, et j'ai quasi la preuve acquise que la lâche terreur des juges s'est seule opposée à la commutation de leur sentence. Le sommeil de Messeigneurs n'importe-t-il pas plus à l'État que celui de Louis-Philippe ? — M. de Coriolifi à Lamennais. Paris, 19 juillet 1850.

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