‹ CorrespondanceChapitre 157 sur 224 · ICI. - AU MÊME · texte numérisé non relu

ICI. - AU MÊME

Paris, le 16 novembre 1837,

Je profite d'un moment que je n'espérais pas aujourd'hui, pour me condouloir avec vous, mon cher ami, des déconvenues électorales. C'est la petite pièce après la grande, ou dans la grande, comme vous voudrez. Vous savez que M. Chabrol de Volvic a eu, de compte fait, une voix ; et l'on ne peut pas dire que ce soit la sienne; car, — heureusement, en cette occasion, — le pauvre homme n'a plus de voix, peut-être parce qu'elle lui serait parfaitement inutile, faute du reste, assuret-on. Je m'en rapporte. Une autre perte, pour la Chambre, est celle de M. Formon K Connaissez-vous M. Formon? vrai-

' M. Formou ne fiiisait pas partie de la Cliambrc dissoute : il était simplement au nombre des candidats légitimistes pour la nouvelle Chambre, et avait précédemment (sous la Restauration) fiouré dans quelques-unes des assemblées législatives. Au demeurant, et bien que le portrait si lestemenl enlevé par la plume incisive de Lamennais ne manque pas d'une certaine vérité ironique. M. Formon, que nous avons eu la bonne chance de rencontrer fréquemment, était, autant que nous en avons pu juger, un galant homme, dont les alTaires privées, gérées avec une probité pariaite et un grand bon sens, prospéraient merveilleusement.

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inent il est à connaître ; c'est le meilleur des humains, ancien auditeur au conseil d'État, bonne tête s'il en fût, puisqu'il dirige pour sa quote-part les conseils des légitimistes, et qu'il n'en est qu'à sa troisième apoplexie ; je ne prétends pas qu'à raison de ce, et par d'autres raisons, il ait la parole bien facile, bien nette, bien brillante; mais quelle solidité! quelle immobilité! c'eût été l'obélisque de la Chambre : je ne pardonnerai jamais aux électeurs qui l'ont privée de cet ornement. M. Viennet y défend sa place tant qu'il peut ^; il somme les huissiers de la lui garder : vous avez vu sa lettre ? elle est bien de lui ; cela ne s'imite point, ne se devine point. Le Charivari s'est avoué vaincu ; il a rendu les armes.

Ces élections, qui nous divertissent, ne sont pourtant pas réjouissantes pour tout le monde. Le gouvernement s'en inquiète; il est sûr, et trés-sûr, de sa majorité; mais, derrière elle, une minorité, dont il ne soupçonnait pas l'existence, lui est tout d'un coup apparue, déjà forte et présentant les caractères, alarmants pour lui, d'une rapide croissance. En beaucoup de collèges, les ministériels même ont été forcés de changer d'habit et de langage, et de se prononcer pour des principes qu'ils avaient jusqu'ici repoussés avec une extrême violence: où ce mouvement s'arrêtera-t-il? le Pouvoir l'ignore, et l'avenir lui promet plus d'une tribulation ; il ne saurait désormais compter sûrement sur l'appui de ceux mêmes qu'il croyait avoir liés, par leur propre intérêt, à ses intérêts et à son système , et s'il en est ainsi de cette fraction à moitié pourrie de la nation, qu'est-ce donc de la nation entière? 11 y a là de quoi faire réfléchir sérieusement. Depuisles lois de septembre, il s'est opéré dans les esprits une sorte de travail secret, dont il est difficile d'apprécier l'étendue, mais dont le résultat, plus ou moins prochain, ne saurait être prévu avec une extrême satisfaction par ces gens-là^ comme les appelle l'empereur Nicolas, au dire de la Quotidienne. Ma satisfaction, à moi,

* M. Viennet avait échoué, à Béziers, contre M. Flourens. A force de réclamations, il obtint une seconde épreuve, qui fut encore (8-9 février 1858; favorable à son concurrent. Cet heureux échec lui ouvril, au reste, l'accès de la Chambre des Pairs.

serait d'apprendre, mon cher ami, que vous continuez de vous bien porter, d'être gai, joyeux, et que vous nous reviendrez bientôt ^

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