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A LA MÊME

Le 3 septembre 1829.

J'ai reçu à la fois votre lettre du 18 août, et celle de la comtesse Louise du 19. Gomment vous remercier assez de tout ce qu'elles contiennent de bon, d'aimable, d'intéressant? J'aurais mille choses à vous dire sur les objets dont vous me parlez; mais j'ai l'âme si triste, que les forces me manquent entièrement. Je viens d'apprendre la mort de M"^ de Vitrolles ^!... Quel coup pour son pauvre père, qui était seul près d'elle ! car M""^ de Vitrolles est à Paris depuis quelque temps. Il a été question de son mari pour le ministère de la marine; on lui a préféré M. d' Haussez, parce qu'on a compté qu'il procurerait

* M*^^ Amélie de Vitrolles venait effectivement de mourir à Florence, après une longue maladie de poitrine, en odeur de sainteté

quelques voix du centre. Voilà où l'on en est, et vous pouvez prévoir, de là, par quel chemin nous allons marcher. Ce ne sera encore qu'un procès maussade, où les deux partis se dispute ronl quelques boules, et où on les verra triompher tour à tour, avec autant d'orgueil que de gloire, l'un sur l'arlicle et l'autre sur l'amendement. La nomination de Frayssinous est funeste pour la Religion; elle indique, sous ce rapport, l'esprit du nouveau ministère. Chateaubriand s'est décidé à grossir l'opposition qui s'est formée contre lui; ses liens de parti ne le laissaient pas maître d'agir autrement. Les Débats étaient engagés, ainsi que la coterie dont il est le chef officiel. Il est impossible, à mon avis, que M. de Folignac et ses collègues aillent bien loin sans être poussés à des mesures qu'il sera difficile de soutenir; et, après eux, qui aurons-nous? Peu importe, après tout, puisqu'il faut que ce qui doit arriver arrive. L'état de l'Europe complique encore une position si embarrassée. L'empire turc a achevé son temps; il n'est pas désormais au pouvoir des hommes de le raffermir, ou plutôt de le ranimer : ce n'est plus en réalité qu'une question de partage ; mais cette question, qui la résoudra? L'épée ou la diplomatie? 11 n'y a pas en Europe quelqu'un qui pût le dire. Pour moi, je serai bien aise devoir disparaître le croissant; mais je regretterai Mahmoud, dont la magnanime fermeté a quelque chose qui n'est pas de ce temps-ci, et n'en est que plus beau.

Vous n'avez pas voulu croire, dans le temps, ce que je vous mandais touchant le P. Maccarthy. Voici ce que l'abbé Gerbet m'écrit de Paris : « L'abbé Levasseur (vous l'avez vu à Turin avec l'abbé de Retz), qui est arrivé dernièrement de Rome, m'a dit que le P. Rosaven lui avait montré une lettre que lui avait écrite le P. Maccarthy, au sujet de votre dernier ouvrage, et dans laquelle il lui disait que cet écrit renfermait des propositions Vicléfites; que les choses étaient à un tel point, qu'il craignait que si l'autorité du Saint-Siège intervenait pour condamner le livre, on ne s'y soumît point. »

Toute réflexion serait superflue. Notez que, dans le même temps, le P. Gloriot et le P. de Place s'en allaient officiellement prier M. Perreau de m'assurer « qu'aucun des leurs

n'avait, en celte occasion, rien dit ni écrit qui pût m'être désagréable. » Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'ayant répété la même chose au secrétaire de l'abbé Perreau, un certain abbé Constantin, celui-ci, le lendemain, fit, en déjeunant, à l'abbé Pierre, chargé des aumônes, de vifs reproches sur les

propos qu'il avait plusieurs fois attribués aux J , avec les-

<iuels il est fort lié. — « Et qui vous a dit, monsieur Tabbé, que ces propos n'étaient pas vrais? — Le P. Gloriot, que j'ai vu hier. — Et moi, je l'ai vu ce matin, et je puis vous assurer qu'il ne parle pas contre M. de Lamennais; il tonne... » Làdessus, profond silence ; on se regarde quelque temps, après quoi l'abbé Perreau reprend : « Cela ne s'explique pas aisément, mais ce sont toujours des hommes fort respectables. »

Je ne vous dis ces choses, qui vous peineront peut-être, que pour que vous sachiez tout ; j'en ai appris de fort tristes sur le pasteur de la marquise Violentine. Que les hommes sont rares aujourd'hui! cela désespère presque.

Je prie Dieu pour qu'il vous donne patience et courage dans les afflictions. Veuillez lui demander pour moi la même grâce.

A l'instant on m'écrit que Ch reçoit des Débats

70,000 francs pour écrire dans ce journal.

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