‹ CorrespondanceChapitre 47 sur 224 · A.M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A.M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

Le 26 août 1830.

Vous avez mille fois raison, mon cher ami; ceci doit, tôt ou tard, finir par la République, j'entends République de droit; car nous avons déjà celle de fait; et, comme d'ici à longtemps peut-être, nul autre gouvernement ne sera possible en France, j'aimerais mieux, pour la tranquillité de l'avenir immédiat, qu'on mît plus d'unité dans les institutions qu'on nous fabrique; car tout qui s'y trouvera d'opposé à l'esprit répubhcain, ne pourra ni durer, ni être changé sans de nouvelles secousses, qui ne seront pas médiocrement dangereuses. Vous avez encore raison de juger l'union fort difficile ; toutefois, elle est commandée par des intérêts si graves pour tous, si pressants pour chacun, que je ne désespère pourtant pas d'un certain concours pour le maintien de l'ordre et de la défense des droits communs.

Il faut que tout ait son commencement, et se développe, et croisse peu à peu. Enfin une tentative de ce genre, échouât-

nant aux Bourbons de la branche aînée un suprême témoignage de sa fidélité traditionnelle, proclamait l'anéantissement du principe monarchique, en lant que « religion » et a idolâtrie. » Quatre-vingt-neuf pairs votèrent la proposition, dix seulement la repoussèrent. Quinze, bien que le bulletin fut secret, déposèrent un billet blanc dans l'urne.

Louis-Philippe fut proclamé roi, et prêta serment le 9 août.

«lie dans le présent, fût-elle étouffée sous l'indolence, la lâcheté et les préjugés, ne seraitpas encore inutile. Car enfin, on se lassera de se laisser passivement faire son sort par les autres, et d'abandonner complètement le soin de sa propre conservation : cela est dans la nature humaine, et si cela ne suffit pas pour vous donner quelque confiance, je dirai que cela est dans l'instinct même de la brute. Sur ce dernier motif au moins, je pense qu'on ne doit pas entièrement désespérer des royalistes... Mais que dis-je, des royalistes? la première chose est d'oubher ce nom; j'y substituerais celui d'Égoïstes, si je ne craignais que l'on ne trouvât la nuance imperceptible; enfin, ce que je veux dire, c'est qu'on ne doit plus songer qu'à se défendre personnellement. 11 s'agit pour chacun de sauver sa religion, sa vie, ses propriétés. Or nulle sûreté que dans la force — nous le savons assez, — et nulle force que dans l'union. Si chacun rentre chez soi et ferme sa porte, il ne faudra que deux coquins et un levier pour la briser. La belle fidélité que voilà! Le bel honneur que de se livrer soi et les siens, et plus des trois quarts de la France, aux caprices tyranniques de quiconque comprendra que lorsqu'on est deux, on est plus fort qu'un ! Je sais ce qu'imposent certaines positions rares et particuhères ; mais la foule, mais vingt miUions d'hommes, ils ont bien à s'occuper de cela !

J'ai un peu ri de cette nuée de solliciteurs qui, prenant leur vol des départements, viennent à tire-d'aile s'abattre dans tous les ministères ; ils ont cru que tout le monde allait être au moins préfet : ce sont les oies de frère Philippe. Si j'avais à prendre mon vol, je sais bien où je m'abattrais et ce que je solliciterais. Qu'une heure de conversation ferait de bien en ce moment ! ce qui m'en fait à tous les moments, c'est de savoir que vous m'aimez, et de sentir que je vous le rends de tou mon cœur. — Ne sachant où prendre M. de Vitrolles, j'ai espéré que vous voudriez bien lui faire parvenir le billet ini dus.

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