A MADAME YEMENIZ
Le 24 mars 1829.
Je ne suis pas surpris des perplexités où vous vous trouvez à l'égard de mon livre ;, au miheu du mouvement qu'il a produit
et de tant de jugements si divers auxquels il donne lieu, il est naturel que l'esprit hésite. Mais toute cette fermentation se calmera, et la vérité restera seule. Voici, en attendant, une règle qui pourra vous servir. Il s'agit d'une question religieuse : Me suis-je écarté de l'enseignement de Rome? alors je me condamne moi-même. N'ai-je fait qu'exposer et développer la doctrine constante des Pontifes romains? alors aucun vrai catholique ne peut me condamner, car il condamnerait, sous mon nom, le Saint-Siège lui-même. Que ceux donc qui doutent du point de fait s'adressent à Rome pour s'en éclaircir ; s'ils ne le font pas, ils n'ont pas le droit seulement d'être écoutés.
Vous voulez savoir ce que je pense de l'ouvrage de M. votre oncle : il y a bien longtemps que je n'ai rien lu d'aussi remarquable par la pensée, d'aussi intéressant par les détails de faits, d'aussi piquant pour la formel Je souhaiterais que ce livre fût répandu à cent mille exemplaires en Europe, et partout où notre langue a pénétré. Voilà mon jugement.
Je suis porté à croire que les craintes qui vous éloignent de la source de toute vie sont excessives. Si vous avez une volonté bien sincère d'être à Dieu, de lutter contre l'inclination qui vous entraîne trop vers le monde, vous pouvez aller à la table sainte chercher la force d'accomplir ces bonnes résolutions : il faut vous montrer à votre directeur absolument telle que vous êtes, mais non pas pire que vous n'êtes. Votre plus grand mal est... {Ici la lettre est coupée.) C'est là surtout ce que vous devez combattre; mais sans trouble, sans efforts violents, avec calme et persévérance. Je prierai de tout mon cœur pour vous et pour votre cher petit enfant. Priez aussi pour moi; je le mérite par le dévouement aussi tendre que sincère qui m'unira toujours à vous.
N'oubliez pas, lorsque le temps sera venu, la promesse bienveillante de M. de B...
* Nous présumons, sans en avoir la complète certitude, qu'il s'agit du livre de M. Rubichon, publié à Lyon, et dont il est question dans une lettre précédente ; — De l Action du clergé dans les sociétés modernes.