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EN LA COLLGGIATX DE NOSIRA SENORA DE GUADALUPE DE UEGIGO

Estados-Unitos Amegicanos.

Diiian, Côtes-du-Nord, le 12 mars 1835.

Les indications que vous me demandez, monsieur, vous seront données au bas de cette lettre par mon intime ami M. Gh. de Montalembert, ancien rédacteur de l'Avenir, qui habite Paris, tandis que je vis retiré à la campagne, à cent heues de la capitale. Je me réjouis extrêmement du projet dont vous me faites part, espérant qu'il résultera beaucoup de bien de son exécution. Le monde est dans une grande crise; partout il fait

* Nous donnons ici la lettre à laquelle répond Lamennais.

A M, l'abbé de LAMENNAIS.

« Etats-Unis mexicains, 1853.

« Illustre monsieur,

« La révolution mexicaine, illustre sous divers titres, a introduit dans notre pays avec divers Européens certains principes de la vieille Europe, sans nous donner ni son instruction plébéienne ni l'exemple ae ses grandes vertus. Une société d'ecclésiastiques, au nom desquels je vous écris, voulant former un journal ecclésiastique, désirent se valoir [sic) de V Avenir ei du Journal des sciences ecclésiastiques, etc., pour en suivre les principes, qui sont les leurs.

« A cet effet, je vous prie de nous indiquer : i" la voie la plus sûre poui établir une correspondance avec la France par Vera-Ciuz; 2» un homme de piobité poui être, à Paris, notre chargé d'affaires.

« Depuis deux ans, nous avons échoué dans notre entreprise; c'est pour cela que nous nous dirigeons {sic) à vous directement.

« Je suis avec autant d'estime lue d'affection, votre dévoué,

J. B. TOL'RNAIRE.

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effort pour se détacher d'un passé sans vie, et commencer Une ère nouvelle. Rien n'arrêtera ce magnifique mouvement du genre humain dirigé d'en haut par la Providence; mais plusieurs causes le relardent. Le salut de la Société repose sur deux principes qui, hien entendus, en renferment toutes les lois : « Point de hherlé sans religion, » et « point de rehgion « sans liherlé. » Or, notre vieille Europe est divisée en deux partis, dont l'un veut la liberté sans la religion, et l'autre la religion sans la liberté, c'est-à-dire que l'un et l'autre travaillent à réaliser l'impossible. Le seul remède était donc de rattacher les catholiques à la cause de la liberté, pour ramener les amis de la liberté au catholicisme. C'est ce que nous avons tenté de faire dans V Avenir, et, je puis le dire, avec un succès qui nous a surpris par son étendue et sa rapidité. Mais, alarmés de nos progrés, les souverains absolus ont cherché à les arrêter; pour cela ils se sont alliés avec Home et l'épiscopat malheureusement imbus de cette pensée que la Rehgion périrait sans l'appui matériel des puissances de la terre, et en théorie, d'aiUeurs, ennemis de la liberté. Pour ne pas nous mettre dans une position catholiquement fausse, il nous a donc fallu suspendre nos travaux, ou du moins en modifier la forme; car ce serait un malheur de plus, et un malheur immense, que de jeter dans l'Éghse le trouble et la division. Les obstacles que les préjugés, les passions, les intérêts apportent au bien, disparaîtront avec le temps : Dieu interviendra par des moyen» qui nous sont inconnus. Jusque-là nous devons, sans abandonner son œuvre, éviter tout ce qui tendrait à relâcher, même momentanément, les sacrés liens de l'unité. Sans aucun doute, il se passe sous nos yeux des choses étranges qui doivent faire gémir profondément, et qui ébranleraient les élus mêmes, si Dieu ne les soutenait. Mais les grands scandales annoncent toujours une grande manifestation de la Providence : attendonsla donc avec foi, et hâtons-la par nos prières. J'ai pensé, monsieur, que ce peu de mots, qui peignent fidèlement l'état des choses en Europe, pourrait ne vous être pas tout à fait sans utilité. Du reste, je ne puis que vous assurer du vif intérêt que je prends à vos travaux, qui seront, je l'espère, moins contra-

liés que les nôtres; je serais heureux de l'apprendre de vous, et de cultiver les relations dont je dois les commencements à votre bienveillance.

La Chênaie, le 15 mars 1835.

Je suis depuis longtemps privé de vos nouvelles, ce qui me fait craindre que votre santé n'ait souffert de ce triste hiver si maussade, si pluvieux et si orageux; d'autant plus que j'ai appris qu'il avait régné à Florence une espèce d'épidémie, qui y a exercé d'assez grands ravages. On parle aussi de tremblements de terre dans l'Ombrie et la Basse- Ligurie; ceux de l'an dernier ont été terribles. En allant à Rome, nous nous arrêtâmes, par un temps de gelée très-forte, pour voir la belle ou au moins la grande église degli Angeli, à une petite distance d'Assise; quinze jours après, il n'en restait que des ruines, ainsi que du couvent contigu. Forli fut renversé en partie, et à notre retour, plusieurs mois après, les secousses n'avaient pas encore cessé. Je ne sais ce qui se passe sous ce malheureux pays, qui fut autrefois si bouleversé par des fléaux semblables : est-ce que les souffrances de ses habitants, passant jusqu'à la terre, y détermineraient des convulsions? Toutes les lettres que je reçois de cette pauvre contrée sont empreintes d'une profonde tristesse, et pleines de sinistres pressentiments. Que chacun l'exphque comme il voudra, il y a un fait incontesté : c'est que l'humanité est partout dans un état extraordinaire d'angoisse. Pour moi, je regarde le temps où nous sommes, comme les heures de sa Passion : entrez dans les détails, et vous verrez si quelque chose y manque. Le genre humain est sur la croix, et j'en conclus que le salut approche. Remarquez, d'une autre part, les rapides changements qui s'opèrent dans les idées : vous ne retrouveriez pas en France une seule de celles que vous y avez laissées, bien que personne presque ne s'aperçoive des profondes modifications que ses opinions ont subies,

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et surtout sans qu'il en convienne. Mais, lisez les journaux, la Gazette, le Rénovateur, la Quotidienne même, et dites-moi ce qu'on aurait dit, il y a seulement quatre ans, de tout ce qu'ils répètent chaque jour avec une gravité si plaisante; le mouvement de la Société les entraîne malgré eux; ils marchent derrière, mais ils marchent, chargés, ce semble, de constater, à chacune de leurs étapes, que le corps d'armée a passé par là : d'une voix sourde et pleureuse, et d'une bouche qui grimace, ils répètent les chants de la foule qui les précède, et les laissent au passé comme un adieu, écho larmoyant d'une voix d'espérance. Considérez ensuite ces péripéties imprévues, qui viennent soudain déconcerter, d'une manière si bizarre, et les partis et leurs mesures si laborieusement préparées. La pétulance courageuse d'une jeune femme, trompée d'ailleurs ou qui se trompait, répand une sorte d'éclat sur une expédition aventureuse, et sa prison même pouvait servir sa cause, plus peut-être que tous ses efforts et que tous les efforts des siens. Qu'arrive-t-il? Elle était venue dire à son infâme oncle : « Rendez-moi ma couronne î » et elle finit par lui écrire : « Envoyezmoi une nourrice M » N'est-ce pas là une belle prosopopée? Après cela, pour que rien n'y manque, arrive, les besicles sur le nez, M. le comte de Marcellus, qui déclare que, par respect pour le sacerdoce royal, quand il verrait, il ne verrait pas, quand il entendrait, il n'entendrait pas, et quand il croirait, il ne croirait pas : ce qui touchera profondément la France ! Et vous croiriez que tous ces braves gens là sont destinés à gouverner le monde? Ils en meurent d'envie, je le crois bien: mais, depuis que l'Hippogriffe s'en est allé, je ne sais pas bien où, et que les voyages dans la lune sont en conséquence devenus difficiles, ils ont peu de chance de réussite. Quant à ce que nous avons, avec un peu d'adresse, cela pourra descendre assez tranquillement le ruisseau; mais au bout du ruisseau est l'égout, et si cette circonstance n'est pas des plus agréables, ce n'est pas de ma faute, en vérité.

* La grossesse de M"'« la duchesse de Bcrry venait d'être déclarée, au grand scandale de certains royalistes dont les plus désespérés disaient, avec M. de Marcellus, que, « l'eiissent-ils vu, jamais ils n'y croiraient. » 11 fallut pourtant et croire et se ré.-i^ner.

Mon trère, qui a passé ici ce matin, vous offre ses affectueux hommages. Où sont ces si bonnes soirées passées ensemble dans un autre temps? Dieu vous a bien éprouvés depuis lors, et moi aussi. Qu'il soit béni de tout!

La Chênaie, le 25 mars 1833.

Si l'on considère, d'un point de vue élevé, ce qui se passe à Rome, mon cher comte, on trouvera qu'il n'y a nullement lieu d'en être troublé, ni de s'en affliger. Car enfin, lorsqu'on ne cherche que le vrai, tout ce qui jette un grand jour sur le passé et sur l'avenir, tout ce qui étend notre horizon et nous permet de contempler de plus près la partie divine des choses, doit être regardé comme un inappréciable bien. Que le Pape d'un côté, les Rois de l'autre, se liguent contre les peuples et contre les élernelles vérités du christianisme; que des courtiers de crime et de tyrannie, sous une robe de moine, soient les entremetteurs de cette odieuse alliance, cela fait réfléchir sans doute, mais cela n'inquiète assurément ni pour le christianisme, ni pour les peuples, dont la vie, grâce à Dieu, ne dépend pas de quelques dégoûtants tripoteurs de despotisme; au contraire, je vois là le salut de la Rehgion et de la Liberté, parce que j'y vois l'annonce d'une ère nouvelle, d'un immense changement dans les idées, et par conséquent dans les choses. Croyez-moi, il ne s'agit plus d'uUramontanisme ni de gallicanisme; la Hiérarchie s'est mise hors de cause; il s'agit d'une transformation analogue à celle qui eut lieu il y a dix-huit siècles; le pressentiment en est partout, et je ne saurais assez bénir la Providence d'avoir envoyé Grégoire XVI pour hâter le moment de la régénération nécessaire : il est venu apposer un sceau éternel sur l'époque qui finit en lui. S'il fait nuit sur la terre, c'est que ceci est la fin d'un de ces joiir^s de Dieu dont parle l'Écriture. Mais quand, après avoir achevé son cours, le soleil se cache, c'est pour reparaître. Tournez-vous vers l'Orient, et vous verrez déjà l'aube blanchir. Peu m'importent

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donc ces vains sons qui retentissent dans le vide du sépulcre, au milieu de la poussière des morts qu'ils ne réveilleront pas. Je prête l'oreille aux voix célestes qui prophétisent sur la Montagne, aux pauvres pasteurs, et la paix et la délivrance. Pendant qu'elles entonnaient autrefois sur le monde ranimé le cantique de l'avenir, qu'est-ce qui se murmurait dans la Synagogue? Nous le savons. Mais je sais aussi que nous devons laisser Dieu accomplir son œuvre, attendre avec patience les moments qu'il a marqués, et jusque-là porter notre croix sans nous lasser, sans murmurer, évitant tout ce qui pourrait être de quelque scandale aux faibles, et l'ombre même de la division. La difficulté peut être grande sur ce dernier point, parce que, si on doit se sacrifier soi-même, il n'est pas permis de sacrifier ce qui n'est pas à soi, de sacrifier la Vérité. Mais j'ai en Dieu une grande confiance, et j'espère que, si on se dépouille de tout amour-propre, de tout sentiment personnel, il guidera ceux qui ne veulent que lui à travers les nombreux écueils semés sur leur route en ces temps extraordinaires. 11 se prépare dans toute l'Europe des événements dont les conséquences sont incalculables : ne vous laissez pas tromper par les apparences; le calme n'est qu'à la surface; au-dessous grondent des tempêtes teribles. Vous jugez la France trop défavorablement; sans doute, les âmes y sont, comme partout, affaiblies parl'égoïsme, mais infiniment moins que vous ne pourriez le croire. C'est encore, à tout prendre, le pays où il y a le plus de vie; vous vous étonnez qu'elle supporte l'infâme despotisme de son gouvernement actuel : pensez-vous donc qu'on puisse faire une révolution chaque semaine? Songez aux partis qui nous divisent, aux incertitudes de l'opinion, aux craintes fondées qu'inspire une nouvelle catastrophe en cet état d'anarchie spirituelle, et vous ne serez plus surpris qu'on supporte momentanément ce qui est. Pour moi, je souhaite que l'équilibre se maintienne encore quelque temps, car rien ne me semble encore préparé suffisamment pour étabhr à la place quelque chose de raisonnable et qui puisse durer. Les partisans de la République gagnent du terrain; on voit que, tôt ou tard, il faudra en venir là; mais on a peur de leurs passions et de leurs préjugés étroifs;

sans celle peur, qui est fondée, ils réuniraient à eux, en fort peu de temps, la très-grande majorité de la nation.

Mille souvenirs respectueux et tendres à tous nos amis; je n'en nomme aucun, ce serait inutile. Quelque part que vous soyez, souvenez-vous de nous, et faites que nous sachions ce que vous devenez. Adieu, moji cher comte; tout à vous de cœur.

La Chênaie, le 26 mars 1833.

Je viens de recevoir votre admirahle lettre du iO mars, qui me tranquillise sur votre sanlé, malgré l'éblouissement qui m'a privé de ce que vous vouliez y ajouter encore. C'est là une de ces tristes réactions de l'âme sur notre pauvre machine, réactions inévitables au milieu de tant d'impressions irritantes; cela fait souffrir, mais cela ne lue pas : c'est la vie telle qu'on nous l'a faite.

Vous peignez, avec une frappante vérité, l'Europe en quelques phrases. Oui, la voilà bien « étendue sur son lit de mort, » mais qui sera en même temps le ht de sa renaissance; car le genre humain n'a pas accomph ses destinées terrestres; il lui reste une longue suite de siècles à parcourir. Ce qui fait la souffrance de la vieille Société, c'est son obstination violente à retenir un passé qui la déchire enfuyant; ce qui fait sa honte, c'est d'avoir choisi la boue des ruisseaux pour y expirer. Elle a confondu toutes les notions du vrai et du faux, du juste et de l'injuste. Le droit n'est plus que le crime systématisé, déifié. Jamais le soleil n'éclaira un spectacle plus hideux. Dites-moi si partout l'on n'a pas fait de la lèpre une loi fondamentale; dites-moi ce que ce serait que l'homme, si le monde continuait de marcher dans les voies où la politique de l'intérêt l'égaré depuis si longtemps; dites-moi pourquoi Jésus-Christ serait mort, si tout cela ne devait pas mourir! Aussi Jésus-Christ estil aujourd'hui le grand ennemi, et (à comme ailleurs, et plus qu'ailleurs. Jugez de ce que sera le remède par la profondeur

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du lïial. On imagine des traiisactions entre ce qui fut et ce qui tend à être. Ah, bien! oui, des transactions! Pauvres gensî ils auraient négocié au temps du Déluge. Non, non, tout changera, tout : remarquez que je dis tout. Il y a un fond impérissable, mais les formes disparaîtront. Nous avons accompli une grande période; une autre va commencer, et magnvs rerum renascitur ordo. Le sens n'est -il pas visiblement retiré à ceux qui s'en vont? On a vu des crimes plus grands, du moins d'un certain genre; on n'a jamais vu (sauf pourtant un exemple unique dans l'histoire) labus de la force brulale porté à de plus énormes excès; on a vu des passions plus violentes; mais vit-on jamais une pareille imbécillité, un idiotisme aussi effrayant? Et puis ce sang-froid avec lequel on trafique de Dieu ! C'est comme un inénarrable mélange de l'Enfer et des Limbes dei humhini. Tout cela, néanmoins, ne me trouble point, parce que je ne tiens qu'à Dieu, et que tout le reste ne m'est rien. Je sais ce qu'on trame, en ce moment, contre moi ; je connais tous les personnages et leurs vues diver^es; il est quasi certain qu'ils réussiront, et jamais je ne fus plus tranquille; car le succès même de ces basses intrigues jette une vive lumière sur l'avenir du monde. La plus déplorable misère d'une certaine classe de gens, c'est l'impuissance de se faire une idée de l'honnête homme, et j'ai presque dit de l'homme : tout ce qu'ils peuvent, à force de travail, c'est, en partant d'euxmêmes, d'élever leur conception de la macaque à l'orangoutang.

Je n'ai pas douté, un seul instant, de la vérité de la déclaration faite â Blaye*, et cela par deux raisons : parce que nulle femme, même la plus abandonnée, ne consentirait jamais à signer une chose semblable si le fait était faux, ou si seulement il était possible de le cacher; parce que l'imposture serait trop lot, et trop certainement découverte, pour que l'impos-

* Par la noble prisonnière elle-même, dont on eut bien soin d'antlienliquer la signature. Le général Bugeaud, d'ailleurs, et deux autres témoins olfieiels avaient assisté à la mise au monde de la jjctite fille que le docteur Deneux, un des accoucheurs, déclara née de la duchesse de Beiry, épouse légitime de ]\l. Hector Lucchesi l'alli, des princes de Campo-Franco, gentilhomme de la chambre du roi des Deux-Siciles, domicilié à Palerme.

leur en profilai. Aussi le parli légiliinisle ne leiiil-il de douler qu'en désespoir de cause. Je plains celte malheureuse femme; j'abhorre ses infâmes geôliers; mais je ne saurais m'empêcher de voir, dans des évènemenls si imprévus, la main de la Providence qui veut épargner à la France les horreurs d'une guerre civile, et faire disparaître, l'un après l'autre, les obstacles qui s'opposent à la réunion des Français dans un même désir et une même pensée.

Mes affaires personnelles sont toujours dans le même état. On Iraite. Plusieurs fois, l'homme qui me poursuit a présenlé lui-même des conditions d'arrangement ; elles ont été acceptées, et puis il a refusé de conclure : impossible, donc, de deviner quand et comment cela finira. Je vis dans la caverne de Gil Blas, et ce n'est pas- une vie douce : elle le serait, malgré toutes m.es peines, si j'étais rapproché de vous. Cela fait tant de bien de verser ses douleurs dans des âmes qui entendent et sentent ! Je voudrais pouvoir faire un peu trêve à l'ennui de votre Adonis viennois. Quelque tristes que soient les choses au fond, il y a encore moyen d'en rire, et je ne m'en fais pas faute quand je puis. Le procès de Vhorrible attentat * a égayé toute la France. Nous sommes bien heureux, pourtant, d'avoir le jury ; sans lui, Louis-Philippe nous demanderait nos têtes, comme il nous demande nos bourses: il est homme à tout prendre, sauf à partager avec Nicolas.

La magistrature est abominable. Remarquez qu'il n'y a de bon que ce qui n'est pas constituiez comme ils disent. Partout où le Pouvoir çt ses dépendances disparaissent, vous retrouvez, malgré les ravages de Tégoïsme et le souvenir des vieilles passions, des sentiments de justice et d'honneur, d'humanité, de générosité même, surtout à mesure qu'on descend dans le peuple. Les ouvriers de Lyon furent sublimes, il y a seize mojs, et le gouvernement exécrable comme de coutume^. Si

* Le coup de pistolet du pont Royal, tiré le 29 novembre 1852. L'acquittement de M. Bergeron est du 11 mars 1833.

- En novembre 1831. H s'agissait, comme on sait, d'un tarif ct;ibli par lus ouvriers et que les maîtres paraissaient avoir accepté. L'autorité, sans se prononcer, faisait sourdement son possible pour que le tarif tombât en désuétude. Les ouvriers qui l'avaient, au contraire, pris au sérieux, se levèrent

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VOUS lisez les journaux républicains, VOUS devez être frappée du progrés moral qui s'est fait dans ce parti. Il y a encore, sans doute, des préjugés étroits, des traces d'anciennes défiances et d'anciennes rancunes, des idées mal conçues ou peu fixées; mais, tels qu'ils sont, comparez-les à ce qu'ils étaient il y a seulement quelques années : c'est une génération nouvelle, énergique, ardente, qui cherche avec amour et bonne foi ce qu'elle n'a pas trouvé encore, mais qu'elle trouvera très-certainement, quand le voile, dont on a recouvert la Lampe éternelle, ne projettera plus son ombre sur la route où marche cette jeunesse meilleure que ses pères.

Que Dieu vous soutienne et vous console ! Voyons-le dans tout ce qui se fait, et ne perdons point courage : ily a de grands maux, mais il y a aussi de grandes espérances.

La Chênaie, le 14 avril 1833.

Nos souvenirs et nos lettres se sont croisés, mon cher ami, preuve que nous n'avons pas besoin de nous écrire pour nous entendre, ce qui n'est pourtant pas une raison de nous entendre sans nous écrire. Il me semble que cela fait du bien, par le temps qui court, de causer un peu de ce qui se passe, ou de ce qui passe, c'est tout un. Voyez les partis comme ils s'en vont, carlistes, phiHppistes; la Répubhque seule croît. Pauvre petite! déjà l'on parle delà marier; les uns disent à un

pour en assurer le maintien. Retirés sur les hauteurs de la Croix-Rousse, où ils relenaient comnne otages le général et le préfet, venus pour négocier avec eux, ils y furent attaqués, et après deux jours de combats opiniâtres, la victoire leur demeura. La troupe de ligne évacua Lyon. Les ouvriers prirent alors le gouvernement de la grande cité, ot y firent régner l'ordre le plus parfait. M. Casimir Périer, blessé comme minisire dirigeant, et aussi comme manufacturier, par celte victoire du prolétariat, tint à honneur d'en effacer le prestige. Le duc d'Orléans, le ministre de la guerre, et une armée entière y furent employés. Plus de quarante mille hommes et cent bouches à feu eurent raison de la révolte. Mais, il faut le répéter, les ouvriers furetijt, admirables.

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Bonaparte, les autres à M. de Lafayette, d'autres encore à M. Carrel, ou à tous trois ensemble, ce qui serait beaucoup pour la première fois ; mais au moins elle pourrait choisir en connaissance de cause. Pour moi, si ma voix était comptée, je la marierais à Mahmoud, qui va tout à l'heure se trouver veuf de ses six cents femmes; Répubhque.pour République, il n'y perdrait rien. Qu'en pensez-vous? Ne pourrait-on pas mettre, comme on dit, cetteidée en avant? Les Saint-Simoniens qui s'en vont chercher la « femme libre » à Constantinople, seraient, pour le coup, bien attrapés; pendant qu'ils fouilleraient tous les harems pour la trouver, un beau jour ils entendraient dire que le Grand-Turc vient de l'épouser à Paris. Quelle déconvenue ! Et que dirait iM. de Metternich? Que diraient aussi nos quatre cent quatre-vingts honorables? Rien de plus drôle, assurément, que ce qu'ils nous disent tous les jours. Us prétendent, les braves gens, nous représenter; ils sont le miroir qui réfléchit l'image de la France : quel miroir, tudieu ! — un fond de .bouteille élamé avec de la boue. La belle figure que nous ferions là-dedans !

Sérieusement, la République croît ; il est clair qu'elle a fait alhance avec le bonapartisme ; si elle ne se presse pas trop, son triomphe est assuré avant peu d'années. La peur toujours croissante de Phihppe nous donne la mesure de sa popularité, et par conséquent de sa force : comme les petits tyrans du Moyen âge, il en est réduit à faire élever de tous les côtés des forteresses pour s'y barricader contre l'amour du peuple; njais il n'est point de barrière qu'un pareil amour ne franchisse ; il devrait le savoir. Quant aux légitimistes, je ne sais ce qu'ils ont fait à Dieu, mais il les traite bien sévèrement ; il les a condamnés à être les Nabuchodonosor de la nouvelle loi. Vous me direz que la transformation n'a été ni grande ni subite : à la bonne heure, et j'ajouterai qu'elle n'est pas sans consolation; car Nabuchodonosor, après tout, n'était pas moins, en broutant l'herbe, le souverain « légitime et imprescriptible, » ce qui est le point essentiel. S'il mangeait du foin, c'est qu'il l'aimait : cela ne dérogeait pas « au régime du bon plaisir. »

Veuillez dire aux personnes qui vous entourent, et particu-

lièreiïient à M"* de Coriolis, combien je suis sensible à leur souvenir. Puisque vous ne me parlez poini de la santé de cette dernière, je présume qu'elle n'a pas lieu de s'en trop plaindre maintenant ; priez-la d'agréer mes vœux et mon tendre respect. Et vous, mon cher ami, soignez-vous bien; assistez gaiement à la comédie qu'on nous donne. Dans l'immense drame delà Création, c'est une scène de la petite farce : je soupçonne que le Diable souffle les acteurs pour avoir le plaisir de les siffler. Tout à vous bien tendrement.

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