CONFIDENTIELLE
« Je ne vous ai pas encore remercié, monsieur le comte, de votre aimable billet de ce vendredi soir, veille de mon départ de Turin. Je viens enfin acquitter cette dette, et en même temps, si vous le permettez, en contracter une nouvelle.
<* Vous savez les clameurs qu'a excitées le dernier ouvrage de votre illustre ami ; on a prétendu y voir des montres, des hérésies, du wiclelisnie, etc., etc. Que saisje? Il ne paraît pas que vous y ayez rien trouvé de tout cela. Moi aussi j'ai lu cet ouvrage ; je l'ai dévoré, sans y rien rencontrer qui ne fût, ce me semble, conforme aux principes catholiques. Peut-être quelques expressions un peu dures, mais qui s'expliquent par l'ensemble de l'ouvrage, ont-elles pu donner de l'ombrage. Peutêtre la forme aurait-elle pu être un peu différente pour faire entrer la vérité plus doucement dans des têtes prévenues; mais pour la substance de la doctrine, avec les pièces justificatives, j'avoue ne pas comprendre comment les personnes qui d'ailleurs pensent bien, aient pu y voir des horreurs.
« Le passage sur Vluslitul des Jés a choqué beaucoup de monde : comment,
dit-on, accorder cela avec ce que l'auteur lui-même a dit si souvent ailleurs à la recommandation de ce même Institut? comment l'accorder avec ce que Pie VII en a dit, en rétablissant la Compagnie? Ce grand Pape s'est-il donc trompé si grossièrement, en rétablissant un Ordre dont Vltistitnt était bon pour les anciens temps, oui, mais qui ne sert plus, qui a même des inconvénients graves pour les temps présents? .Ne fut-ce donc pas pour les temps présents de l'Eglise que le Saint Père
se crut en devoir de rétablir les J , et cela sans vouloir rien changer à leur
Institut? tout au contraire, en le rétablissant tel qu'il avait été confirmé par le Saint-Siège, depuis presque trois siècles? L'auteur abandonnerail-il, au sujet de
l'Institut des J seulement, ses principes sur l'Autorité? Les erreurs, du temps
et tous les maux que nous voyons ne sont-ils pas le protestantisme réduit à sa dernière expression? Et comment donc un Institut, une Compagnie, suscitée par Dieu pour combattre le protestantisme, ne serait-elle pas adaptée aux besoins du temps où nous vivons ? Voilà ce qu'on dit, et non pas sans raison, à ce qu'il me semble. Du reste, moi, je crois que c'est le sens qu'on attache naturellement à la parole