II
les paroles de l'Apôtre, et sans le citer; que dirait-on de lui ^? J'ai l'intime conviction que la vieille Société, si criminelle et si misérable, est arrivée au terme, au dernier terme de sa durée, et qu'une ère nouvelle va s'ouvrir. Le genre humain me parait être dans une position analogue à celle où il se trouvait lors de l'avènement de Jésus-Christ, partagé, comme alors, entre une gentihté corrompue et une synagogue aveuglée. J'attends donc quelque chose d'en haut, une manifestation divine quelconque; je n'en serai pas témoin, mais j'y crois; j'y crois d'une foi pour moi invincible, et c'est pourquoi je m'intéresse peu aux événements intermédiaires, si ce n'est par leur rapport à cette grande fin de la Providence. Il y a, n'en doutez pas, de magnifiques vérités cachées dans cette sorte d'instinct vague qui remue aujourd'hui la race humaine. J'aurais beaucoup à dire là-dessus, mais ce que je dirais ne peut s'écrire. Les légitimistes, très-divisés d'ailleurs entre eux, se repaissent, jour par jour, de mille espérances vaines; à quelques égards, ils ressemblent, dans leur exaltation insensée, aux Juifs, qui voyaient leur triomphe partout, dans les temps qui précédèrent la ruine de Jérusalem; avec cette différence, toutefois, que les Juifs
* ... Elle est tombée, la grande Babylone... car toutes les nations ont bu le vin de sa prostitution elfrénée, et les rois delà terre ont commis fornication avec elle, et les marchands de la terre sont devenus riches de l'excès de son luxe... Et les rois de la terre, qui ont commis fornication avec elle, et qui ont voeu dans les délices, la pleureront, et mèneront deuil sur elle, en se battant la poitrine, quand ils verront la fumée de son embrasement... J'entendis une voix d'une grande multitude au ciel, disant : Halleluiah!. .. Dieu a fait justice de la grande prostituée qui a corrompu la terre par son impudicité. Il a vengé le sang de ses serviteurs, versé de la main de la prostituée... Puis, je vis un ange, se tenant dans le Soleil, qui cria à haute voix et dit à tous les oiseaux qui volaient par le milieu du ciel : — Venez ! et assemblez-vous au banquet du grand Dieu, afin que vous mangiez la chair des rois, la chair des capitaines, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceax qui sont montés dessus !. . . Alors je vis la Bête, et les Rois de la terre, et leurs armées assemblées pour faire la guerre contre celui qui était monté sur le cheval, et contre son armée.
Mais la Bête fut prise et avec elle le faux Prophète, qui avait fait devant elle les prodiges par lesquels il avait séduit ceux qui avaient la marque de la Bête, et qui avaient adoré son image; et ils furent tous deux jetés, tout vifs, dans l'élang ardent de feu et de soufre. — Apocalypse ou Révélation de saint Jean le Théologien, chapitres cités.
modernes mettraient le feu au temple et brûleraient l'Arche pour sauver la cité terrestre. Partout, en France, en Allemagne, en Italie, il n'y a de bon que le peuple ; lui seul conserve ce qui doit durer; et je le remarque, parce que ce fait m'explique une particularité singulière de la Prophétie de saint Jean, qui ne contient pas un mot de reproche ni de menace directe contre le peuple : — n'en êtes-vous pas frappée comme moi?
Veuillez avoir l'extrême bonté de me rappeler au souvenir de la princesse H' S et de lui présenter mes hommages, lorsque vous lui écrirez. Je serais bien heureux d'apprendre le rétablissement de la princesse Hedwige. Que Dieu accorde repos et protection à tous ces braves gens ! Toutes les nouvelles qui nous arrivent de leur pays font dresser les cheveux sur la tête. 0 Providence! — Lisez saint Jean.
La lytte se prolonge en Portugal ; pour moi, je ne doute pas de l'issue. Lisbonne serait reprise que rien ne serait fmi. L'Angleterre me semble trop engagée pour reculer. Au reste, toutes les questions, sans en excepter une, demeurent suspendues et indécises, l'Espagne, la Belgique, la Turquie. Personne ne veut de la guerre, tout le monde la craint, et la guerre viendra malgré tout le monde : une guerre terrible, universelle, une guerre à mort; voilà mes prévisions. En France aussi, beaucoup de gens voudraient maintenir ce qui est, peur de pis : ils n'y réussiront pas davantage. La grande erreur des hommes est de s'imaginer qu'ils peuvent quelque chose, tandis que seulement ils semblent pouvoir , lorsqu'ils agissent dans le sens de je ne sais quoi de secret qui gouverne les affaires humaines : purs instruments passifs entre les mains d'une puissance contre laquelle se brisent tous leurs efforts.
* La princesse Lubomirska, dont le prénom était Thérèse, comme on le verra plus loin, mais dont le mari se nommait probablement Henri. La princesse Hedwige était sa fille, mariée depuis (sauf erreur) au prince de Ligne.