AU PAPE
Paris, 6 décembre 1833,
Très -Saint-Père,
Quelques personnes ayant mal interprété les expressions concernant la distinction des deux puissances ^ et leur indépendance dans les objets qui sont purement de leur ressort, lesquelles terminent la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Sainteté le 5 novembre dernier, je la prie de me permettre de lui déclarer que, selon mon intention, ces expressions ne sont nullement une clause restrictive à ma soumission
* Dom Pedro et dom Miguel.
^ Le cardinal Odescalchi, probablement.
^ La puissance spirituelle et la puissance temporelle.
pleine et entière à l'Encyclique du 15 août 1852, et selon les termes du Bref de Votre Sainteté, en date du 5 octobre dernier, à M^^ l'évêque de Bennes, que mondit seigneur évêque m'a notifié. Cette clause n'était que le simple exposé d'un principe reçu ; et, dans ma position à l'égard des partis politiques existants en France, j'ai pensé qu'il était utile et personnellement nécessaire de le joindre à l'expression sincère de mon obéissance.
Ma conscience, Très-Saint-Père, éprouve le besoin d'assurer de nouveau Votre Sainteté que je n'ai rien tant à cœur que d'éviter de devenir, même involontairement, un sujet de troubles dans l'Église, et que de persuader Votre Sainteté, nonseulement de ma soumission dans toute l'étendue de mon devoir, comme prêtre et comme catholique, mais encore de la disposition sincère et respectueuse où j'ai toujours été, où je suis, et où je serai toujours, avec la grâce de Dieu, de lui prouver, de toutes les manières possibles, ma vénération, mon amour et mon dévouement inviolables.
C'est dans ces sentiments que , prosterné aux pieds de Votre Sainteté, j'implore sa bénédiction apostolique, et je suis,
Très-Saint-Père,
De Votre Sainteté,
Le très-humble et très-obéissant fils et serviteur ^
* « ... Ayant à choisir entre l'Église et l'Humanité, M. de Lamennais ne pouvait pas hésiter, et cependant il ne se rendit pas tout d'abord. On ne renonce pas facilement à une doctrine que l'on a tenue pour vraie, et que l'on a défendue pendant vingt ans avec conviction et désintéressement. Il lit tous ses efforts pour ne pas sortir de l'Église ; son adhésion à rEncychquc du 15 août 4852 en est la preuve. Alors même que sa raison se refusait à accepter ses décisions, il se soumit pour conserver la paix. Ce ne fut pas de sa part un acte de faiblesse, il l'a fait voir depuis, mais un acte de vertu. Il se défiait de lui-même, il craignait de céder à un mouvement d'orgueil, et aussi d'inquiéter la conscience de ceux qu'il avait entraînés par sa parole et par son exemple, et que sa résistance eût jetés peut-être dans des négations extrêmes. » — Essai biographique déjà cité. Paris, Garnier frères, 1858.