L. Garnot
VALENCIENNES, 28 AVRIL 17<j3.
LE GÉNÉRAL DAMPIERBE AU GÉNÉRAL LA MARLlÈRE.
ce
Au quartier (jénéral à Valencicunes, a8 avril 1793 , l'an 11 de la République.
Je VOUS prie , général , aussitôt ma lettre reçue , de faire passer des ordres au camp de Gassel pour en retirer trois bons miile hommes , tant infanterie que cavalerie, avec Richardot ''', ijuc vous joindrez aux lrouj)es qui sont sous vos ordres
W Jérôme -Etienne -Marie Ricliardot, né à Toulouse le 39 juin 1751, mousquetaire le 14 juin 1772, sous-lieulenant le 18 février 177 4, réformé en 1776, lieutenant le i3 décembre 1789, lieutenant en 1" le 90 mai 1786, capitaine au 5* réjjiir.ent de chasseurs le a5 janvier 1799, lieutenant-colonel le 29 juin 1799 , colonel du 9° chasseurs le sG janvier I7<)3, revenu au 5° chasseurs le 8 mars 179!?, général de hrigade le 7 avril 1798, commandant du camp de Cassel le 91 juin 1798. Le 6 août 1798 les représentants Duquesnoy et Le Bas donnèrent, de Cassel, l'ordre d'arrêter Richardot. Cet ordre, parvenu à 9 heures du soir au général O'Moran à Dunkerque, fut exécuté par lui à 1 1 heures du soir. O'.Moran fit part le lendemain aux représentants du résultat de sa mission. En même temps on dressa un procès-verbal de l'arrestation et un invent;dre des papiers du général. Richardot, malade depuis six jours et ne pouvant se rendre dans la maison d'arrêt d'Airas, fut mis en arrestation dans sa chandire. Le 17 août suivant, les citoyens Dauchy et Vandewalle, olliciers municipaux de Dunkerque, écrivirent à Duquesnoyet à Le Bas qu'ils avaient examiné les papiers du gé-
néral Richardot et qu'ils n'y avaient rien trouvé de contraire aux intérêts de la République. Les lettres leur ont paru écrites, disent-ils, «avec ta franchise d'un républicain qui s'occupe véritablement de la défense de son pays.» (Cf. le dossier du procès des généraux D'Avaiue, Chance! et O'Moran, Arch. nat., W 335, n" 583.) Le général Richardot n'en fut pas moins envoyé à Paris le 5 janvier 1794 avec les généraux O'Moran, Chancel et D'Avaine (cf. lettre de Duquesnoy à Fouquier-Tinville, écrite d'Arras le 17 nivôse an u, Arch. nat., \V385, 585) et incarcéré. On instruisit son procès. Le curé de Rexpoëde, Thomas Vandenhede, déposa que le lundi de Pâques 1798 le général Richardot était venu à Rexpoëde avec l'arrière-garde sortant de Belgique, qu'il avait pris son logement chez lui et qu'à souper, en compagnie du lieutenant-colonel Bcru, il avait dit que (ont allait mal, que l'ennemi allait se porter sur Dunkerque, et que, sur la demande à lui faite s'il y avait du danger que Dunkerque fût piis, il avait répondu que oui,
parce que les gardes nationales/ le
camp au premier coup de canon, et qu'il avait traité la garde nationale de canailles et dit qti'aranl qu'il fût quinze jours nous
[•i8 AVRIL 1793.] MISSION DANS LES DEPARTEMENTS DU NORD. 1G9
à Lille. Ces troupes parliroiit de Gassel le 3o au matin pour se rendre dans la même journée par une forte marche à Lille.
Je vous ferai passer demain ou après-demain mes ordi-es sur l'usage que vous ferez de ces troupes.
Le général en chef,
Dahpierre.
P. S. S'il était possible <le les faire marcher pendant la nuit, cela serait le
aurions un roi et la paix et qu'il se retirerait dans ses foyers. En vain Richardol protesta contre la dénonr laliou du curé : le 1 '1 ventôse an II (Il mars 179A), un acte d'accusation fut ilressc contre lui comme irprévonu de conspiration contre la Republique et de complicité avec l'inlamo Dumouriez pour le rctahlissement de la royauté en France», et le tribunal révolutionnaire ordonna (|ue iticliardot serait écrouc sur les registres de la maUon d'arrêt de la Conciergerie, où il était déjà détenu. Deux jours ])lus tard (6 mars 179'') le général, malade depuis longtemps, mourut dans sa pcLson, tandis que ses compagnons il'inl'orluno, les généraux O'.Moran, (diancel ot D'Avaine montaient sur l'écliafaud. Fouquier-TinvUlo fut informé de cet événement par le liillel suivant :
«Je te donne avis, citoyen, que le général Richardot est décédé aujourd'hui it) ventôse l'an 11 de la République une et indivisible.
iT .Salut et fralcmilé.
<rR\r(î)->
Foufiuicr-Tinvillc a écrit sur celte lettre la note suivante : «Je vais faire ouvrir le cadavre pour découvrirla cause de la mort.» (Arch. nal., W aS, n" 1316.)
La veuve du général Rirbardot survécut longtemps à son mari. Le 18 mirs 1H99 elle réclama un secours du ministre de la guerre par la lettre suivante (orig. ,Arcb. ii<lministralivesduminis|i rc de la guerre) :
I*aris, le t8 mars 18-19.
vA Son excellence, Montei/riieur le ticomte de Cuux, ministre de la {^iicne.
'•-Monseigneur, tl,a veuve du maréclial de raiiq) lii-
cliardol, mort victime de Robespierre, qui avait presque tout perdu dans les événements révolutionnaires, fut elle-même compromise dans l'alfaire du général .Aforeau, (ïeorgc et Picbegru, arrêtée et emprisonnée à liordeaux, ville qu'elle habitait depuis plusieurs années. Ses papiers et 800 louis qu'elle avait dans son secrétaire lui furent enlevés, mais Une nnladie qu'elle contracta dans la prison, la sauva d'être du nombre des victimes que l'on transféra a Paris. .Soumise à son sort qui la prive de son mari et des honneurs qu'elle partagerait aujourd'hui , forcée de plus de renoncei' il l'espérance d'obtenir la pension de veuve , son mari n'ayant que 9 3 ans de service, à la malheureuse époque de sa mort, elle n'a depuis luiigtcnq)s pour tous moyens d'e\istone-e que les soins de sa fdlc, qui a eu le bonheur d'obtenir une petite place dans la maison du Roi. Dans une position pénible. Monseigneur, permettez ([u'elle supplie votre Kxcellencc de lui accorder la faveur d'un secours. L'année pré .édente voire Evcelleuco ayant accueilli sa demande, elle sollicite et espàe la même faveur et supplie votre Excellence d'en trouver ici l'expression de sa vive rcconinissan'e.
ffAvec le plus pro.''ond rospecl, it Monseigneur,
iT Votre 1res hundde,
tV" Richardot.
r Passage des Pelits-Pèrcs , n° 8.n
La veuve du général Richardot renouvela ses demandes de secours au ministère de la guerre snus une forme analogue jusqu'en
iH.'i-.
170 COHRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [99 avril 179.3.]
mieux. Je crois qu'il faudra deux niarehes, une dans la nuit du 39 au 20, et l'autre dans la nuit du 3o au i".
(Copie certifiée par La Mailièrc, Arch. iiat. , AFii 55, i85, n" i5o.)
LILLE, a8 AVRIL 1793. LE GÉNÉRAL LA MARLlf:RE AU GÉMÉRAL O'MORAN.
Lille, ie a8 avril 1798 , l'an 11 de la République française.
Legéne'ral en chef Dainpierre me charg'e, mon cher O'Moran, de vous mander que vous teniez un corps disponible de 3, 000 hommes environ pour se réunir à moi, lorsque je vous les demanderai. Je crois qu'il est important de faire abandonner à l'ennemi l'investissement de Coudé. Cela me paraît très urgent et ce n'est que par un grand ensemble dans nos mouvements que nous y parviendrons. Je peux me porter en avant et l'inquiéter par une position menaçante qui fera une diversion heureuse pour le projet ci-dessus.
Adieu , mon cher général. Je vous emlirasse.
Le général de division,
La Mablière.
(Ori(;., Arcli. nal., AF 11 55, i85, n° ifii.)
LILLE, 2() AVRIL 171)3. LE GÉNÉRAL LA MARLlÈRE AU GÉMÉRAL O'MORA.N.
Lille, ie 29 avril 1793, l'an 11 de la République française.
Je vous envoie , général , copie d'une lettre que je reçois dans le moment du général en chef pour que vous ayez à m'envoyer 3, 000 hommes bien choisis sous les ordres du g('néral de brigade Richardot. Vous voudrez bien mettre en exécution ce qu'elle contient et m'informer du moment de l'arrivée de cette petite division à Lille. Mettez, je vous prie, le plus grand secret dans cette marche. Le général Richardot peut dire qu'il se porte simplement h Armentières et qu'il retournera à Casse! lorsqu'il aura dissipé quelques détachements ennemis qui menacent cette partie. N'importe l'histoire qu'il fera, pourvu que ces troupes soient bien approvisionnées et en état d'agh-. Je connais une partie des villes qui sont à vos ordres ; elles sont républicaines et braves. Ainsi ça ira.
Le général de division ,
La Marlikhe.
J'ai appris (jue le général O'Moran était à Dunkerque.
(Orijj. , Arch. nul. , AFn 55 , i85, n" iSa.)
[jg AVRIL 1793.] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. 171
DODAI, aj) AVIUL 1793.