‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 147 sur 388 · CARNOT ET DDQLESNOÏ À LA CONVENTION · texte numérisé non relu

CARNOT ET DDQLESNOÏ À LA CONVENTION

Dunkerque, le i" mai 1798, l'an 11 delà Rcpublique.

LES liEPRUSEXTAUTS DE LA \ATION , DEPVTES DE LA COXVESTIOX .\ATIO\ALE AVX ARUÉES DV AORD ET DES ARDEMVES.

Citoyens nos coUègues,

On nous assure que la Convention nationale a reçu des plaintes des citoyens de Saint-Omer contre les administrateurs du département du Pas-de-Calais et même contre les représentants de la nation, à l'occasion du recrutement. Ces citoyens disent qu'on a exigé de la ville de Saint-Omer un contingent beaucoup trop fort et absolument disproportionné à celui des autres villes du département, et notamment de la ville d'Arras, qu'ils nous ont fait leurs représentations à ce sujet et que nous n'avons pas voulu les écouter. Les faits ainsi présentés pourraient laisser des doutes sur l'impartialité des représentants du peuple députés par la Convention ; il faut les lever.

Conformément à la loi du ai février, chaque commune a fourni l'état des hommes qu'elle avait aux armées, et sur ces états le conseil général du département du Pas-de-Calais a fait son travail de répartition. Dans cette répartition la ville de Saint-Omer s'est crue lésée; elle a montré que, quoique d'une population un peu moins forte qu'Arras, cependant elle se trouvait obligée de fournir un contingent beaucoup plus considérable; elle a réclamé un dégrèvement. Alors le conseil du département a revu son travail et il a été reconnu que, si la ville de Saint-Omer était lésée, c'était la faute de la municipahté.

répondit que le 20 mai (Minute, Arcli.

nat., AF 11 a38,n° 33):

«Nous avons reçu, citoyens collègues, votre lettre en date à Dunkerque du 3o avril dernier, par laquelle vous nous instruisez des motifs qui vous ont engagé à suspendre l'exécution de l'ordre de Dampierre qui demandait 3,ooo à O'Moran.

Vous nous dépeignez en même temps la situation alarmante de cette partie.

tr\'os fraveurs dni\enl être actucllcmxînt

dissipées , citoyens collègues. Notre plan de travail, approuvé par la Convention, vous confie tous les moyens pour une vigoureuse défense et des approvisionnements abondants.

ff Nous vous prions , citoyens collègues , de ne rien négliger pour remplir dans toute leur plénitude ces objets importants. Surveillez, agissez; les plus grands intérêts sont entre vos mains et de votre vigilance dépend entièrement le succès.-^

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qui avait fourni un tableau incomplet des hommes qu'elle avait fournis précédemment, que du reste le calcul était exact.

Une grande partie des communes avaient déjà fourni leurs contingents; il fallait, pour réparer l'erreur, revenir sur le tout; il en résultait non seulement un retard, mais un mécontentement général; on avait à craindre que les scènes qui avaient eu lieu dans plusieurs endroits ne se renouvelassent. Consultés sur le parti à prendre en ces circonstances, nous exhortâmes les citoyens de Saint-Omer à ne pas insister sur une réclamation qui paraissait juste, mais qui pouvait entraîner aux plus funestes désordres. Nous leur dîmes que dans la crise où se trouvait la République, il était à désirer que chacun se relâchât un pou de ses droits rigoureux, que la plupart des villes de France s'empressaient de fournir bien au delà de leur contingent, et que la Convention nationale, qui applaudissait à ces actes de dévouement, verrait avec peine des réclamations tendant à fournir moins que le nombre demandé ; qu'au sui-plus on tiendrait compte à la ville de Saint- Omer, si les besoins de la RépubUque exigeaient d'autres levées, de ce qu'elle aurait fourni de trop, que ce serait un motif à faire valoir pour engager la Convention à déclarer que cette ville aurait bien mérité de la patrie et (ju'enfin, après avoir tant fait de sacrifices pour la Révolution dès l'origine, nous ne doutions pas qu'elle fit encore celui qui paraissait si nécessaire en ce moment pour la tranquillité publique dans le département et au salut de l'Etat entier.

Les députés, auxquels nous fîmes ces observations, nous avaient paru s'y rendre. Nous avons appris le contraire. Vous n'ignorez pas, citoyens, les dillicultés terribles que nous avons eues à vaincre dans ce département pour exécuter la levée prescrite, les contrariétés qu'y ont essuyées les diverses réquisitions faites coup sur coup par Marassé et par nos commissaires dans la Belgique, les actes d'autorité qu'il a fallu faire pour étouffer les gennes de troubles qui se développaient de toute part. On ne pouvait faire droit sur la demande des citoyens de Saint- Omer sans renouveler tout le travail. Voyez quel abîme de dillicultés s ouvrait devant nous. Les hommes déjà partis seraient revenus, ceux qui s'étaient fait remplacer auraient redemandé leur argent, qui était déjà dépensé; grand nombre d'incorporations étaient faites; il aurait fallu les annuler, rappeler les soldats et recommencer les opérations critiques dont on était sorti. Enfin nous ne pouvions envisager sans

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terreur l'état de trouble, d'anarchie et de soulèvement où nous allions nous précipiter.

Le sentiment d'injustice qu'a cru éprouver la ville de Saint-Omer ne lui a pas permis de sentir, comme nous , tous les maux qui pouvaient être la suite de notre acquiescement à sa réclamation. Il est à vous observer que les pièces qui constatent cette injustice ne nous ont pas été mises sous les yeux par ces citoyens. On assure qu'ils ont trouvé les preuves depuis; c'est ce qu'ils ne nous ont pas fait savoir, et nous devons ajouter deux réflexions : la première c'est que beaucoup d'autres communes et notamment celle d'Aire, beaucoup plus chargée à proportion que celle de Saint-Omer, font des demandes en dégrèvement de contingent, fondées précisément sur les mêmes motifs que cette dernière, que néanmoins ces communes ont fourni provisoirement et que si, après le travail de la répartition générale consommé, il faut le recommencer à la demande de chaque municipalité qui dira s'être trompée dans le premier état qu'elle a fourni, il sera absolument impossible de parvenir à l'exécution de la loi. La seconde réflexion, c'est que la ville de Saint-Omer a accusé le conseil du département d'avoir bien voulu recommencer ce travail pour la ville d'Arras, et de ne le vouloir pas pour elle , tandis qu'à la vérité ce travail a été recommencé , mais pour augmenter le contingent de la ville d'Arras, qui avait été reconnu trop faible , et non pour le décharger. Or une pareille opération ne pouvait qu'être avantageuse aux autres communes et ne devrait par conséquent pas taxer d'injustice le conseil du département qui réside à Arras.

Il nous est d'autant plus pénible de nous expliquer ainsi à l'égard de la ville de Saint-Omer que c'est le lieu de l'établissement de l'un de nous, qu'il l'afl'ectionne infiniment et que, s'il était accessible à la partialité, ce serait bien certainement en faveur de cette commune plutôt que pour toute autre'".

Après cette explication ennuyeuse, pour vous sans doute, mais nécessaire, nous vous dirons un mot des autres objets qui concernent notre

i" Ce passage me parait indiquer que la il avait cpousé Sophie Du Pont, dont le

rédaction de cette lettre appartient à Carnot, père était établi depuis longtemps dans la

bien queDuquesnoy ait tenu la plume. En ville. (Cf. Les Carnot et Saint-Orne)-, par

effet, Carnot avait des liens étroits avec L. de Lauwereyns de Boosendaële; 1889,

Saint-Omer. C'est là que, le 17 mai 1791, in-18.)

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mission. Nous vous rappelons le besoin extrême où nous sommes d'effets de campement, ne fût-ce que pour 3,ooo hommes. Faute de ces effets nous sommes obligés de cantonner les troupes. Or les troupes attaquées dans des cantonnements sont des troupes battues, surtout lorsqu'elles sont composées de recrues qui ne savent point se former ni se rallier. Il en résulte d'ailleurs un désordre affreux dans les campagnes, désordre qui ne peut cesser qu'en mettant les troupes sous la toile.

r^e mauvais temps n'a pas permis de découvrir aujourd'hui ce qui se passait en mer. Nos espions nous assurent que les troupes anglaises qui se rassemblent à Ostende doivent commencer leurs opérations le i o du mois de mai, mais on ignore quel est leur projet. Nous espérons (ju'à cette époque nos moyens de résistance seront devenus très imposants. L'esprit public se consolide de plus en plus; on se défendra certainement avec vigueur à Dunkerque.

Les représetitants de la Nation aux armées du I\ord et des Ardennes,

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