‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 212 sur 388 · CARNOT ET DCQUESNOY AC COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

CARNOT ET DCQUESNOY AC COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Bergues, le aS mai i 798, l'an 11 d« la République.

IBS nSPRÉSEUTÀMS DE LA NÀTIO\' AUX ABMÉeS DU AOBD AUX RBPBBSBXTAyTS DU COMITÉ DE SAUT PUBLIC.

Citoyens nos collègues.

Informés du projet que nous avions de faire une attaque dimanche a6 sur Furncs et IVieuport, il avait été ensuite décidé que l'expédition aurait lieu demain vendredi, et tous les ordres avaient été donnés en conséquence et les troupes étaient déjà rendues en grande partie au rendez-vous assigné. Les ennemis, instruits de tout, sont accourus et, par une marche forcée, ont jeté des garnisons si considérables dans les parties menacées, que nous sommes obligés de renoncer à notre entreprise, pour ne pas nous exposer à une défaite presque certaine. Les ennemis ont 5,ooo hommes à Furnes, beaucoup de canon; ils ont garni tous les postes avancés, coupé les ponts et rompu les chemins; en un mot, ils ont environ 1 9,000 à 1 3, 000 hommes à nous opposer, et nous en avons beaucoup moins de disponibles. Ainsi ce serait une folie complète que de risquer celle attaque; mais notre objet principal est parfaitement rempli; cet objet était une diversion qui attirât les forces ennemies de ce côté, pour l'affaiblir du côté de Condé et de Valenciennes; et, en cela, nous avons, en tout, le succès que nous pouvions désirer. Une pareille diversion du côté de Charlemont achève-

salut public répondit à Carnot, le 7 juin suivant :

itNous répondons, citoyen collt'-fjue, à votre lettre du 2 a mai dernier datée de Saint-Omer. Nous ne pouvons qu'applaudir aux observations sages que vous nous faites relativement aux grandes inondations qui ont ctc proposées. \ous sentons la justesse des raisons que vous allcfjuez contre celte proposition qu'il ne faut tenter que dans la dernière extrémité, en se mettant à même de l'exécuter au moment où l'on serait forcé d'y avoir recours.

"Pour ce qui concerne les fournisseurs, nous pensoas que le temps est arrive qu'il

faut nécessairement en faire un exemple. Il y a trop longtemps qu'ils sont impunis ci qu'ils volent effrontément la République. Vous êtes investi de tous les pouvoirs ; une fois qu'ils seront convaincus de friponnerie dans leurs fournitures, il faut que l'exemple soit proportionne au délit suivant la loi, et sans aucun adoucissement. Vous agirez selon les circonstances et d'après les mesures que vous inspirera votre sagesse. Vous voudrez bien nous faire part de ce que vous aurez décidé, comme aussi de notre position visà-vis les Hollandais, et où en sont les projets formés sur Ostende.n (Minute, Arch.

nat., AF 11 938, n° ifio.)

260 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a3 mai 1798.]

rait de morceler l'armée ennemie, l'empêcherait d'agir en masse et la rendrait incapable de rien entreprendre de considérable, c'est-à-dire que la campagne serait perdue pour elle.

Si on eût fait l'expédition sur Furnes et Nieuport, quand nous l'avons proposé, le succès aurait été plus complet et plus brillant; mais nous devons nous applaudir de celui que nous avons obtenu, en forçant l'armée à une diversion qui neutralise ses forces.

La discipline et le bon ordre se rétablissent sensiblement chaque jour. Quelques exemples sévères achèveront cet ouvrage important. Pressez, nous vous en prions, le Conseil exécutif d'envoyer très promptement aux commissaires des guerres les lois qui concernent la cour martiale et le code pénal.

Nous vous demandons aussi, pour nous, votre instruction pour les commissaires aux armées , que nous n'avons pas reçue et que nous ne connaissons que par quelques fragments répandus dans des journaux que nous n'avons pas le temps de lire.

Nous vous avons déjà parlé de la nécessité de faire circuler les sols des cloches'", en en augmentant la valeur, ou d'y suppléer, soit par des petits assignats, soit par des billets de confiance. Nous sommes obligés de vous répéter que la privation de ces ressources excite des murmures qui peuvent devenir dangereux.

Nous croyons devoir vous prévenir aussi que les soldats vendent nonseulement leur pain de munition, mais encore leur bois, les manches de leurs vestes. On a beaucoup trop proposé l'argent pour récompense; l'esprit de cupidité fait tout, perd tout, et l'honneur n'est plus rien. Occupez-vous, du moins, d'extirper cette passion, qui ruine la chose, publique et avilit les citoyens. Il est impossible de calculer les maux qu'a produits à cet égard la faculté du remplacement pour les recrues. Il en résulte que les hommes se sont accoutumés à se vendre comme du bétail, qu'ils ont fait métier de déserter, pour se vendre cinq ou six fois, dans divers bataillons, et que des gens robustes, qui avaient été désignés pour marcher, se sont fait remplacer par des

C Un décret du aa juin 1791 avait menue monnaie avec le métal des cloches

ordonné que les cloches des églises suppri- allié à une portion égale de cuivre pur et

niées à Paris seraient fondues et coulées en avait spécifié que celte monnaie serait di-

monnaie. Un second décret du 3 aoùtsui- visée en pièces de deux sous, d'un sou et

vant avait prescrit la fabrication d'une de demi-sou.

boiteux, des crapuleux, des gens perdus de mœurs; c'est une leçon pour l'avenir fi'.

DCQDESNOY, L. CaRNOT.

(Orig. auL de Duquesnoy, A.rcb. de la guerre, armée da Nord et des Ardennes.)

134. BERGL'ES, 28 MAI IJ^^- CERTIFICAT DU GÉNÉRAL RICHARDOT AVEC ARRÊTÉ DE CARNOT ET DE DUQUESNOY.

Je certifie qu'en passant la revue des 3o canonniers employas aux travaux et à la défense de la place de Rergues , m'ëtant aperçu que 4 ou 5 avaient les mains brûlées et ayant demandd où est-ce tpi'ils avaient eu ce malheur, tout le détachement ainsi que les ofliciers ont répondu que c'était à l'allairedu 5 novembre 1792 devant Rousbrugge. C'est avec vérité que je certifie que ces 4 canonniers, ainsi que tout le détachement, se comportent à merveille, s'occupent avec un zèle infatigable aux travaux des fortifications et annoncent dans toutes les occasions son dévouement au service de la République française.

Le général de brigade,

RiClIARDOT.

Vu les attestations ci-dessus, les représentants du peuple autorisent le commissaire-ordonnateur à ordonnancer la somme de i53 livres 10 sols, pour cette somme être payée aux susdits canonniers.

Fait à Bergues le 93 mai 1793, l'an 11 de la République.

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