‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 23 sur 388 · CARNOT ET LESAGE-SENAULT AU COMITÉ DE DEFENSE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CARNOT ET LESAGE-SENAULT AU COMITÉ DE DEFENSE GÉNÉRALE

Saint-Omer, le 24 mars 1793, Tan 11 do la République.

Citoyens,

Nous avons vu avec surprise dans les journaux que nous avions élé menacés de perdre la vie à Bapaume. Ce fait est absolument faux '". A Bapaume, il est vrai, le peuple avait été travaillé et il nous fut aisé de l'apercevoir. Nous éprouvâmes dans le premier moment des murmures assez vifs, mais qui ne ressemblaient nullement à des mouvements de sédition. C'est que la loi n'y était pas bien comprise. Nous écoutâmes chacun, nous donnâmes les explications qu'on demandait, nous répondîmes aux objections, et bientôt nous vîmes les citoyens se soumettre unanimement à la loi et promettre que leur contingent serait fourni sans dilliculté'-'.

Nous démasquâmes alors» devant eux quelques-uns de ces intrigants qu'on trouve partout, qui, parleurs dangereuses flatteries, s'attachent à semer la division dans la masse du peuple et à le dépouiller de ses droits en paraissant les défendre, et nous eûmes la satisfaction de voir les citoyens applaudir aux traits de lumière qui les désabusaient. Nous avons lieu de nous convaincre de plus en plus chaque jour que partout le peuple aime à trouver dans les lois le plan de sa conduite et qu'il recherche avidement la vérité et la justice"'.

Les actes de sévérité, que nous avons cru nécessaires dans ces contrées, ont produit les plus heureux effets'*', fja levée s'opère rapide-

'■' Cf. la lettre des aduiinislrateurs du district de Bapaume à la date du 1 A mars 1798, p. /i. — Il semhle que ces bruits d'assassinat des commissaires étaient facilement répandus et accueillis, car, dans la séance de la Convention du aa mars 179'^, Camus dit à ses collègues : t 11 ne faut donc pas croire à tontes les nouvelles effrayantes qui vous parviennent. N'a-l-on pas répandu le bruit que Treilhard et moi avions été assassines à Bruxelles dans ime émeute populaire? Eli bien! la vérité est que dejiuis quatre mois il n'est pas arrivé le

moindre désagrément dans la Belgique.»

(Cf. Moniteur, XV, 778.)

'*' Cette première partie de la lettre a été insérée dans le Bulletin de la Convention du a 8 mars 1798.

''' Le commissaire Lefebvre écrivait, de Bapaume , le 38 mars 1798,3 ses collègues que l'ordre était rétabli dans cette commune. ( Arch. dép. du Pas-de-Calais, L, reg. de corr. du département, pièce n" 8.517.)

(*1 Le Conseil général du département (lu l'as -de -Calais prit, à l'exemple des

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ment et avec un très grand succès. Les difTicult^s que nous renconirons ne sont plus que locales et ne sont plus liées par un système général ; ce système est détruit. Ceux qui ont voulu faire casser l'arrêté que nous avions pris à Douai pour la suspension des procédures criminelles ne savent pas sans doute que c'est là le grand coup (jui a détruit toute la machination, que tous les fds de la conspiration aboutissaient à la prison de Douai, que sur le seul bruit qu'on fit courir que Pierre Lenglé'" allait être élargi, l'aristocratie préparait des fêtes et animait le peuple dans tout le district d'Hazebrouck , tellement que le même jour, dans presque toutes les communes, les patriotes éprouvèrent les plus cruels outrages; que trois à quatre cents fanatiques, armés de gros bâtons, se portèrent sur Hazebrouck même, en déclarant bautement qu'ils allaient tuer les administrateurs et les olFiciers municipaux: déjà ils entouraient le lieu des séances où étaient rassemblés ces fonc-

comniissaires , des mesures rigoureuses. Il ccrivit,lc -ji mars 1798, aux huit districts la circulaire siiivaiile (Arcli. dcp. du Pasde-(;alais, L, rojj. de corr. du Conseil gc-

nArras, 91 mars 1793.

iT Les ennemis du l)icn pulilic craignent l'effet des mesures que l'intcrtH général a inspirées à la (Convention nationale; ils ne négligent rien pour empêcher que le recrutement s'efferluc ; nous ne négligeons rien à notre tour pour faire arrêter Icui's projets lil>erticides. Le lemjis îles ménagements est passé; une continuité de forfaits appelle la vengeance nationale sur ceux qui en sont les auteurs et les fauteurs. La Convention a décrété que ceux qui seraient prévenus d'avoir empêché le recrutement de l'armée seraient arrêtés et traduits à l'arLs pour y être jugés par le Irihunnl extraordinaire. En conséquence, nous nous sommes crus autorisés à employer des mesures rigoureuses, et déjà dilTérenli's personnes sont en élat d'arrestilion et nous avons donné des réquisitions pour en faire arrêter d'autres. Ces moyens violents sont les seuls qui nous restent contre des aristocrates ol>stinés qui ne veulent écouter ni la voix de la raison, ni celle de la justice, ni celle de la piitrie. Il faut que vous nous secondiez

et ce sera encore un acte de paternité que nous exercerons, car en mettant quelques têtes sous le couteau de la loi nous en sauverons heaucoup, el quelques e\em])les salutaires feront s-ins doute renlrcr dans le devoir ceux qui s'en écartent. Nous vous autorisons donc à faire constituer en élat d'arrestation tous ceux qui sont prévenus d'avoir empêché le recrutement de l'armée, en nous faisant passer tant les procès-verhaux de leur arn^station i(ue ceux sur lesquels vous vous serez déterminés à l'ordonner, |)our que nous-mêmes nous les fassions passer aux commissaires de la Convention nalion;de el au trihuual extraordinaire, ^ous vous autorisons pareillement à envoyer la force armée dans les communes rebelles à la loi du 9/1 février pour que cette force armée y soit logée et nourrie aux dépens des habitants et surtout de ceux qui se montrent réfractaircs aux lois.»

"' Ancien maire de Casscl. Voir à son sujet la page 8. — Les amis et les parents de Lenglé, dont le frère et le gendre avaient énngré, faisaient leurs efforts pour le sauver. La belle-OlIc de ce vieillard ne négligea rien à cet effet, comme nous l'apprend l'accusateur public Rarison dans I» brochure menlioimée ci-dessus.

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tioiinaires publics, la rage était peinte dans l'attitude de ces hommes égarés, lorsque les administrateurs et officiers municipaux, s'armant de tout ce qui tomba sous leur main , fondirent eux-mêmes au nombre de quinze ou dix-huit sur cette horde lâche et sanguinaire, qui s'enfuit à l'aspect du courage et de la vertu, en laissant quarante des siens prisonniers. Maintenant ce district est un des plus actifs à fournir son contingent; nous le parcourûmes hier et nous y fûmes parfaitement accueillis, notamment à Cassel et à Hazebrouck.

Les actes de rigueur, que nous avons été obligés d'exercer dans le district de Montreuil, particulièrement à Hesdin, ont ])roduit les mêmes effets, celui de la tranrpiillité du peuple et de la soumission à la loi. A Montreuil , où nous étions avant-hier, les jeunes gens désignés pour tenir garnison à Anvers pendant six semaines seulement, par réquisition, nous demandèrent comme une grâce de joindre le corps de l'armée et d'y faire la campagne tout entière, ce que nous leur accordâmes avec les marques de la plus vive sati.sfaclion'".

A Boulogne, où les batteries de la côte manquent de bras pour leur service, de vieux canonniers de la marine retirés sont venus nous offrir les leurs pour la campagne, et nous avons autorisé le commissaire du

'■' La corrospontlMice du commissaire Darthé nous l'ouniit de curieux renseignements sur l'enthousiasme des volontaires de Monlreuil-sur-.Mer. Le aG mars 1798 il écrit à ses collègues (Arcli. dëp. du Pasde-Calais, L, re;;. de corr. du département^ pièce n° 859q):

«Au moment où j'allais fermer ma lettre, je les entends chanter l'hymne chéri. Je cours à ma fenêtre et pour voir arriver une centaine de bons lurons ayant un curé patriote à leur lète et dont le plus petit n'a pas moins de .5 pieds a à li pouces. Jugez de ma satisfaction, surtout quand je les entends crier : (Test demain que nous partons pour exterminer les aristocrates. n

Le a 8 mars il écrit cette lettre enthousiaste (Arch. dép. du Pas-de-Calais, iV/. , pièce n" 85o8) :

<T Frères et amis , If Je vous ai mandé hier que j'étais satis-

fait de l'activité et du zèle que mettaient les communes de ce district à fournir leur contingent. Aujourd'hui je vous dis que la ville de Montreuil ressemble à irn camp. On n'y voit circuler que des citoyens ayant en lète le bonnet rouge; ils sont accoinj)agnés d'autres revêtus de l'uniforme national. Enfin rien n'est plus ravissant pour un patriote que ce spectacle. L'air guerrier de ces nouveaux Curtius m'inspire de la confiance et quand je les vois marcher d'aussi bon coeur à la défense de la patrie je m'écrie qu'elle est sauvée si le recrutement a d'aussi grands succès dans les autres parties de la République qu'il en a dans ce petit district. Nos ennemis sentiront bientôt le poids de nos forces et ils se convaincront enfin de l'immensité des ressources et du patriotisme des Français.

ff Je suis très fraternellement votre conriloyen, collègue et ami,

(t Darthé.-^

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département à en lever le nombre de 1 5o, en leur faisant payer la solde ordinaire des canonniers.

De toutes les causes qui tendent à pervertir l'esprit public dans ce pays, la plus désastreuse sans contredit est la corruption que s'efforce d'y jeter la politique anglaise. L'opinion nous a paru si fortement prononcée à ce sujet, que nous avons pris le parti d'interrompre provisoirement toute communication avec cette cour pestiférée, qui, par ses faux assignats et ses guinées, cause plus de ravages que ne le ferait l'irruption de la mer qui la borde, si elle avait rompu ses digues. C'est à vous, citoyens, à prendre sur notre arrêté les mesures que vous voudrez, mais nous croirons toujours avoir rendu un service signalé à la patrie et avoir porté un coup terrible au crédit de ces rivaux perfides en suspendant, ne fût-ce que pour quelques jours, toute communication avec eux sur ces parages '".

Les commissaires de la Convenlion nationale aux départements du Nord et du Pas-de-Calais,

Laz. Carnot, Lesage-Senaiilt.

(Orig., Arch. n.il., AF ii l'i?, n' 36.)

LILLE, -iU MAIIS < 793.

GOSSUIN ET MEnLIN DE DOIAI écBlVENT À CARNOT ET À LESAGE-SENAULT.

Lille, 9& mars, l'an 11 de la République.

LES COUUISSAIRE.^ DE LA COKVEltTIOX flÀTIOflALE PBÈS L'ARMEE AUX ADMirtlSTRATEVRS DV DÉPAIiTEMEST DV PAS-DE-CALAIS.

Nous VOUS |)rions, citoyens, de vouloir bien faire passer de suite par un courrier à nos collègues Camot et Lesage-Senault la lettre ci-jointe à leur adresse , après en avoir pris lecture et en avoir fermé le cachet '*'.

Gossi'iN, Merliiv de Douai.

(Orig., Arch. dép. du Pas-de-Calais, L, corr. du dirccloire.)

"' On lit en marge: T Insertion par ex- merce, le a8 mars 1798, l'an ii delà

traitdece qui concerne lcsconimis,sairesde République. — Lu aS.i la Convenlion. — Renvoyé aux Comités de "' Je n'ai pas retrouve le texte de celle

défense générale, de marine el de coni- iollre.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARÎNOT. [sSmuis 1793.]

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