‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 24 sur 388 · SAI\T-OMEB, 2 5 MABS lygS · texte numérisé non relu

SAI\T-OMEB, 2 5 MABS lygS

CARNOT ET LESAGE-SENAULT AU COMITE DE DÉPEfiSE GÉNÉRALE.

Saiiil-Omor, ic aô mars 1798, l'an 11 de la Republique.

Citoyens nos collègues ,

Dans la lettre que nous écrivons à la Convention nationale, nous avons cru devoir ne pas lui parler d'une mesure d'urgence que nous avions prise. Le bruit s'étant répandu que l'armée du Nord avait reçu un nouvel échec, et une lettre du général Duval <'', envoyée par un cour-

O Le général Duval, qui commandait dans le Hainaut cl dans le Brabant, avait, deiixjours après la bataille de Neerwinden, perdue par Dumouriez le 18 mars 1798, écrit la lettre suivante au ministre de la jfuerre Beurnonville (Orig. aut. , Arcli. de la guerre, armée du Nord et des Ardennes) :

«Bruxelles, ce ao mars 1793, l'an II de la République.

fLe général Duval au général et niinislre Beurnonville , parliculieremenl.

«Le général Dumouriez vous aura sûrement rendu, mon cher général et ministre, le détail des affaires d'avant-hier et d'hier, mieux que je ne pourrais faire. Il est bien malheureux que notre gauche ait été battue ; si elle avait réussi , les ennemis auraient été forcés de se replier sur la Meuse et leur perle eut été incalculable, et cela aurait changé l'horizon militaire cl même politique, car comment organiser et achever la réunion d'un pays qui est en la puissance d'un ennemi plus fort que nous?

trVous recevrez en même temps que celle-ci des lettres du commissaire Petitjean qui iront sûrement à vos différents bureaux; toutes prouvent le besoin d'argent, et je crains bien que cette disette de numéraire ne nous fasse perdre la Belgique. J'ai malheureusement prédit ce qui arrive, et j'avais proposé aux députés de ma connaissance les moyens qui auraient évité nos embarras, que je regarde comme

bien grands ; car il me semble que nous ne pouvons nous tirer d'affaire qu'en mettant ici les assignats en circulation, et comment y réussir? Si nos armées avaient été victorieuses, peut-être y aurions-nous réussi , et encore j'en doute ; mais restant sur la défensive à Louvain, peut-être pendant une quinzaine , pour réorganiser notre armée et la réparer et augmenter, qu'est-fe nue nous pouvons faire pour avoir de l'argent? Vous êtes plus à portée que moi de le savoir.

(T 11 faut pour nous sauver deux grandes choses, argent et hommes. J'ai peur que l'on ne soit {sic) trop lard pour les hommes, et que pour l'argent cela soit très difficile. «Dumouriez reste convaincu que le décret du i5 fait le plus grand tort à nos affaires, et il n'est pas le seul qui pense de niêine et qui croie que nous ne pourrons conserver la Belgique. 11 est vrai que j'ai toujours ])ensé et dit qu'il nous aurait été plus avantageux de laisser les Belges république libre et notre alliée. Cela nous serait devenu un rempart et ne nous aurait pas épuisé en finance, puisque au contraire nous en aurions lire différents avantages. Enfin la chose est faite. Comment nous en lirerons-nous, voilà l'embarras.

rl'esez, général et ministre, dans votre sagesse tout ce que je vous dis comme ami, et inlluez à remédier autant que vous pourrez. Surtout envoyez-nous du monde, car une grande partie de notre armée déserte. Vous- n'avez pas l'idée du décourage-

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rier extraordinaire, annonçant le besoin le plus urgent de secours, nous avions ordonné aux quatre bataillons qui forment la garnison de Calais de partir sur-le-champ pour Bruxelles; les gardes nationales sédentaires de cette ville et des environs devaient faire le service de la place provisoirement. Mais, informés que les villes du département du Nord ont déjà fait passer de puissants secours à l'armée de Dumouriez, nous avons cru devoir conserver à l'importante place de Calais une garnison respectable, et, en conséquence, nous y laissons deux des (juatre bataillons qui la composaient, les deux bataillons étant suflisants, d'après le rapport du général qui commande dans cette ville. Les deux autres bataillons doivent partir pour Bruxelles.

Nous vous observerons, relativement aux contrebandiers anglais (smogglers), que nous avions été trompés, au Comité de défense générale, par les députés de Boulogne, lorsqu'ils nous avaient assuré qu'il y avait 90,000 matelots anglais employés à ce commerce. Il résulte de la vérification des registres que nous avons faite, qu'il y en a tout au plus i,5oo. C'est pourquoi nous avons cru devoir interdire ce commerce perfide, qui d'ailleurs était devenu nul, par le fait, parce que les habitants des côtes étaient entrés en insurrection pour l'empêcher.

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