‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 258 sur 388 · À LA CONVENTION, AVEC RECOMMANDATION DE CARNOT · texte numérisé non relu

À LA CONVENTION, AVEC RECOMMANDATION DE CARNOT

UÈMOlnE ET PETITION À LA CnWElfTION NATIONALE ET À SES COMITES DE DIPLOMATIE ET DE COMMERCE.

Si l'aulorilé de la Convention nationale ne se prononce pas incessamment pour arrêter le cours d'un agiotage infâme, que l'on couvre du nom dun prétendu change d'entre l'Angleterre et la France, et que le tribunal de commerce favorise par ses décisions joimiaiièrcs, la ruine de la plupart des négociants de cette ville est assui'ée et aura sans doute le même effet dans les autres villes de commerce de la Répul)li([ue.

Celte ruine sera le produit d'une manœuvre de la part des négociants anglais pour ne pas jiayer leurs dettes et leurs acceptations. D'accord entre eux ils ne payeront pas, pour |)ar leurs entremelteiu-s profiter d'un change, qui opère d'entre le moment de la négociation et celui de l'échéance en leur favem- une double valeur de la somme à payer lors du retour des effets en France. Et en effet ce qui a été négocié à 38 livres se réclame sur le pied de 7G hvres, à ho livres sur le pied de 80 livres.

N'est-il pas aussi incroyable qu'humihant pour la France que la livre sterling, dont la valeur intrinsèque n'est que de a 9 li\res 12 sols 6 deniers , vaille aujourd'hui aux Anglais par l'effet du change 80 livres ? Lorsfpie la Convention a interdit tous rapports commerciaux avec nos ennemis, lorsqu'elle a inlerronq)u avec eux toutes esp'ces de comnuuiicalion, elle a eu pour objet principal la hausse de la valeur de nos assignats. Et en effet détruisez les changes, ils deviennent au pair avec notre argent et avec celui des étrangers. Si, au contraire, on permet des changes entre des pays qui ne doivent pas se communiquer on auloi-ise ce qui est contre nature, car le change suppose des relations de commerce, et aujoiu-d'hni nous n'en avons plus.

Il ne peut donc exister de change dans de semblables circonstances à celles dans Icsipiclles nous nous trouvons; il n'est qu'un agiotage aujourd'hui concerté pour le plus grand avantage des Anglais et le j)lus grand discrédit de notre papiermonnaie. 11 importe donc d'arrêter des opérations aussi révolutionnaires et aussi destructives des intérêts de la République.

328 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [5J11N1793.J

Il est de justice que le remboursement des traites se fasse au lemie de la négociation avec les inte'rèls, mais accorder plus c'est enrichir les Anglais au détiinient des Français. C'est donc le cas de rendre un décret, qui interdise toutes espèces de changes avec les puissances ennemies, à dater de l'interruption de conuuerce et de correspondance avec l'Angleterre, et qui fasse défenses aux tribunaux de commerce et autres d'y avoir égard, qui j)ar suite déclare nuls et de nul effet tous les jugements qui auraient adojité un change j)our mode de remboursesement autre que celui qui existait lors de la négociation.

Celte demande intéresse autant le sort des négociants français que celui de notre ])apier-monnaie. Une aussi importante considération j)romet donc aux soussignés le décret le plus prompt, puisque tous les maux cpi'ils viennent de tracer accroissent chaque jour et tendent entièrement à leui' ruine totale.

Dunkerque, le 5 du mois de juin 1793 et le second de la République française.

François Devinxk, Foissey père et fds, Guitton fds, KiNG, Watson et G".

Recommandé à l'attention du ComiUi de salut public comme chose importante.

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