‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 259 sur 388 · JUIN 1793. NOTE DK COCBTOIS, COMMISSAIRE DU CONSEIL EXECUTIF · texte numérisé non relu

JUIN 1793. NOTE DK COCBTOIS, COMMISSAIRE DU CONSEIL EXECUTIF

SUn LES GENERAUX DE L'ARMEE DU NORD.

Vous demandez des notes sur les généraux qui commandent cette année. Mes renseignements sur cet objet ne sont pas très étendus; mais comme je parle à des gens qui savent qu'en bonne politique il est des moments où il faut cnqdoyer tous les instruments qui nous tombent sur la main, sauf à les briser quand on s'en est servi, je vous dirai franchement mon avis sur le moral de quelques individus qui composent l'élat-major de l'armée. Voici ce que j'ai pu recueillir :

Lamarche , brave homme , incapable d'embrasser une grande sphère de choses. A la dernière affaii-e , par analogie avec son ancien métier de soldai qu'il a exerce longtemps , il se portait dans tous les cabarets pour en chasser les volontaires et les forcer à retourner au combat, tandis que ses aides de camp dirigeaient d'euxmêmes les attaques aux différents postes. Ce bonhomme, la veille de l'attaque du 98, s'imaginait encore qu'on pouvait défendre le camp de Famars , ouvert de tous côtés, contre 100,000 honnnes. Qu'il ne sorte point de la ligue et il sera excellent. 11 s'est ainsi juge lui-même.

Kilinaine, général de favant-garde , Ijravc, actif, entreprenant, difficile h remplacer en cas de malheur. Jaloux d'avoir du conmiandement en chef, qu'il ne serait peut-être pas prudent de lui conlier, vu sa «jualité if étranger. 11 est Irlandais. Le républicanisme ne se fixe pas aisément dans ces têtes-là.

Ihler'*', bon géndral de dhision, raisonnant très bien son métier; sa probité garantit son civisme. Aimé du soldat.

Champmorin, g-énéral d'un grand talent, dit-on, mais peu attaché au nouveau régime , pour lequel il a une aversion marquée. Comme le poste qu'il occupe en ce moment est très important, il est essentiel d'analyser un peu sa conduite dans la dernière mission dont il a^ ait été chargé. Le 1 k mai , il se tint un conseil à Valenciennes à l'otTet de concerter, s'il était possible, un plan de diversion utile du côté d'Ostende et brûler ou s'emparer des convois qui arrivaient à l'ennemi dans ce port. Le général Champaiorin goûta fort celte expédition et eut l'air même d'en solliciter l'exécution , que son expérience lui fit déférer tout d'une voix. Cin([ à six jours se passent sans avoir de ses nouvelles, mais, au moment où nous croyions celte attaque consommée, quelle est notre surprise d'apprendre, par une lettre adressée par lui au général Lamarchc , que les mouvements que l'ennemi , fort de 10,000 hommes, faisait de ce côté, l'avaient empêché d'attaquer. Indignés de tant de tergiversations , nous en manifestâmes hautement notre mécontentement au général Lamarrhe, qui ne savait que penser lui-même de ce retard qui lui donna les plus violents soupçons, et la lettre qu'il écrivit à ce sujet au Comité de salut public en fait foi. Il n'y a jusqu'ici que de légères présomptions, mais ce qui suit vous prouvera sa trahison. Notre collègue Carnet se rendit samedi dernier avec son frère au comilé central de la conunission à Douai. On y fil le rapport de ce (pi'on avait tenté pour opi'rer une diversion utile. Carnot nous dit entre autres choses qu'il y avait eu à Aire un conseil de guerre auquel le général Champmorin avait été a|)pelé pour concerter un plan d'attaque dirigé sur Menin, Ypres, etc. Mais, dit il l'instant l'un de nous, est-ce qu'il ne vous a pas fait part du conseil de guerre tenu à Valenciennes, qui a précédé de quatre i\ cinq jours celui dont vous parlez? de ce qui y avait été décidé? Hé non, dit Carnot, il ne nous en a pas dit un mol. Il s'est chargé de l'exécution du nouveau plan différent du premier; il ne fa pas plus exécuté.

C'est à vous de prononcer sur ce fail , qui est assez grave pour mériter votre attention. Nous nous bornerons à vous rappeler que vous nous avez dénoncé cet honunc , qui se pennettait de renvoyer les recrues sans motif valable.

''' Jean- Alexandre Iliicr, né à TJiann (Haute-Alsace) le 29 octobre I7'i5, lieutenant au bataillon de milice de Colmar le aj mars i75(j, sou.s-lieulenant au rejjimcnt de La Marck le it dccembie 1761, lieutenant sous-aklc-major le i.3 novembre i 766, aide-major le 31 janvir'p 170g, capitaine en second le 17 juin i77'>, chevalier de Saint-Louis le '1 septemlire i 781, major au rc|;iment de Bouillon le 10 janvier 1781, liculenanl-colonel le 5 novembre 1786, colonel le 3 t octobre 1 79 1 , marccbal de camp le 13 juillet 179?) , général de division provisoire le 18 avril 179.3, confirmé dans ce

grade par les représentants du peuple le 1" juin suivant, breveté général de brigade le 11 août 1793, suspendu de ses fondions le i4 septembre 1798, retraité le 17 octobre 179^. Le général Ihler a fait les campagnes de 1761 et 1763 en Allemagne, de 17G8 à 1770 en Corse, de 1781 à 1783, où il assista aux sièges du fort Saint-Philippe et de Gibraltar, de 1792 à l'année du Centre et de 1793 à l'armée du Nord. — Le nom de ce général est ordinairement mal orthographié dans les documents : le commissaiic Courlois l'écrit //«'taire.

330 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [5 jhx 1798.]

O'Moran, royaliste outré, plus que suspect.

Kerinorvan ''', absolument nul du côté des talents militaires. Ses liaisons intimes avec Dumouriez, dont il partag'eait les principes, sont connues de toute l'armée.

Rosières, commandant à Douai, honune inepte, incapable de suivre les opérations militaires de cette place importante en cas de sièjfe. Accusé d'avoir professé hautement les opinions de Dumouriez. On nous a même parlé de sa correspondance trouvée dans les papiers de Dumouriez enlevés dans la Belgique, qui constatent ce que nous avançons. On peut y avoir recours.

Duval, bon militaire, républicain par tempérament et par principes, attendant avec empressement l'occasion de se signaler. Il devait être chargé de l'exécution du plan d'attaque qu'a fait avorter Chanipmorin. Point de doute qu'il n'eût fait son possible pour le faii'C réussir.

La Marlière , bon général de division. C'est au secret profond qu'il a mis dans sa dernière expédition qu'on doit-le succès qui a produit une diversion si utile par suite de l'affaire du 28. Le seul reproche fondé qu'on puisse lui faire, c'est d'être un peu présomptueux.

Je n'ai pu vous donner des détails plus positifs que ceux qui sont contenus dans la lettre que nou^f avons tous signée. Le citoyen Teissier, depuis son arrivée, n'a cessé de s'occuper de sa mission en recueillant le plus de faits qu'il lui a été possible sur la malheureuse journée du 28. Soyez assui'é du zèle et de l'activité que nous mettrons à seconder vos vues, et, s'il échappait ([uelque chose à notre surveillance, ce serait moins notre faute que celle des préposés que nous commettrions pour nous instrairede ce que nous ne poiu-rions voir par nous mêmes.

Je ne puis qu'applaudir aux sages mesures que vous avez prises en envoyant auprès de nous le citoyen Teissier dont les talents nous seront de la plus grande utilité. Sa présence a peut-être un peu déplu à mon collègue , par la crainte qu'il avait que ce citoyen ne fût un surveillant incommode placé près de nous. Je crois avoir détruit par des raisons solides dans son esprit, cette prévention, qui ne peut être fondée d'après la connaissance que j'ai que le bien public seul a dii-igé cette mesure prudente.

[ On lit en mai-ge de cette pièce : ]

Ces notes sont du citoyen Courtois. Vous devinerez par la fin de sa lettre les motifs qui l'ont empêché de signer.

Teissier.

(Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord.)

''' Gilles-Jean-Marie-Roland de Barazer, cbevalier de Kcrmorvan, né à Chàtciaudren (Côles-du-Nord) le a3 décendirc 17Û0, lieutenant dans le régiment de Brie le a6 juin 1758, réformé le 1" avril 1768, passe on Turquie en 1778, lieutenantcolonel ingénieur au service des Américains le 16 juillet 177G, capitaine le a 4 juin

J780, adjoint aux adjudants généraux de l'armée de la Moselle le ao septembre 1 79a, général de brigade le a 1 octobre 179a, confirmé dans ce grade le 8 mars 1798, commandant à Boulogne-sur-Mer en l'an m, réformé le 17 brumaire an vi (7 novembre 17 97), retraite le ih nivôse an it (4 janvier 1801), mort en 1817.

CASSEL, 5 JCI.N 1793.

LE COMMISSAIRE OBDONNATECR VAILLANT AU GENéfiAL O'MORAN.

Cassel , le 5 juin 1798 , l'an ii de la République française.

àV GÉXÉBÀL DE DjriSlOS O'SIORÀN LE COilllISS^lRB ORDOSSÀTEBR VAILLÀST.

Général républicain ,

IjCS représentants de la Nation Carnot et Duquesnoy viennent de me faire passer la demande (|ue vous leur avez adressée , le 2 de ce mois , par laquelle vous leur faites part que les ouvriers employés dans les villes de Dunkerque et Bergues à la construction des affûts ont besoin d'un acompte pour la continuation de ces travaux , pour lesquels ils ont fait des livraisons et se trouvent peut-être en avance au delà de leurs facultés.

Les commissaires de la Convention nationale m'ont autorisé à faire fournir à ces ouvriers les fonds nécessaires pour la confection de ces affûts ; en conséquence je vous prie, général, de leur faire part que, (piand ils auront besoin de fonds, ils peuvent s'adresser à moi avec un ordre signé de vous, et je leur délivrerai des ordonnances sur lesquelles ils seront payés sur le champ. Vous verrez avec quelle exactitude je seconderai les vues d'un républicain dans une opération qu'il croit utile au bien être de la chose publique, et j'aurai bien plus de raisons de nie flatter d'y avoir contribué (juand je verrai que le succès, en couronnant vos travaux , fera le bonheur de notre patrie.

Vaillant.

( Orig. , Arcli. nat., AF 11 50, 187, n° 101.)

CAMBRAI, 6 JUIN 1793. LE Ge'nÉBAL CLSTI.NE AD GENERAL O'MORAN.

Cambrai, le 6 juin 1793, l'an 11 de la République. LE GÉxéRAL CtiSTlSE AO GÉnÉrAL CfaORAN.

Vous me donnez bien peu de détails sur l'expédition que vous avez faite sur Fumes. Vous ne me dites pas si vous avez fait des prisonniers. La débauche et le pillage ampiols se sont livrées vos troupes doivent être réprimés par les exemples les plus terribles. Il est inconcevable qu'après une année de guerre et de combats les troupes de la République méconnaissent la discipline et la voix des officiers qui les commandent. Je vous avoue que je conçois cela à peine , et cela ne peut provenir que du peu de soin que l'on prend h maintenir une sévère discipline. J'ai em|)orté Spire l'épée h la main : les troupes ont voulu se livrer au jiillage, il n'a duré qu'un instant, et les troupes ont conservé leur honneur et leur gloire. Vous connaissez les moyens que j'ai employés : sans doute ils sont terribles; mais quels avantages n'en est-il pas résulté pour la prospérité et la gloii'c des armes de

332 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [7 juin 1793.]

la R(?publi(jxie'''. Je ne puis vous faire obtenir le conjré que vous demandez : il est impossible que dans la position où est la Republique aucun officier puisse quitter son ])oste.

Il me tarde bien de pouvoir faire la tournde de la frontière pour prendre une id(^e des différentes localités. Ce sera le plus tôt qu'il me sera possible , et ne doutez pas, général, de toute la satisfaction que j'aurai à vous voir'*'.

Le général on chef des années du Nord et des Ardennes,

Cl'STWE.

Vous voudrez bien, par la suite, ine faire part avec plus de promptitude des événements militaires (pii se passeront dans l'arrondissement où vous commandez.

(Orig., Arcli. nat, AF ii 56, n° 38.)

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