LE COMITÉ DE SALCT PUBLIC AU GÉNÉRAL O'MORAN
Paris, le U juillet, l'an ii de la République française.
LES RBPRÉsEyTÀXTS DV PEUPLE , IIIEMBKES DU COMITE DE SALUT PUBLIC, AU GÉSÉRAL O'ilORAN , COMMAfiUAXT L'ARMEE DU XORD.
Nous VOUS adressons , général , des exemplaires de la Constitution que la Convention nationale présente au peuple français; nous vous invitons d'en donner connaissance à l'armée. Elle sera convaincue, comme vous, que la Convention nationale a constamment voulu donner à la France une constitution républicaine et un gouvernement actif et puissant. Elle a surmonté les obstacles qui ont si longtemps retardé la marche de ses délibérations. A peine a-t-elle été libre et débarrassée des plus pénibles entraves, qu'elle a parcom'u rapidement sa carrière et (pielle s'est empressée de présenter tme Constitution <|ni a paru devoir remplir ial tente publique. Jamais Constitution n'a consacré avec plus d'évidence les pritijf cipes de la souveraineté nationale, les droits de l'homme et du citoyen, la sùi-eté des persoimes et des propriétés, la reconnaissance nationale envers ceux qui servent la patrie, l'influence des mœtu-s et de l'instruction publique. La Convention nationale se flatte d'avoir fixé l'époque de la régénération française. Le terme n'en sera pas reculé. L'armée que vous commandez verra avec transport ses espérances réalisées. La vertu , les talents pourront désormais aspirer à tout : on ne se demandera plus dans nos camps, dans nos armées, pourquoi l'on se bat. Tout Français saura qu'il a une patrie ii défendre, une constitution libre à maintenir; et cette constitution, qui doit porter au plus haut degré la gloire du nom français, fixera les vertus, les talents parmi nous, et assurera le bonheur de nos concitoyens. *
Les membres du Comité de salut public ,
B. Barère, Hérault, T. Bkrlikr, J.-F.-B. Delsas.
(Inipr., avec sig. auL, Arch. n.iL, AFii56, 187, n" 179)
fpies, Steenwoorde, etc., aux ordre» du général de divmnn O'Sli/ran , à leurs frères d'arme» du camp de la Madeleine it Lille.
«Braves camarades,
Nos va'ux se réunissent aux vôtres, et ils doivent triompher. Nous accpplons avec rccomiaissauce des reprt'scntanls du peuple colle sublime Consliluliou qui, en consolidant à jamais le bunlieur de la France, devient le tombeau des lyrans et éclairera liienlot tous les peuples do la terre sur l'élendue de leurs droils. Kn leur rendant liommafjc tie tant de biciifails, nous répé-
tons avec allégresse ce serment si clirr à nos ca-urs : nous jurons de maintenir la Répul>li(pio une et indivisible et de mourir en la défendant.
ffO'MoB*!!. — L'aide de camp, Darcï.
— L'aide de camp, Melleud. — Suivent plusieurs signatures, c'est-à-dire lO.ooo hommes.» (Os derniers mots sont de la main d'O'Moraii.)
La lellrc d'O'Moran et l'adhésion de son armée à la Constitution no lurent transmises au Comité de salut public que le n juillet par le reprosenlant Desary. (Cf. à sa date la lettre de celui-ci.)
370 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [5 jin.. 1793.]
PARIS, 5 JCILLKT 17^3.
LE GÉNÉBAL STETTEMIOFFEN AU l'IiÉSIDEM DE LA CONVEMION.
Paris, le 5 juillet, l'an ii de lu République française. Ciloyen président ,
Je viens d'être suspendu de mes fonctions ; je suis opprimd ; j'ai des droits à la justice de la Convention nationale, je la réclame avec d'autant plus d'assurance que je ne redoute pas, que je sollicite même l'examen le plus scrupuleux de mes actions.
Le traitement que j'éprouve, et dont je ne connais pas encore le vc'i'ilable motif, me met dans la ne'cessité de retracer à la Convention les sacrifices que j'ai faits pour la cause de la liberté, et le zèle avec lequel je fai défendue; ils lui prouveront mieux que tous les discours les sentiments qui m'animent et la pureté de ma conduite.
A peine arrive en France, où m'appelait mon amour pour la liberté, et désirant lui consacrer mes services, je m'empressai de déposer sur l'autel de la patrie les décorations des deux ordres militaires que j'avais obtenues, tant au service de France que des puissances étrangères; la perte de la pension attachée à une de ces décorations a été la suite de cette démarche. Comptant pour peu les sacrifices pécuniaires , j'ai , depuis mon admission au service de la République, en (pialité de g^énéral de briffade, pris l'engagrement , que j'ai rempli fidèlement, de prélever, pendant la durée de la guerre, une somme de aôo livres par mois sur mon traitement. Je le dis à regret , cet exemple n'a pas trouvé d'imitateurs.
A Gassel, une fermentation qui prenait sa som-ce dans la différence d'opinion des coi'ps qui composaient le camp , dont les uns demandaient le rétablissement de la royauté, et (lont les autres étaient résolus de soutenii- la République, annonçait une scission dont les suites pouvaient devenir bien funestes. Déjà des rixes sanglantes avaient eu lieu; mais les soins que je me suis donnés, une fête civique et fraternelle dont seul j'ai fait les frais, ont calmé les esprits et ramené la paix.
Dois-je vous rappeler ma conduite à la bataille de Jemappes , à celles qui l'ont suivie, et au camp de Saint-Amand, lors de l'arrivée du traître Dumouricz, entouré des satellites de Cobourg? Elle vous est connue sans doute.
A Poperinglie, à Furnes, à la tète de mes braves compagnons d'armes, j'ai enlevé aux ennemis deux magasins et fait verser au Trésor national 33,ooo li\res en espèces provenant des caisses impériales.
Aurais-je dû ni'atlendrc que, pendant que je procédais à l'expédition vigoureuse de cette dernière place, j'allais recevoir l'ordre (pii devait me suspendre de mes fondions? Non certainement. A peine néanmoins me ful-il remis que je me disposai à lui donner son entier effet. Mon intention était de me rendre sur-lechamp à Paris; mais je fus retenu à mon poste par le citoyen Garnot, l'un des commissaires nationaux. Aussitôt qu'il ne jugea plus ma présence nécessaire à l'armée, je la quittai. Arrivé ici, je me présentai au Comité de salut public, qui, sur la demande ([uc je lui fis des motifs de ma suspension , me répondit que ma
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qufililé irclrano-cr en était la cause, et ipe d'ailleurs j'avais inoi-inciiie demandé ma démission. Je déclare que cette dernière assertion est al):,jlument fausse. Comme le traitement que j'éprouve n'est pas l'effet d'une mesure générale , je ne puis croii-e ([ue ma qualité d'étrnng;er m'ait attii-é ce cruel désagrément. Peut-on supposer à un homme, qui a tout sacrifié pom' la Uberté le dessein de se ranger du parti des despotes qui veulent la renverser? Quand la nation a été trahie, c'a toujours été, à qucl([ucs exceptions prés, pai" des Français. Qu'était La Fayette? Qu'était Duniouriez, (jiio j'avais dès longtemps deviné?
Je prie la Convention, et il est de sa justice d'ordonner l'examen des griefs qu'on m'impute. J'ai remis au Comité de salut public des pièces qui prouvent que j'avais la confiance entière des troupes, des corps adnu'nistratifs et des représentants du peuple; confiance que je puis me flatter d'avoir méritée. Je ne cherche jjoiiit h vive réintégré dans ma place; je demande la réparation de l'irjiistice que l'on me fait, et la pension de retraite attachée à mon grade.
La Convention nationale ne peut hlàmer la sensibilité (Fun homme, dont la conduite ne s'est jamais démentie, d'un homme qui, dans sa retraite, sera toujours attaché à la lîé[)uljlique et qui ne cessera de faire des vœu.x pour son bonheur et son affermissement'''.
Le général de hrijadc ,
Stettemiokfen.
(Impr. , Arcli. de la piicrrc, armée du Nord et des Ardeones.)
'■' Le général SicllenliolTcn Gt imprimer relie lellrc et il y joignit les cerlificals de rivisme qui lui avaient été doli»rés, notamment par Carnol, le général O'Moran, Vaillant, coiiunissairc-ordonnalenr de l'armée du Nord, les oiriciers municipaux de Cassi'l, etc. L'imprimé a 8 pages in-4°. — Le la août suivant le ronvenlionnel \mxrenl Lecoinire inler>'int auprès du Comilé de salut public en faveur de Siellenhofl'en parla Icllre suivante (Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord et des Ardennes) :
fParis, le i« aodt 1793, l'iin II lie la Hêpubliqutt.
vlAiureiil Le Coinlie , ilrpulê à la Cimvention ntttwnatif , à sa» colièffuen cnnipnitaitl le Comité de talut puhlie.
(tLc (.'onseil exéculif provisoire a suspendu de ses fondions, le i" juin dernier, le cilojen Slellenhoffen, général de brigade, employé à l'armée sous (Jassel; ce général, dont le ci>isme el les lalcnis mili-
laircs sont connus de noire collègue Carnol , a clé ensuilc par lui retenu à son poste juHju'à l'arrivée de son successeur. Eniré à Paris, ce général a demandé les causes de sa délenlion. Les notes du Comité de sjdut public portent que sa qualité d'étranger en était la cause, que de plus d avait demandé sa démission. Steltenliollén méconnail d'avoir demandé sa démission, el la pièce qui devrail la prononcer n'existe pas. Si sa (|ualité d'étranger n'est pas suilisamment effacée par trente années de service en France, avec distinction, après avoir passé jiar tous les grades depuis relui de $oldal voliinlaire jusqu'à celui de gi-m'-ral de brigade, au moins ne doit-il pas être privé de la |ionsion duc à ses services et à ce grade. \é à Vienne, en Aulriclic, StetlenbolVen a été banni de son pays pour avoir déployé un caractère ferme et républicain. Dans son séjour en France, ce caractère ne s'est pas démenti; dans la Révolution il a dévclop|)é une nouvelle énergie. Les trahisons
CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [7 jlil. 1798.]