ARIIAS, 9 JUILLET
GAnNOT ET SES COLLEGUES AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
Arras, le 9 juillet 1793, l'an ii delà République, une et inditisiblc.
LES nEPnésE^TAHTS DC PEVPl.E ENVOYÉS Pnàs L'ARMÉE DU SOBD.
Citoyens nos collègues,
Nous croyons devoir vous consulter sur un point très essentiel de la loi du 9/1 février concernant le recrutement de l'armée. De la faculté accordée aux hommes désignés pour le contingent de se remplacer à prix d'argent, il résulte qu'une portion considérable des recrues fournies par les communes est absolument incapable de faire aucun service, et qu'elles sont rejetées avec juste raison par les commissaires du Conseil exécutif.
'■' Jacques - Pierre Fronieiilin, né à Alençoii (Orne) le a juillet 175/1, soldat dans le régiment de l'ile Bourbon le 5 avril 1778, congédié le 36 soplerabre 1787, lieutenant-colonel du i" bataillon des volontaires de l'Onic le 30 septembre 1791, coumiandanl provisoire de la place de Bergues te 6 août 1793, général de brigade le 27 août 1793, commandant de
Bergues le 16 septembre suivant , général de division le ao du même mois, deslilué le 3 juin 1 796 , réintégré le 17 juillet suivant, commandant de Landrecies le 18, reformé le 1 3 juin 1795, retraité le 33 octobre 1799, mort à Marbaix (Nord) le 19 octobre i83o. (Cf. Paul Maruiollan, Le général Fromentin et l'armée il 11 ^ord , Paris, i><9i, in-8".)
[g'jciL. 1793.] MISSION DANS LKS DÉPARTEMENTS DU NORD. 387
Les hommes fournis en remplacement, après avoir ruiné leurs communes (car il en est qui coûtent jusqu'à 1 00 louis), viennent consommer les subsistances militaires et engorger les hôpitaux; il faut absolument les renvoyer, cela est incontestable, mais exigera-t-on des communes qui les ont fournis qu'elles les remplacent? Voilà sur quoi nous demandons votre avis. La loi le veut, mais nous devons vous mettre sous les yeux les inconvénients d'une exécution trop rigoureuse : t ° Vous n'ignorez pas la fermentation qu'a déjà excitée dans les départements la levée prescrite parla loi du 9/1 février. S'il faut assembler de nouveau les communes pour cet objet, lorsqu'elles croient en être quittes, on doit s'attendre à de nouveaux orages, et cela est dangereux dans un temps où les ennemis de la chose publique épient les occasions d'agiter le peuple pour lui faire rejeter la Constitution, ù" On ne peut se dissimuler que les communes ont été accablées par les dépenses du recrutement ; il en est où l'on s'est donné le barbare plaisir de désigner les personnes d'une même famille et de les réduire au désespoir. 3° Les campagnes manquent de bras, et c'est une des causes qui contribuent le plus au renchérissement des journées, h" Un grand tiers de nos troupes est sans armes. Que peut donc servir d'augmenter le nombre des hommes, lorsqu'on n'a ni fusils ni sabres à leur donner, sinon à consommer très inutilement les subsistances et épuiser les magasins d'habillement et d'équipement qui déjà ne peuvent suffire aux troupes qui sont sur pied? 5° Enlin la campagne s'avance : avant que les nouvelles recrues puissent être levées, elle sera finie, de sorte que ces recrues n'auront paru aux corps que pour recevoir de l'argent et des habits après avoir mis en rumeur toutes les communes et excité un mécontentement général.
Telles sont, citoyens collègues, les réflexions que nous avions à vous proposer et sur lesquelles nous vous prions de donner promptement votre avis.
La faculté du remplacement, on ne peut trop le répéter, a privé la Républir|ue de 5o,ooo hon\mes; ce sont les 5o,ooo invalides, scrofuleux, é[>ilepliques. malingres de toutes espèces, qu'on nous a donnés à la place des 5o,ooo qui étaient primitivement désignés par leurs communes d'après la loi. Elle en a fait déserter 5o,ooo autres, qui sont sortis de leurs ror|)s pour se vendre en contingent. Enfin le désordre qu'a produit, tant au moral ([u'cn finance, la faculté du rem-
388 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [9 jul. 1793.]
placement est affreux. Mais, laissant à part les maux passés, il vous reste à prononcer sur ce que nous avons à faire dans la circonstance actuelle. Nous attendons avec empressement votre décision"'. Salut et fraternité.