‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 349 sur 388 · CASSEI-, 3o JUILLET · texte numérisé non relu

CASSEI-, 3o JUILLET

(;An>'OT AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Cassel, le 3o juillet 1798, l'an n de la République.

LES nSPnÉSESTANTS DV PBBPLE EA'VOl'ÊS PRÈS L'AHMÉE DV AOBO ÀVX nEPRÉSBXTAyTS DV PEUPLE COSIPOSANT LE COMITE DE SALIT PUBLIC.

Citoyens coHègiies,

Pour tenir successivement toutes les parties de la première division de l'armée du Nord, je viens de m'établit à Cassel, après avoir demeuré à Dunkerque et ensuite à Bergues autant de temps que je l'ai cru indispensable. Cependant, si vous n'augmentez pas le nombre des

'') Thomas Kealing, né à Limerick (Irlande) en janvier ly'jS, cadet dans le régiment de Berwick en février 1768, souslieutenant dans le régiment irlandais de Walsh le 17 juin 1770, lieutenant le 19 mai 177'!, capitaine en second le s8 mars 17S.5, major le 26 août 178g, lieutenant -colonel du ga* régiment le aS juillet 1791, colonel du 87" régiment le 5 février 179a, général de brigade provisoire le 16 avril 1798, conûrmé le 1 5 mai suivant , suspendu le 3o juillet 1 798 , emprisonné pendant quinze mois (Cf let-

tres des 9 et i3 août 1798 et a/j ventôse an m, Arch. nat., AFn3/i8), général de division le a5 prairial an ni (i3 juin 1795), retraité le 9 frimaire an i» (80 novembre 1795). Le général Kealing a fait les campagnes de Corse en 1769, d'Amérique de 1780 à 1784, de l'Inde en 1788 et 1789 et du Nord en 1792 et 1798. 11 commanda avec distinclion, à la bataille de INeerwinden , la seconde ligne de la colonne du général Champmorin. (Cf A. Chuquot , La trahison de Dumouriez, 107.)

[3o jiiL. 1798.] MISSION DANS LES DEPARTEMENTS DU NORD. /i23

représentants du peuple près l'armée du Nord, je serai probablement obligé d'abandonner cette division très étendue et très intéressante, pour aller me fixer à Lille"'.

Je vous ai représenté bien souvent, citoyens collègues, combien il est instant de mettre en circulation une monnaie, soit fictive, soit réelle, d'une valeur moindre que 1 0 sols. Cette mesure devient chaque jour plus instante; le renchérissement des denrées s'attribue principalement à ce défaut désignes représentatifs, les esprits s'échauffent, et si vous ne portez promptement votre sollicitude sur cet objet, vous aurez des troubles. Les juifs ramassent tous les gros sols, qu'ils payent sur le pied de \o francs en assignats, pour 6 francs en espèces; je suis très convaincu que vous pareriez tout d'un coup au malheur qu'on peut prévoir, en décrétant que le sol ordinaire vaudra désormais ■?. sols, t'est-à-dire qu'ils seront reçus et donnés en payement pour 2 sols dans les caisses publiques.

La volerie continue parmi les troupes. On vient de trouver encore, chez un fripier de Dunkerquc, un magasin d'effets qui lui avaient été vendus par des soldats. Nous allons faire un exemple. Mais vous n'arrêterez jamais cette monstrueuse dilapidation si vous ne décrétez pas qu'un soldat qui aura vendu ou perdu ses effets, les payera en entier, non pas sur une misérable retenue de linge et chaussure, dont il se moque, mais sur son propre [)rèt. Que de millions vous sauveriez à la République par ce simple décret, qui serait, je vous le jure, reçu sans aucune didiculté.

Je crois devoir vous prévenir, et je l'ai déjà dit à Duhem, qui se rendait à Paris, que nous avons ici pour commandant, dans un des postes les plus essentiels , un Buzot ''^', frère du traître '^' ; c'est un homme d'esprit qui fait bien son service, qui, dit-on, ne partage point les opi-

''' Le ah juillet 1 793 Diihein cl Lcsage- Senaull ëcrivaient de Lille à la Convention: «Nous croyons donc que vous devez ordonner à Carnot de rester à Lille avtfc un des nouveaux membres. n ( Cf. Aulard, V, 354.)

'•' Ce Buzot commandait uu dos bataillons de l'Eure, dont le premier avait clé formé le 1 1 septembre 1791. (Cf. Camille Roussel, Le> volontairet , p. 3i3. ) — On trouve aux Arcbives nationales (DXLII

5, dossier n" 55, pièce n° 37) une lettre du commandant Buzot au général O'XIoran.

"> Le 18 juillet 1793, la Convention, sur la proposition de Delacroix d'Eure-et- Loir, appuu'e par Tliuriot, avait décrété qu'on raserait la maison de Buzot à Kvreux cl qu'on mettrait à la place celte inscription : ffici a demeuré le scélérat Buzot, qui avait conspire la perte de la nation française. 1 (Cf. Maniteur, XVII, 160.)

UU CORRKSPONDANCE GENERALE DE GARNOT. [3o jul. 1798.]

nions de son frère, mais qui est très circonspect dans sa conduite et ses paroles'"; je ne veux rien faire, à son sujet, sans votre avis.

Je voudrais aussi c[ue vous mo disiez ce que nous ferons de quelques mauvais sujets, qui font métier d'acheter des hommes, qu'ils revendent ensuite pour contingent de recrutement. Un homme se vend à eux pour 200 livres; ils le revendent ensuite à telle ou telle commune 5 00 ou 600 livres. Nous sommes encore loin, comme vous voyez, du désintéressement et de la fierté républicaine.

Vous trouverez ici quelques arrêtés que j'ai pris, et une lettre du citoyen Hennet, chef de bataillon d'artillerie à Dunkerque, qui est hors d'état de continuer son service, et qui demande sa retraite à la fin de la campagne'-'. Il y aurait, je crois, de l'injustice à la lui refuser, et je vous prie de le faire mettre sur la liste de ceux qui doivent l'obtenir.

Il ne se passe rien d'important sur cette partie de la frontière; les ennemis se fortifient de plus en plus; ils prévoient que la fin de la campagne pourrait leur devenir funeste.

"' Le général Feaiilicu avait écrit de Rennes, le 10 juillet 1798, au (jénéral O'JIoran pour lui enjoindre, au nom des représentants I^aurent Lecoinire et Esnue Lavallée, de faire comparaître devant lui le citoyen Buzot, commandant du bataillon de l'Eure, et de le faire arrêter et mettre en prison, s'il le jugeait coupable. (Orig. , Arch. nal., AFii55, n° 48). — Le 93 juillet O'Moran répondit de Cassel au général Beaulieu qu'il avait l'ait ime enquête sur le commandant Buzot, qu'il n'avait rien trouvé de répréhensible, (jue celui-ci avait cessé loule correspondance avec son frère <ret que très certainement il n'est point dans les mêmes principes.»

( Arch. nat. , AF 11 50 , reg. du général O'Moran.) — Pierre-Nicolas Alerle do Beaulieu, né à La Rochelle le -jô mai 1788, soldat le 1" juin 1 750 , capitaine le 1 fi juin j 769 , entra comme capitaine dans le .S' bataillon de la garde nalionale soldée de Paris le i" septembre 1789, passa le 10 juillet 1793 au 13' bataillon d'infanlerie légère, dont il devini lieulenanl-rolonel le 16 du

même mois. 11 remplit les mêmes fonctions au 3G' d'infanterie le 7 août 1799, fut pronm colonel du i II' le g seplembre 1 799 et enfin général de brigade le t5 mai 1798. Suspendu de ses fonctions le 90 septembre 179.3, il fut réintégré et occupa le poste de commandant amovible de la place de Metz du i5 nivôse an m (4 janvier 1796) au 6 brumaire an iv (aS octobre 1796), et fut retraité le 19 nivôse an iv (9 janvier 1796). Le général Beaulieu avait fait la campagne de 17G7 à l'ile d'Aix et avait été blessé au siège de Belle-lsle en 1761. Il avait ensuite servi sur mer et en Amérique de 1769 à 176'j. Le 8 prairial an v (37 avril 1797) il fit imprimer ses états de service en une brochure de 7 pages in-.'i° (Cf. Arch. nal., AKii336).

(*' La lettre do Hcnnol à Carnot pour demander une pension de retraite est datée do Dunkerque, le 1 4 juillet 1798 (Arch. de la guerre, armée du Nord). Carnot a écrit en marge : (tRccommandé au Comité de salut public pour y faire droil . rommo chose jusie.i

[3o jiiL. J793.] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. i25

Vous ne pouvez, citoyens collègues, penser s(5rieusenient à faire lever les départements du Nord pour dégager Valencienncs; vous ne réussiriez pas, et la suite de cette opération, en supposant qu'elle pût s'effectuer, serait à coup sûr une déroute effroyable, comme celle de Crécy et d'Azincourt, qui entraînerait la perte irrévocable de ces départements et la contre-révolution la plus complète. Laissez les ennemis s'épuiser devant Valencienncs, qu'ils ne prendront pas, et à la fin de la campagne, lorsqu'ils lèveront le siège, sonnez le tocsin, si vous voulez; les babitants de la campagne acbèveront la débâcle avec leurs fourches et leurs faux. Si, par malheur, les ennemis prenaient Valencienues, il n'y aurait rien encore de désespéré, mais il faudrait recommencer la campagne l'année prochaine, ce qui, j'espère, n'arrivera pas.

Page 1