‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 380 sur 388 · PIECES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIECES JUSTIFICATIVES

nULATION DE LA PRISE DE FDBNES PAR LES FIlAîiÇAIS , PAR VAN DER MEULEN.

[Celte relation, écrite en flamand, existe dans les arcliives de la l'amille de Spot à Furnes. Elle a pour auteur un prêtre, Guillaumc-Francois- Dominique van der Meulen, né à Haringhc le 29 mars 1787, et mort au même lieu le 18 mai 1809. C'est M. Arthur Merglielynck, l'érudit archiviste des villes de Furnes et dTpres, qui, en faisant des recherches sur ma demande, a découvert ce document. Non seulement il m'en a signalé l'existence, mais il en a fait ia traduction que je public ici avec son autorisation '''. De plus il a dressé deux cartes, l'une du pays oîi se sont passés les événements, l'autre de la ville de Furnes : leur reproduction aidera à l'intelligence du texte.

Je suis heureux d'adresser ici publiquement à M. Arthur Merghelynck nies plus sincères remerciements.

La relation flamande confirme les documents français. Elle constate, comme l'ont dit Carnot et Duquesnoy, que le sac de Furnes a fait échouer une expédition qui aurait dû amener la prise de Nieuport et d'Ostendo. Si elle enregistre, en les exagérant peut-être, les détails du pillage, elle rend justice à la conduite du général Stettenhoiïen et des représentants, et reconnaît que les otages ont été traités avec humanité et courtoisie.]

PREMIÈRE INVASIO.V DES FRANÇAIS À FURNES, LE 3l MAI 1793, VENDREDI APRÈS LA FÉTE-DIEC.

Le commencement des hostilités entre les troupes alliées, campées à Adinkerke '-', et les Français, établis à Ghyvelde^, avait donné lieu presque journellement à des escarmouches, insignifiantes en elles-mêmes il est vrai, mais qui n'en semaient pas moins l'efl'roi parmi les populations frontières des parties occupées par les Autrichiens, au point de les dépeupler en partie à l'avantage des villes. La crainte et la peur ne firent

'" M. Arlluir Merglii'lyiirk a dédié d ofTcrt sa Iradurtioii à M. le Président de la Kcpulilique , qui a bien voidii me permellre de publier ce travail. — '-> Voir la carie, n' i4, — W Voir la carie, n° i3.

que grandir par suite des fausses alertes continuelles, deux ou trois par semaine, que donnèrent les Hollandais en transportant à tout bout de champ leurs bagages bors de la porte d'Est''' de Furnes, sans pour cela sortir eux-mêmes de la ville. En un clin d'oeil lescbevaux étaient mis aux chariots, sur lesquels en un tour de main on avait chargé femmes, enfants et bagages. A la fin , les Furnois s'habituèrent tellement à ces manœuvres qu'elles n'eurent plus sur eux aucun effet.

Mais la première alerte qui se produisit , le i o mai , entre 9 et i o heures du soir, sans que rien ne pût la faire prévoir ou en faire deviner la raison , leur causa le plus grand effroi. On entendit soudain tous les tambours battre à la grande place C^), sans s'apercevoir que c'était la générale. Mais dès (ju'on vit toutes les troupes de la garnison se ranger sous les armes au marché, la peur se manifesta parmi la population aux cris de : Les Français sont là, sauve qui peut! etc. Le coup d'aiarme, qu'on entendit peu de temps après, fit grandir encore la terreur et persuada dès lors tout le monde que l'ennemi se trouvait aux portes. Les femmes tombaient en syncope, quelques-unes même ne purent être rappelées à la vie. Mais après une enquête minutieuse, quand on vit les chasseurs tyroliens se livrer eux-mêmes à des plaisanteries au sujet de tout ce tumulte, et que c'était une fausse alerte, le calme revint parmi les esprits. L'autorité militaire ayant ainsi pu constater les fâcheux effets de tout ce tapage défendit à ses hommes de recommencer ces alertes dans de pareilles conditions.

Enfin nous voilà arrivés au jour fatal. La veille encore tout était calme, rien ne pouvant faire prévoir d'éve'nements graves, et la procession de la Fête-Dieu avait suivi son itinéraire habituel. Mais d'après le proverbe, c'était le calme qui précède la tempête.

Les Français, profitant de ce que le pays était dégarni de troupes, eurent la tentation d'aller incendier, à Ostende''', les approvisionnements, envoyés chaque jour par les Anglais aux troupes coalisées, pour leur permettre la continuation des hostilités. Ils quittèrent leur campement de Cassel (*', dans la nuit du 3o au .3 1 mai , et s'avancèrent par Hondschoote f^', le Swaentje f"'', Wulveringhem C', les Moeres'*' et Bulscamp ''■'>, en pillant tout sur leur passage, jusque devant la ville de Furnes''"', oiî ils arrivèrent de grand matin. La garnison de cette place consistait en une partie des régiments de Nassau, Usinghen, Waldeck, des dragons wallons de Byland au service de la République des provinces unies de Hollande, et de quel-

''' Voir le plan, 11° 17.

(*' Voir le plan, n" 5.

('' Voir la carie, n° 91.

<*' Voir la carie, n° 1.

(''* Voir la carie, n" M.

<"> Voir la carie,. n° 8.

(" Voir la carie, n° 6.

'*' Voir la carie, n" 9 et 10.

("' Voir la carie , n" 8 el 9.

(10) yoir 1,1 carte, n° i (>.

ques troupes impériales du corps des chasseurs tyroliens et des hussards de Blanckenstein. pouvant former le tout ensemble un etîectif de 1,300 à i,3oo hommes, avec quatre canons du calibre de G livres. Le commandant en chef de ces troupes était le colonel du régiment de Waldeck, nommé von Drachstadt, lequel, s'étant lui-même mis à la tête du convoi des bagages, quitta Furnes presque au moment de l'arrivée de l'ennemi. Le général Stettenhoffen , d'origine allemande, commandait les troupes françaises.

Dès 5 heures du matin, l'ennemi entama la lutte. En entendant gronder le canon dans la direction d'Adinkerkel", on croyait tout au début que ce n'étaient que des combats d'avant-postes, mais quand on vit les troupes se replier et arriver en ville, bien qu'en bon ordre, l'alarme devint générale parmi les habitants. Beaucoup d'entre eux prirent la fuite, emportant ce qu'ils pouvaient; plusieurs même passèrent au milieu des balles de l'ennemi sans qu'on eut heureusement à déplorer ni morts ni blessés. Avant de poursuivre notre récit, nous allons narrer brièvement les faits qui se passèrent à Adinkerke <"-' et à Bulscamp (■').

Les Français, au nombre de i5o, étaient donc venus, à 5 heures du matin, attaquer, aux limites d'Adinkerket'', les avants-postes, forts de 80 hommes seulement et composés de chasseurs tyroliens, hussards allemands et troupes hollandaises. Cette poignée d'hommes se défendit si vaillamment que l'ennemi dût reculer jusqu'à deux fois; mais bientôt apparurent 5,000 hommes, avec quelques pièces d'artillerie, qui poussèrent les troupes coalisées jusqu'au pont d'Adinkerke^^', où ces quelques soldats, sans canon, tinrent encore leurs adversaires en respect une demiheure durant. A la fin ils furent obligés, non sans avoir tiré une dernière bordée, de se replier sur la ville, qu'ils gagnèrent, les uns par la berge du canal l*', les autres par le chemin nommé Burghweir l"). Quant aux ennemis, les uns prirent ledit Burghweg, les autres se répandirent dans la campagne, pillant ou brisant tout ce qui leur tombait sous la main et arrivèrent ainsi finalement à Furnes. En même temps que ces 5, 000 Français avaient quitté les campements de Ghyvelde et étaient en route le long de la berge du canal, une autre colonne s'approchait par le Rooscndaele '■'' et les dunes, et était arrivée tout près de la l'anne(^>. Mais sur les dires du patron du cabaret de l'endroit, que le pont de la porte de la Panne à Furnes''*" avait été levé (ce qui n'était pas exact), ils prirent par les

''' Voir la carie, n° 1 '1.

'" Voir la carie, n° i^i.

W Voir la carie, 11° g.

'■'' Voir lii carie, 11" 1 '1.

'' Voir la carie, 11" t '1.

(«) Voir la carie, enirc i?i el iG.

'■> Voir la carie, enire iS el 16.

'•"' Voir la carie, 11" 1 1.

'"' Voir la carie, n' i5.

;in) Voir le plan, n" 9.

'i60 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT.

dunes '•' el arrivèrent à l'aggloméré du village d'Adinkerke. Ils lurent obligés de mettre aux huit ou dix ;;anons qu'ils avaient avec eux jusqu'à seize chevaux par pièce pour pouvoir les amener à travers les sables. Arrivés là, les soldats de ce petit corps d'armée se comportèrent comme les autres et ravagèrent tout sur leur passage. Quelques-uns enfoncèrent la porte de l'église, s'emparèrent de tous les ornements sacerdotaux, forcèrent le tabernacle et enlevèrent la cassette renfermant les saintes huiles. Deux calices qui se trouvaient dans la sacristie disparurent également. On ignore toutefois si les hosties furent profanées. Beaucoup de ces pillards s'alfublèrent de ces ornements et, ainsi velus, traversèrent les rues de la localité en se livrant à toute espèce de monieries, voulant entre autre forcer les habitants à se prosterner sur leur passage. Après avoir pendant quelque temps mis en pratique ces actes excessifs, la soldatesque prit par le Burghweg'^' et le chemin de Nieuport*^' et arriva aux portes de Furnes.

Les Français s'étaient approchés de cette ville par différents côtés, mais c'est à la porte, dite du Sud ou d'Ypres'^'^\ qu'eut lieu la plus vive attaque, au contrefort du pont-levis, et ce en vue de le faire descendre. Après un tir nourri de l'artillerie et des mousquetons le pont s'abaissa, les chaînes de ce dernier ayant été brisées par un boulet de canon. C'est par là que . l'ennemi pénétra en ville entre 8 et 9 heures du matin.

La garnison de Furnes, voyant qu'elle ne pouvait résister à un ennemi si nombreux, car on estimait son effectif à environ 12,000 hommes, forma sa i-etraite le long du pont tournant du canal de iNieuport'^' et puis par le pavé de Schoorbakke, sur Ostende. Cette fuite précipitée des Hollandais était parfaitement inutile, car ils n'étaient nullement poursuivis par les assiégeants. Avant de quitter la ville, la garnison voulut faire sauter ledit pont, mais le coup ne réussit pas, et il ne fut qu'endommagé. Les troupes assiégées n'eurent que trois morts et autant de blessés, paraît-il, tandis que les Français avaient essuyé des pertes plus considérables, car 8 ou 9 des leurs furent enterrés ce jour au cimetière Saint-Denis'^'. Toutefois un plus grand nombre resta sur le carreau aux engagements d'avant-postes. 11 ne fallut pas moins de 8 chariots pour enlever les morts, tués devant la ville à Bulscamp et Adinkerke, et on évalue les pertes totales à 800 hommes.

La colonne, partie du camp de Ghyvelde, comme nous avons vu, n'arriva à Furnes que lorsque la ville était déjà prise et y fit son entrée par les portes de Dunkerque C' et de la Panne '*'. Les avants-postes des alliés,

'') Voir la carie, 11° i5. '*' Voir le plan, 11° 30.

'-' Voir la rarle, entre i5 el iC. ''' Voir le plan, n° 2.

''l Voir la carie, entre 1 '1 el 1O. ''' Voir le plan, n° 8.

<*> Voir le plan, n" 1. '*' Voir le plan, n" g.

se trouvant à la Panne, s'étaient aussi vaillamment battus, mais ils furent obligés de se retirer le long du canal de Niéuport'^' et de là sur Ostende ''^'.

l'Ian de la ville de Fumes.

Sur le champ, à l'approche des Français, le magistrat des ville et chàlellenie s'était réuni et voyant que, vers les 7 heures et demie du matin, la garnison faisait ses préparatifs de départ, il résolut d'envoyer des députés au colonel Drachstadt, commandant la place de Furnes, lequel, paraît-il, se trouvait déjà hors de la porte d'Est <•''', pour lui demander faulorisation, au cas où il ne jugerait pas opportun de résister plus long-

"' Voir la carie, eiilre i^i, t(i, 18, i() el ai. le plan, 11° 7.

'" Voir la rarle, 11° ai. — W Voir

temps, do capituler avec les Français pour la sauvegarde tant des habitants de la ville que de la cliàlollenie.

A cet effet furent envoyés Charles-Antoine de Lattre de Cappelbrugge , écuyer, bourgmestre et landhouder de la commune, et François-Albert Vermeersch, seigneur d'Alonshove, bourgmestre et landhouder de la loi, lesquels ayant entendu les balles et boulets siffler de toutes parts en ville, après en avoir fait la remarque, se mirent finalement en route, un peu avant 8 heures, en prenant par le cimetière Saint-Walburge O. (Il est à noter que les projectiles venaient surtout de la direction de la porte Sud(-).) Puis ils s'engagèrent dans la rue de la Forge'') pour arriver ainsi avec moins de danger au vieux petit sas, établi sur le canal de Nieuport, où se trouvait alors un pont tournant, formant la sortie nord-est de la ville''''. D'après les renseignements, c'était là que se trouvait le colonel Drachsiadt prêt à déguerpir. Il était temps, car les Français déjà se rendaient au pont rouge et à celui dit de THôpilal, à la poursuite de leur ennemi. Mais ils ne parvinrent pas à gagner l'autre rive, car tous les ponts jusqu'à Loo'^) avaient été coupés, et réellement, si les Hollandais n'avaient pas pris la précaution de n'en laisser aucun sur le canal de Loo'''', ils seraient infailliblement tombés entre les mains de leurs ennemis.

Pour en revenir à nos de'pulés, au moment où ils sortirent de la ruelle de la forge f' une grêle de balles les accueillit dans la direction du pont de fer. Mais comme ils étaient arrive's entre un parapet, élevé' par les Hollandais, à peu près au trCapitalen wal'^N, en face de l'endroit où le canal de Nieuport se relie aux remparts et le rrsasken '"), soudain accourut avec la plus grande célérité un capitaine des dragons wallons pour leur dire : ft Messieurs, les Français sont en ville. d

MM. de Lattre et Vermeersch aperçurent à ce moment le commandant des Hollandais, stationnant un peu plus loin que le susdit cSaskeiî, le long du pavé de Schoorbakke ''"', avec ses canons et la majeure partie de ses troupes, dont une faible quantité seulement était restée à la porte du Sud où avait eu lieu la principale attaque. N'étant à couvert d'aucun côté et craignant de se trouver un moment entre deux feux et au milieu de l'action, les envoyés du magistrat prirent la fuite vers le parapet en question, persuadés cependant que cet asile n'offrait qu'une sécurité fort relative. Choisissant de deux maux le moindre, ils délogèrent de là, et s'en

''' Voir le plan, 11° 7.

'*' Voir lo plan , n" 1 .

(■■i) Voir lo plan , n° 1 '^.

'" Voir lo plan, n" 90.

l'' Voir la rarli', n" 'isi.

(») Voir la rarlp, oniro ili et aa.

(') Voir lo plan, n" i3.

C Voir lo plan, n°' 19 et ao.

'"' Voir lo plan, n"' 19 et ao.

'"*' Voir la rnrlr. n" 90,

reloiirnèrenl comme ils purent, au milieu d'une pluie de balles vers la me de la Forge. Au coin de celle-ci et de la ruelle Handhoogstraat C débouchèrent sur eux huit soldais français, munis de fusils chargés et baïonnette nu canon, lesquels, rencontrant le messager de Lille-Gand, l'appréhendèrent immédiatement et lui arrachèrent son manteau bleu, sous prétexte qu'ils avaient affaire à un Hollandais, ce nonobstant les protestations des députés. Ces derniers, ne sachant comment ils allaient opérer leur retour, prirent par ladite Handboogstraetje, oii ils se heurtèrent à une autre bande de soldats français armés. Cette circonstance les engagea à s'enfuir, sans perdre du temps, par ttl'Arian des étudiants, puis par le jardin, pour le moment accessible , de la demeure de Charles Bernier, écuyer, échevin et ceurheer des ville et chàtellenie de Furnes, et, en sortant par la porte de ladite maison, ils atteignirent la rue des Capucins*-', déjà occupée par nombre de Français, lesquels remontaient la rue du Nord ('', avec leurs canons. Les députés parvinrent ainsi jusqu'à la grand'place ''*', oii ils abordèrent le général français Stcttenhoffen , auquel ils recommandèrent la sauvegarde de la vie de leurs commettants, ainsi que celle de leurs biens. Le général leur répondit que tout le monde pouvait se tranquilliser, qu'il était tout disposé à faire respecter les habitants, corps et biens, mais à la condition que chacun ouvrirait portes et fenêtres. Quand MM. de Lattre et Vermeersch rentrèrent en la chambre du collège, il était 8 heures i/i.

Après cet entretien arrivèrent en chambre du Conseil '*' ledit général Stettenhoffen , ainsi que le général de cavalerie Richardot, où ils prirent une réfection. Là se trouvèrent également deux représentants de la Convention, savoir Carnot et Duquesnoy. Le second ne portait pas le costume conventionnel, mais était habillé comme un campagnard et non comme un homme investi de cette dignité. Tandis que ces messieurs étaient tous réunis là, on entendit soudain une formidable décharge générale, tirée par les troupes, rangées sur la grand'place. Le saisissement fut grand; on crut au retour des Hollandais en ville et on courut à la hâte au marché. On n'a jamais connu exactement la signification de cette salve, mais il est certain cependant que les soldats, immédiatement après, ont envahi les maisons et commencé le pillage. On pourrait donc supposer que cette bordée était le signal du commencement des excès, soit que le général Stettenhoffen eut mal donné ses ordres, soit qu'il n'en eut pas donné du tout ou qu'il ait laissé faire.

Le premier soin des pillards fut de s'emparer des monnaies, montres,

'' Voir le plan, n" i6. — "* Voir le plan, n° l'i. — '"' Voir li- plan, n" ii. — Voir le plan, n" 5. - ''' Voir le j)lan, n" 0.

diamants, boucles d'argent, tabatières et cannes à pommeaux d'or; ensuite ils prirent le linge, les habillements et objets mobiliers. Une bande suivait l'autre. Quand les derniers venus ne trouvaient plus grand' chose, ils se livraient à des violences sur la personne des habitants, pour qu'on leur remit l'argent. On enleva à certain d'entre eux des objets atteignant une valeur de quatre mille couronnes de France, d'autres furent moins éprouvés, mais personne, pour ainsi dire, n'échappa totalement au pillage, pas même les' indigents. Il n'y avait plus à trouver à Furnes une seule pièce de drap. On avait bu tout le vin et les rues étaient jonchées de tessons de bouteilles, notamment grand'place, oii l'on ne pouvait faire un pas sans marcher sur du verre. Dans les maisons abandonnées tout avait été mis en pièces, tels que les glaces, les lustres, etc. Les pillards joignaient la raillerie au vol, en présentant à ces malheureux un réconfortant sous prétexte qu'ils étaient visiblement troublés.

Les plus éprouvés furent : François Ignace vander Meersch, écuyer; Antoine Joseph Desenap, père, échevin; Aimé Vastenbaven; Pierre vander Bussche; Albert Ignace van Vossem; Pierre Maelstaf; les enfants Treusaert.

La première maison mise à sac fut celle de M. Desenap père. Les Français se trouvant dans les environs s'enquirent, et même auprès de M"° Desenap, où habitait le médecin de la localité et comment il s'appelait. En entendant le nom de Desenap les soldats s'écrièrent : « Alors c'est ici qu'il nous faut être?!, et ils se ruèrent dans ladite maison, laquelle fut dévalisée au point que ses habitants n'avaient plus d'autre linge que ce qu'ils avaient sur leur corps, et qu'il ne leur restait plus ni argenterie ni vin. Les pillards traînèrent la fille par les cheveux dans la cave, sous prétexte qu'ils avaient trouvé des rubans jaunes à sa chambre, et comme le père voulut s'interposer ils le terrassèrent. Comme chacun fut invité h venir déclarer au greffe de la chambre le montant des déprédations et vols, on put se rendre compte de toute l'étendue des pertes essuyées par les malheureux habitants, lesquelles se chiffraient par un total de 1,089, 386 libres, 7 escaiins, 5 deniers parisisO.

Parmi les heureux qui échappèrent au désastre et dont le nombre s'élève à 10 à peine, il faut citer le bourgmestre Vermeersch et M. Dernier, dont les maisons étaient contiguës. Voici comment ils l'échappèrent si belle. Par une heureuse circonstance il se trouvait parmi les soldats français un nommé Bisscbop, ancien condisciple d'étude du fds du bourgmestre, lequel avait immédiatement fait placer une sauvegarde, pour préserver ces deux maisons. Les enfants Vermeersch, en se réjouis-

''' La lislo pst ronservéc clans les arcliivcs de Furnes.

sont de cette heureuse coïncideuce, eurent l'imprudence de se montrer en ville, arborant un air de quiétude parfaite, alors que tout le monde était plus mort que vif. Le peuple, fort monté pour ce motif contre ces deux familles, disait que celles-ci étaient informées de l'arrivée des Français et même qu'elles les avaient appelés.

Dans l'après-dînor du i" juin, sur les plaintes et lamentations des infortunés habitants, au sujet des excès commis par les Français, le magistrat fit démarche sur démarche pour obtenir une entrevue avec le général, mais il reçut cliaque fois pour réponse que le commandant dormait et que personne ne pouvait l'approcher. Les représentants du peuple étant malheureusement partis, la soldatesque put donner libre carrière à ses violences.

Ayant pénétré, entre autres, au couvent des sœurs noires, ils maltraitèrent la supérieure d'une façon indigne; par bonheur ils ne purent atteindre les autres religieuses, celles-ci ayant pris la clef des champs. Heureusement que la collégiale de Saint-Valburge *'', d'oii la procession était sortie la veille, ne reçut pas leur visite, car l'argenterie tout entière y était encore exposée. Le bedeau de cette église, Guillaume Daversyn, durant le bombardement, au péril de sa vie sauva la grande relique de la sainte croix. Voici comment : il la cacha sous son frac et courut jusqu'au pont tournant'-', mais arrivé là on ne lui permit ptis de passer. Cet homme dans un cruel embarras rebroussa chemin et s'adressa à un officier hollandais en lui montrant avec précaution une partie de la croix. Ce dernier, croyant que c'était un ostensoir qu'il portait, lui donna immédiatement deux hommes pour l'accompagner et le défendre au besoin. Il suivit la berge du canal et, entré à Wulpen'^) au cabaret, mit dans une sacoche la précieuse relique et détala pour Bruges, où ce trésor resta longtemps caché.

Aucun bâtiment n'eut plus à souffrir que celui de l'abbaye de Saint- Nicolas'*', à laquelle les Français et notamment les Dunkerquois en \oulurent surtout, parce que l'abbé avait donné asile au révérend Macquet, curé émigré de Dunkerque, qui, fort heureusement pour lui, était absent le .3i mai. Le pillage à peine commencé, ils s'enquirent où se trouvait ledit cloître. Après s'y être introduits, comme ils n'apercevaient pas de religieux, ils s'informèrent à tous venants où ils étaient, afin d'en emmener comme otages. Mais tous avaient pris la fuite, sauf l'économe, le père Priem, qui se trouvait alité à l'infirmerie, gravement malade, avec un autre chanoine déguisé et se disant chirurgien, commis pour le

l'> Voir le plan, n" 7. •'' Voir le plan, 11° 17.

l" Voir le plan, n° ao. '' Voir la carte, n" 3.

soipner. Le malade fut plusieurs fois jeté du lit, pour voir s'il n'y avait rien de caché sous la couchette, et il est étonnant qu'il ait survécu à pareil traitement. Les soldats parvinrent dans la cave et même dans les arcliives, où ils dérobèrent beaucoup d'argent, dit-on. L'abbé Rycx, le matin, avait sauté en carrosse, ayant malheureusement négligé d'emporter le grand ostensoir en argent, garni de pierres précieuses multicolores, lequel se trouvait dans la sacristie. Les soldats trouvèrent cet objet et l'emportèrent avec eux. Comme la veille le révérend abbé avait officié pontificalement à la grand'messe à la collégiale, les ornements n'avaient encore pu être mis de côté. On enleva en outre une superbe croix en or, ornée d'émeraudes, provenant de Son Altesse Royale l'archiduchesse Isabelle- Clairc-Eugénie , lequel joyau l'abbé Druve avait acheté ou eu, on ne sait au juste.

Les Français étant à la sacristie résolurent l'après-diner de s'affubler des chapes. Tout au bout s'en trouvait un, coiffé de la mitre de l'abbé, tous les autres allaient processionnellemenl, dans le jardin, d'un air railleur, tenant chacun un livre d'une main et une bouteille de vin de l'autre, en chantant le Kyrie Eleison, la Carmagnole et la Marseillaise. Après s'être pavanés pendant un certain temps, ils jetèrent bas les chapes et se mirent à poursuivre les femmes. Cependant tous les plus beaux ornements, ainsi que l'argenterie, mis en lieu sûr depuis longtemps, échappèrent à leurs investigations, sauf toutefois la crosse abbatiale, très belle pièce d'orfèvrerie, d'un travail artistique, qui fut trouvée par eux au presbytère de Saint-Nicolas. Détail plus intime : comme les pillards visitèrent tous les locaux, arrivés au grenier, où séchait la lessive, beaucoup d'entre eux s'y déshabillèrent et endossèrent chacun jusqu'à deux et trois chemises, car ces hommes, d'une saleté repoussante, manquaient de tout. Aussi après l'argent était-ce le linge qu'ils convoitaient le plus.

Dans l'Oratoire ils volèrent tout l'argent et vidèrent deux cents bouteilles de genièvre et toute une pièce de vin, en se servant de leurs couvrechefs. Heureusement qu'ils ne trouvèrent pas le chemin de la chapelle. Ils ne rencontrèrent que deux frères, les prêtres étant en fuite, et une religieuse émigrée, y faisant des travaux de couture et qui fut violemment maltraitée. A la suite de ces événements l'Oratoire fut fermé. Tout se passa parfaitement chez les Capucins , où les soldats s'amusèrent à danser et à jouer aux boules avec les religieux.

On n'entendit en général parler d'aucun acte sacrilège, mais à Saint- Nicolas toutefois l'ostensoir, les calices et les chapes de chœur et autres ornements furent emportés. Au presbytère ils mirent la main sur la cassette, contenant les saintes huiles et la prirent, après avoir au préalable versé le contenu et l'avoir piétiné.

UELATION DE LA PUISE DE FUUNES. 4G7

La solcLitesque devait avoir rêvé la réalisation d'excès encore plus {fraiuls, bien que les habitants de Fûmes lussent dévalisés et cela sans le moindre espoir pour eux de pouvoir jamais être indemnisés de leurs pertes, car on trouva le lendemain quelques nœuds coulants, laissés par les Français, qu'on supposait destinés à l'exécution des prêtres émigrés, par bonheur tous absents.

Les députés du magistrat de Furnes, ayant adressé un rapport de ce douloureux événement au jeune archiduc Charles, gouverneur des Pays- Bas, Son Altesse Royale ne put s'empêcher d'écrire pour gémir sur le sort des malheureux Furnois et donner l'assurance qu'il allait pourvoir à leur infortune.

Pour décrire le pillage d'une façon circonstanciée, nous avons omis de relater certains faits antérieurs que nous allons raconter.

Après que la soldatesque se fut livrée à tous les excès pendant quelques heures, le commandant lit battre la générale à ii heures et demie, afin de partir pour Nieuport''' et de là à Ostende. Mais voyant que ses soldats s'étaient enivrés au point de lîe plus savoir marcher ni même se réunir, Steltenhoflen s'aperçut que le plan de se rendre au port d'Ostendc (lequel était fort mal gardé) dans le but d'y brûler les approvisionnements envoyés par l'Angleterre était une affaire manquée. Les Français auraient certainement pu mener à bonne fin cette entreprise favorable qui leur aurait été facilitée encore par la pénurie de troupes alliées. C'est donc le sac de Furnes qui sauva Nieuport et Ostende. Cette faute coûta dans la suite la vie aux généraux Slettenhoffen et lîichardot, dont les têtes roulèrent sur l'échafaud peu de temps après '"■').

i,6oo hommes avaient quitté Furnes et avaient pris la route vers Nieuport'^'. Mais arrivés au pont jeté sur le canal WulpendyckW, ils reçurent l'ordre de rebrousser chemin, parce que leurs camarades n'étaient pas en état de les suivre. Cette colonne vint grossir le nombre des pillards, quiopérèrent pendant toute la journée. Mais avant de rentrer en ville, ils avaient eu sulTisamment de loisir pour dévaster plusieurs fermes à Wulpen et y enlever nombre de précieux objets, cachés là par les Furnois.

A midi arrivèrent chez le receveur du pays M. Guillaume Dieudonné Daequet, le commissaire ordonnateur Vaillant et deux autres, suivis de MM. Albert van Vosseni, échevin et ceurheer, et Henri de Spot, conseiller, pensionnaire et greffier des orphelins, députés par le collège sur l'ordre des Français. Ce fonctionnaire fut invité à ouvrir le bureau ainsi

(■> Voir la oarle, n° 19. seulement suspendu et le second mourut

W L'Iiislorien belfreéfail mal renseifjné; en prison.

Sicllciiliofl'en cl ttirliardot lomhèrenl en ''' Voir la carie, n"' 18 cl 19.

effet en dis(jràce , mais le premier fui "' Voir la carie , n°' 18 et 1 g.

/i68 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.

quo toutes les armoires, et celles- dont ou ne trouva pas immédiatement la clef lurent l'orcées par un serrurier, requis à cet effet. Les Français enlevèrent tout l'argent et avec une telle précipitation que le receveur pouvait à grand' peine le compter. Lesdits commissaires établirent la comptabilité à leur manière, et, après avoir tout fait transporter en la salle du collège, ils dressèrent un procès-verbal qui fut signé par plusieurs membres du magistrat. Ils cachetèrent les sacs du sceau du collège en disant qu'à leur arrivée à Cassel ils allaient vérifier leur contenu. Pendant la durée de l'opération, des soldats pénétraient continuellement dans le bureau du receveur, au point que Vaillant et ses compagnons furent obligés de les refouler hors du local.

La somme d'argent dont les Français prirent possession s'élevait, suivant leur bordereau, à 93,/i75 livres, a escalins, 9 deniers. Elle ne parut pas suffisante aux yeux des commissaires qui exprimèrent leur étonnement de constater la présence d'une somme aussi minime dans la caisse d'un district d'une telle importance. Le receveur fut soupçonné d'avoir caché une partie des fonds et violemment interpellé à ce sujet. Les Français se trompaient, car on leur avait remis jusqu'au dernier centime. Puis les commissaires ramassèrent de la même façon l'argent des Domaines, Douane et Espier, celui appartenant à divers particuliers et les fonds personnels du receveur dudit Espier.

Ensuite Vaillant réquisitionna le magistrat de lui fournir deux bateaux pour y charger des pavés, dits de Calais, en destination de Bergues, où on en avait fort besoin. On chargea effectivement quelques pierres; seulement ces embarcations servirent surtout pour y entasser le butin du pillage.

L'après-dîner retourna, le long du canal, une colonne de Français vers le camp de Gbyvelde'i'. Mais arrivés à la paroisse de rBewcslerpoortn'*', à hauteur de la rangée de maisons se trouvant au pont d'Adinkerke''*, ils y trouvèrent le cadavre d'un fantassin des leurs, qui, paraît-il, s'était tué lui-même accidentellement d'un coup de mousqueton en voulant de sa baïonnette forcer une porte. Convaincus que leur compagnon avait été tué par les habitants, furieux ils mirent le feu h la maison, puis à celle du meunier, au moulin et aux deux cabarets. Dix-sept maisons devinrent ainsi la proie des flammes. Les Français assistèrent à ce spectacle en grande liesse et en chantant à tue-tête la Carmagnole. Les habitants, plus morts que vifs, s'étaient réfugiés dans les champs et se tenaient cachés dans les roseaux de la Moëre, où ils passèrent ainsi la nuit terrifiés,

Cl Voir la carie, n" i3. — '■'' Voir la carie, ii" i ^i". — ■'' Voir la carie, n°' 16, 9, 8 et 3.

RELATION DE LA PRISE DE FURNES. /i69

car les Français, qui étaient tous ivres, tiraient continuellement dans leur direction , au point que les balles leur sifflaient aux oreilles.

Un charpentier, resté près des maisons en feu, fut accusé d'avoir assassiné le soldat en question et reçut un coup de sabre, heureusement amorti par l'imposte de la fenêtre. D'autres habitants se tenaient, et parmi eux le clergé de la paroisse, dans les aunaies et les dunes.

Revenons aux événements survenus à Furnes.

L'après-diner, l'ennemi exigea, sous forme de contributions de guerre, 12,000 rations d'avoine, autant de pain, 600 bœufs et i5o chevaux de trait, le tout à livrer immédiatement avant le soir même; ce qui était chose impossible.

Vers C heures, au collège, furent arrêtés comme otages Charles de Lattre, lanthouder, issu d'une ancienne famille de la W'est-Flandre, et François Albert Vermeersch, bourgmestre. A ce moment pénétra dans la salle une garde qui empêcha de sortir, non seulement les otages, mais encore tous les autres s'y trouvant, au point que l'on ne permit pas même à ces Messieurs de faire leurs préparatifs pour le départ qui paraissait imminent. A 9 heures, les prisonniers furent conduits au Landhuys, avec défense de s'absenter un moment sous quelque prétexte que ce fut. Vers 10 heures, ils reçurent l'ordre de partir immédiatement et, menés par la garde jusqu'à la grand' place, ils furent remis aux troupes françaises rangées là sous les armes, du moins tous les soldats capables de se tenir debout. Finalement, après un pillage non interrompu de treize à quatorze heures, les Français, avertis de l'approche des Allemands, quittèrent Furnes à 1 o heures du soir. Chaque soldat portait une chandelle allumée, piquée sur le canon du fusil. On se fait difficilement une idée de l'effet saisissant de cette marche de militaires ivres et blasphémants.

Ils prirent le chemin d'HondschooteC, conduisant les otages, obligés de marcher entre les baïonnettes de leurs gardiens. Arrivés à Bulscamp'^), plusieurs officiers français poussèrent la gentillesse jusqu'à prêter leurs chevaux à ces Messieurs. A leur arrivée à Hondschoote, les otages furent conduits chez Pierre Herwyn, oiî ils arrivèrent à 1 heure du matin, furent très bien reçus et prirent quelques réfections. A 5 heures on mit à leur disposition un chariot couvert, attelé de deux chevaux, et ainsi ils furent bientôt en route pour Cassel, accompagnés seulement d'un commissaire français. Le 1" juin, vers les 11 heures, ils atteignirent Cassel, où le commissaire en chef les traita poliment et leur offrit à dîner.

Le départ de ces troupes ne débarrassa pas cependant la ville de Furnes de tous les Français; on en voyait couchés çà et là dans les rues, ivres

'" Voir 1,1 rarli-, 11" 9. — ''' Voir la rarlc, u" al.

au point de n'avoir plus conscience de leur être. Si les Hollandais, au lieu de détaler pour OstendeO, s'étaient tenus à Schoorbakke'^', après le départ du gros de l'ennemi, ils auraient l'acilcmcnt pu faire prisonniers les retardataires. De plus, d'après le sentiment général, si d'un côté lesdits Hollandais et le colonel baron Mylius étaient venus à Furnes l'après-dîncr, ils auraient pu empêcher bien des excès; car les Français, en état de fuir, n'auraient pas manqué de le faire, et les autres seraient tombés entre leurs mains.

Sur ces entrefaites, le .Si mai, le baron Mylius, colonel de Loudon, avec 700 hommes, tant hussards de Blankenstein que chasseurs tyroliens, était arrivé à l'abbaye d'Eversam t^), sous Oostvleteren '*'. Il y reçut une missive, après lecture de laquelle il donna aux Hollandais l'ordre de partir, mais arrivés à Elsendammel''), il les fit revenir pour passer la nuit à l'abbaye, dont on démantela les fortifications sous prétexte que ces ouvrages auraient pu attirer l'ennemi et par là être nuisibles à la sécurité du couvent.

Le même jour on aperçut encore, çà et là du côté d'HaringheC'), des Français en train de piller quelques fermes sises le long de l'Yser'"'. L'après-diner, vers 4 heures, les habitants de Rousbrugge '*> apprirent la nouvelle du sac de Furnes de la bouche de leurs pionniers, qui eu revenaient.

Le samedi 1°' juin, dès l'aube, les Français, restés en ville, à leur réveil s'aperçurent du danger qu'ils couraient et détalèrent sur-le-champ. 11 était temps, car entre 7 et 8 heures firent leur 'entrée en ville quelques hussards de Blankenstein, sabre au clair, chevauchant et s'informant de l'endroit 011 se trouvaient les Français. Bientôt ils en trouvèrent un au cabaret à l'enseigne de rrÉtoilcn, en la rue des Trèfles ('■'), ayant à sa portée une chasuble, provenant de la saci-istie de l'abbaye de Saint-Mcolas, et un calice. On lui avait persuadé de s'en aller bien vite, lui faisant part de l'arrivée des Autrirliiens, mais il n'avait pas voulu écouter. Au moment oiî il voulut escalader le mur de la cour pour échapper à ses ennemis, il fut abattu d'une balle, traîné sur le fumier et y fut achevé à coups de sabre par un hussard qui lui enleva encore une montre en or. Le calice et la chasuble en question, mis de côté par l'hôtesse, furent restitués dans la suite. Ils rencontrèrent, au coin du sud-ouest de la grande place'"", un autre soldat français qui tomba à genoux, les mains jointes, et leur demanda grâce

W Voir la carie, 11° 90.

'*' Voir ia carie, 11° a'i.

W Voir la carie, n° aS.

'" Voir la carie, 11° a 3.

l*' Voir la carie, 11° a(i.

(8) Voir la carie, entre 11°' aG el a.

<') Voir la carie, 11° 27.

(s) Voir le plan, n° 4.

(•' Voir le plan , n° 5.

(10) Voir jo plan, n" 21 cl a-J.

RELATION DE LA PRISE DE FURiNES. 471

pour la vie. Mais un Aiieinand le blessa d'un coup de fusil; l'ayant relevé on le Irnîna jusque près du pont rouge, passé le canal de Loo'"', où il l'ut attaché à un arbre à côté de différents autres. En général on n'approuva pas cet acte, accompli toutefois avant l'entrée en ville du gros des Autrichiens. Ce (pi'il advint des prisonniers embarqués pour èlre dirigés sur Yprcs '"^l, nous n'avons pu le savoir. Les hussards eurent la chance de faire une bonne capture. Parmi les Français en route de grand matin s'en trouvaient deii\ dont les havresacs regorgeaient do couronnes qui, ayant demandé le chemin vers Cassel''', se virent indiquer par quelques bourgeois la chaussée d'Yprcsl*', oii à peine engagés ils furent appréhendés par les hussards qui leur enlevèrent l'argent et les firent prisonniers.

Entre 1 1 heures et midi, lit son entrée à Furnes le baron Mylius avec toutes ses troupes. Il envoya immédiatement à Bulscamp '^' et au Z waantje '''' quelques hussards avec mission de saisir et de faire rentrer à Furnes les bateaux chargés de biens volés et de quelques pavés, mais de retour ils déclarèrent n'avoir rien vu. Le colonel baron Mylius écrivit alors une lettre au général Steltenhoffen pour réclamer les otages. Les troupes allemandes, au grand regret des Furnois, repartirent encore le jour do leur arrivée en destination d'Vpres'^l et de Poperinghe '*'.

Revenons aux otages que nous avons laissés à Cassel. Le i"juin, le général StettenhoU'en leur envoya son aide de camp pour les inviter à dJner, ce qu'ils acceptèrent. Ils s'y rendirent et là le général leur lit part qu'ils allaient être logés à la conciergerie, (|u'il leur donnait pour gardien un capitaine, ce uniquement pour empêcher qu'ils ne fussent en butte à des insultes. En outre il leur fut dit qu'ils avaient liberté pleine et entière de se promener dans le camp établi au Mont Cassel, ainsi que de recevoir la visite de leurs amis aussi souvent ([u'ils le désireraient et enfin que la faculté d'écrire à leur famille leur était accordée et qu'un trompette pour porter leurs lettres allait être mis à leur disposition, ce qu'ils acceptèrent le jour même. Ils s'installèrent donc à la conciergerie, oîi dans leur chambre couchait follicier attaché à leurs personnes. Leur appartement était vis-à-vis celui d'un commissaire français.

A 9 heures du matin, arrivèrent à AdiukerkeC-'' les traînards français, en route pour le camp de Ghyvelde ('"', le long de la berge du canal. A l'exemple de leurs compagnons, partis la veille, ils chassaient devant eux tous les bestiaux qu'ils avaient pu trouver. Plusieurs soldats travei»-

(" Voir la rarle, n°' 16, ai c( a a. '' Voir la caiie, 11°' ag et a8.

!" Voir la carie, ii"' i6, 9. . . et 1. ' Voir la rarle, 11°' -ig el a8.

'•''' Voir la carte, n" ifi, aS el -h). '•' Voir la carte, 11° i.i.

!" Voir la rarle, 11" 9. '"' Voir la carie, n" l'i.

'' Voir la carte, 11° 8. "" Voir la carie, 11° i5.

ti--2 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.

surent la Panne '" en moiestant les gens dans le but d'en recevoir de Targent, sous la menace répétée d'incendier leurs maisons, et en circulant avec des torches de paille. Après avoir racolé quelques pièces de menue monnaie, ils s'en allèrent en toute hâte, probablement avertis de l'arrivée des Autrichiens. Un soldat français, encore ivre et ne pouvant suivre le détachement, fut rencontré aux sablières, proche la rangée de maisons sises le long de la berge, par un ouvrier agricole, qui l'abattit d'un coup de bêche et lui enleva son sac. Voyant arriver de loin trois cavaliers français, envoyés pour recueillir les traînards, quelques habitants jetèrent immédiatement l'homme, tombé en défaillance, dans un puits d'argile, oiî ils l'enterrèrent vivant. Ces cavaliers, ne s'étant aperçus de rien, après tournée faite, s'en retournèrent.

Le soir, dans les environs d'Adinkerke, arrivèrent vingt-deux hussards de Blankenstein et quelques chasseurs tyroliens, pour organiser des patrouilles jusqu'à la frontière.

Le dimanche 2 juin, la garnison liollandaisc, qui, comme nous l'avons vu, s'était enfuie d'une seule traite jusqu'à Ostende, revint, toute honteuse de sa retraite, à Furnes, où elle fut mal accueillie.

Pour en revenir à nos otages, le matin à 7 heures vint dans leur chambre l'aide de camp du général Stettenhoffen qui leur remit à chacun 100 livres en assignats pour leurs besoins. Le même jour, comme ils se trouvaient à table avec le général, celui-ci demanda à M. de Lattre s'il connaissait un certain Mylius. Sur sa réponse alfirmative et que ce dernier était colonel de Loudon-Werd et commandant des avant-postes, Stettenhoffen lui remit une lettre dudit baron Mylius, dans laquelle il réclamait vivement le relâchement des otages. Après lecture , le général français, très courroucé, se livra à de violentes invectives contre son correspondant, disant que jamais il ne se résoudrait à rendre les otages sur menaces. La susdite lettre portait effectivement que le baron Mylius allait faire arrêter tous les officiers des municipalités françaises par ses hussards, si dans les vingt-quatre heures les deux Furnois n'étaient pas élargis. Le soir, vers 6 heures MM. de Lattre et Vermecrsch furent invités par le général Stettenhoffen à un entretien, auquel assislitient le représentant du peuple Duquesnoy et quelques officiers supérieurs. On leur annonça qu'on allait les mettre en liberté le lendemain et leur donner une escorte pour les accompagner. En même temps le général fit toutes les diligences possibles pour faire restituer les objets voles aux habitants de Furnes. Les otages furent les témoins oculaires de la bonne volonté que mit Stettenhoffen pour y arriver. Ils revinrent à Furnes avec un chariot,

''' Voir la railo, ii" 1.

chargé de butin enlevé aux militaires. Mais quant aux objets précieux et à l'argent rien de tout cela ne fut restitué, au point que ces messieurs, malgré leurs réclamations, ne réussirent pas même à obtenir la restitution de l'argent des caisses publiques, emporté, comme nous avons dit plus haut, par ordre du commissaire ordonnateur en chef.

Comme les commissaires des guerres au bureau du pays avaient en toute hâte levé et compté ledit argent, dans lequel se trouvaient beaucoup de ducatons, monnaie impériale dont ils ne connaissaient pas la valeur, ils prièrent le bourgmestre Vermeersch de vérifier le compte. Gomme il ne trouva que 90,928 livres, 6 escalins, 6 deniers, au lieu de 23,476 livres, 2 escalins, 9 deniers, il fut pris à parti par le représentant Duquesnoy, qui furieux l'accusa d'avoir dérobé la différence, le renversa avec sa chaise d'un coup de poing et ordonna incontinent le départ desdits otages.

Le même jour à 7 heures 1/9 , quelques Français furent aperçus près de Rousbrugge le long de la chaussée de Beveren par les hussards hollandais, qui les mirent en fuite et firent des patrouilles dans les environs presque journellement et cela jusqu'au 20 août. L'après- dîner, vers

5 heures, une patrouille ennemie, forte de vingt-quatre hommes, traversa Rousbrugge, poussa jusqu'au Meulenwal et rebroussa chemin, sans avoir fait le moindre mal.

Le lundi, 3 juin, vers midi, les otages quittèrent CasselW et, vers les

6 heures, ils arrivèrent aux frontières, accompagnés d'une escorte, à l'endroit dit fFevers-Capelle^, près de la ffClachoirenf'-', territoire de Leysele '^', oîi le baron Mylius, avec un oUicier impérial et une partie de ses troupes, se tenait prêt dans l'intention d'aller enlever, par représailles , les officiers municipaux d'Hondschootc ou d'ailleurs. Vers 1 0 heures du soir, \ermeersch et de Lattre arrivèrent à Furnes, avec les objets restitués, et de plus porteurs de plusieurs exemplaires d'une proclamation, que les représentants Carnot et Duquesnoy avaient fait publier et qui était conçue, en substance, dans ces termes : «Que lesdits représentants fin peuple avaient constaté, à leur grande indignation et courroux, que l'insigne victoire, sur le point d'être remportée par la République, avait tourné en un scandaleux pillage, et qu'ils allait faire un exemple; ordonnant du reste que pour être bon républicain on devait respecter le bien d'autrui et rendre sur-le-champ à qui de droit tout ce qui avait été enlevé. ti

Quelques-uns obéirent à l'injonction des représentants du peuple. Sur invitation écrite de la municipalité de Dunkerque, celle de Furnes y

'' Voir la carie, ii° 'i. — t-) Voir la rarlp, n" .">. — >■" Voir le Icxie de fclle jiroclainalion 9 la pa^jje 397.

mh CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT.

envoya un éclievin, Pierre van dcn Bussclie, accompagné du clief-honinie de (f Bcwesterpoort 7) , le sieur Everaert, qui revint avec divers objets, nombre de cbevaux et de vaclies, enlevés aux campagnards. Celte restitution ne se fit cependant que dans de minimes proportions, et ce ne fut guère qu'à Dunkerque et Gassei qu'on s'en occupa. A Bergues et Hondscboote, loin de se soucier de la proclamation en question, les municipalités laissèrent les pillards vendre publiquement les objets volés. A Dunkerque, au contraire, on mit en prison les receleurs étrangers, venus pour aclieter le butin, et on les tint jusqu'à satisfaction. Le magistrat de Fumes, avisé qu'une grande quantité des objets volés se trouvaient en l'église de Zuydcote, près du pont, fit immédiatement des démarches auprès des chefs du district de Bergues, mais en vain, car, ladite église était continuellement gardée par des soldats du camp de Chyvelde, les Berguois n'osèrent ou ne voulurent pas se risquer à aller les dégager. Si les Furnois avaient eu la faculté de se rendre au camp de Ghyvelde, ils auraient pu facilement racheter à vil prix beaucoup d'objets leur appartenant, car d'après les renseignements le grand ostensoir de l'abbaye de Saint-Nicolas et une navette, le tout en argent, y furent vendus pour la somme dérisoire de 3oo livres en assignats.

Tous les objets restitués furent rangés à Furnes, dans la chambre des échevins, celle du conseil et la chapelle. Il y avait là entre autres deux calices, dont un cassé appartenant à l'église d'Adinkerke, et une boîte en argent, qui aurait bien pu contenir des hosties consacrées, mais, ouverte par le curé de Saint-Nicolas, elle fut trouvée vide.

Les habitants furent invités à se présenter, à certaines heures, pour réunir en paquet, en présence des commissaires, les objets qu'ils auraient reconnu leur appartenir.

Bien qu'on eut pris la précaution de ne donner accès dans la chambre qu'à ko ou 5o personnes à la fois, ce fut un second pillage, car l'un reconnaissait pour siens les effets d'un autre. En fait d'argenterie on ne restitua que les objets dont il vient d'être question. Beaucoup de Furnois furent ainsi réduits à la misère, et dans cette ville, comme à Rousbrugge, les municipalités acordèrent aux habitants une indemnité dérisoire.

Un fait à noter, c'est que des (libusliers et surtout des femmes d'Hondschoote et de Bambeke ''', et même de la chùtellenie de Furnes, nommément des paroisses de Leysele '-' et d'Isemberghe ''', avaient suivi les troupes et pillé tout aussi bien qu'elles. Le même fait s'était produit du reste les 5, 6 et 7 novembre 1792, au bourg de Rousbrugge'*'.

''' Voir la carlp, 11° 2. W Voir la carie, 11° 5*.

''' Voir la carie, 11° 5. <*' Voir la carie 11° 37.

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