‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 71 sur 388 · DOUAI, 6 AVRIL · texte numérisé non relu

DOUAI, 6 AVRIL

CABNOT ET LESAGE-SENAULT À LA CONVEPiTION.

Douai, le 6 avril 1798, l'an 11 de la République

Citoyens,

La situation de notre frontière devient chaque jour de plus en plus rassurante. Dumouriez est presque abandonné et sera bientôt tout seul. Les différents corps de l'armée du Nord rentrent successivement dans nos places; le traître a essuyé les fusillades de plusieurs bataillons; on assure même que son cheval a été tué et que son aide de camp est tombé à côté de lui; il s'est enfui, mais il est revenu, dit-on, escorté par un régiment de hussards autrichiens. Nous n'avons pas encore de détails circonstanciés sur ces faits, mais nous vous donnons pour certain que la grosse artillerie est déjà rentrée à Valenciennes et que de nombreux chariots de vivres et de bagages arrivent à Douai.

Les villes de guerre sont dans l'état le plus res[)eclable de défense contre les surprises et les attaques de vive force. Elles le seront bientôt contre les sièges réguliers, et bien avant que les ennemis n'aient pu rassembler les approvisionnements nécessaires pour une pareille entre-

prise"'. Ainsi, cette nouvelle trame n'aura, nous l'espérons, servi qu'à riiumiliafion des traîtres, et la Républinuc en aura tiré le plus grand de tous les avantages, si cet événement peut enfin guérir les Français de leur idolâtrie pour les individus et du besoin d'admirer sans cesse ''^'. Les alarmes excessives que des ignorants ou des mal intentionnés s'efforcent perpétuellement de répandre sont un autre mal du même genre, et qui n'est pas moins funeste. L'opération qu'il importe de consommer en ce moment est le recrutement qui s'achève. Si l'on

'■' Le 6 avril Dainpiorrc écrivait au ministre de la guerre la lettre suivaute (orig. , Arch. (le la guerre, armée du Nord et des Ardeimes) :

ff Citoyen ministre,

îtJ'ai les plus heureuses nouvelles à vous apprendre, relativement à l'armée ((uc commandait autrefois Dumouriez. Elle est entièrement revenue de son égarement et parfaitement ralliée sous les drapeaux de la Képulilicpie. Aussitôt que \os commissaires curent l'ait entendre le langage de la loi, aussitôt qu'ils m'eurent revêtu provisoirement du commandement en chef, tout s'est rallié à l'étendard de la loi , tout est revenu à la voix du sentiment. L'habitude (|uc les troupes ont de me voir devant elles dans les combats, a accéléré, s'il est possible de le dire, l'abandon qu'elles ont fait du traître qui les livrait aux Autrichiens.

trNos braves canonniei"S ont sauvé des millions à la France; les braves grenadiers du 47* régiment ont ramené un trésor d'un million destiné aux subsistances, que le làclie Soliva enlevait. Enfin, général, respect à la loi, désir de repousser avec vigueur, voilà ce qui anime les troupes de la République.

rL'espècede trêve qui existait entre les troupes de la lit'publique et celles de Léopold , semble subsister encore. J'aurai l'honneur de vous rendre compte d'une mission que j'ai envoyée au général Cobourg pour connaître ses intentions. Je n'ai pas reçu encore de réponse positive, le général

Clerfayt ayant envoyé le trompette au général Cobourg sur les derrières.

trJc m'occupe de donner des fournitures à l'armée, de prendre des effets de campement et enfin d'occuper une position recommandable.

ffLe génial en chef de l'armée du Centre proiùioireineiil, irOiMPiEiinE.

«•Ce 6 avril, l'an i" de la République. trP. S. Le secrétaire de IJumouriez, nonuné Quentin, est arrêté. n

■'' Celte même idée se trouve cxjiriméo dans le journal du sous-lieutenant Mastrik, témoin oculaire des événements. On lit à la date du 9 avril (cf. La défeme nalioiiale daiiê le Nord, I, SyS) : tr Prodiguez donc de l'encens, bêles et volages Krançais, à un individu avant de savoir s'il le mérite, de même comme vous condamnei. . . Depuis le temps que vous le faites, cela ne vous guérit pas; il en reparaîtra un autre et vous l'idolâtrerez encore sans attendre. Ah! grands dieux N — André Mastrik, né à Chalon-sur-Saône en 1753, musicien dans le régiment d'Engbien-Infanterie pendant cinq ans, inspecteur des plantations de la forêt île Saint-IIermain-<>n-Laye en 178-'! , entra , le 7 septembre 1 79") , comme sous-lieutenant dans la légion des hussards américains (futur i3' chasseurs à cheval). il devint commissaire des guerres le i5 mars 1793, fut suspendu le 9 nivôse an H (sg décembre 1793) et i-éinlégré le a3 floréal (19 mai 179'!). (Cf. Arch. nat., Al-'i. 35 1.)

là CORRESPO.NDANGE GKNKRALK DE CARNOT. [6 avril 1793.]

veut cxcigôror cette mesure plus que sudisante pour écraser tous nos ennemis, on la fera échouer elle-même; la Républi([ue éprouvera des convulsions aussi violentes cpi'inutiies, car les ennemis savent bien que la France ne saurait succomber que par un excès ou une mauvaise direction de ses propres efforts.

Il nous arrive, en ce moment, de l'évacuation de Malines, une multitude d'effets infiniment précieux, environ go pièces de canon, 7,000 fusils excellents, 2,000 canons de fusils neufs, 3,0 00 livres pesant de cuivre, beaucoup d'ustensiles d'artillerie, et enfin un mortier crevé au bombardement de Lille. Nous allons le lui envoyer, ne croyant pouvoir, au nom des représentants du peuple, faire un présent plus agréable aux citoyens de cette superbe ville, qui a sauvé la République et qui la sauvera encore '".

Les commissaires de la Convention nationale, L. Carnot, Lesage-Senault.

(Orig. aut. de Carnot, Arch. de la guerre, armée du Nord et des Ardennes. — linpr. dans le Bulletin de la Convention du 8 avril 1798.)

àO. DOUAI, 6 AVRIL 1793.

Page 1