‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 8 sur 388 · CABNOT ET LESAGE-SE.NAULT À LA CONVENTION · texte numérisé non relu

CABNOT ET LESAGE-SE.NAULT À LA CONVENTION

Analyse. — Il paraît ffue dans toutes les parties de la République l'espoir des contre-révolutionnaires s'était ranimé tout à coup au moment fixé pour le recrutement de nos armées. Ils ont pensé que, s'ils venaient à bout de faire échouer cette grande mesure , la France était livrée sans ressource à la fureur de ses ennemis. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais le fanatisme a redoublé d'astuce et de rage à ce moment décisif. Au contingent fixé par la loi du a 4 février, se joignait la levée prescrite par la réquisition des commissaires de la Belgique, levée qui va généralement au triple et quelquefois jusqu'au sextuple de la première. Les malintentionnés ont fait tout leur possible pour para-

avoir lieu le 17 mars. Lenglé écrivit, le 17, à la Convention pour protester de son innocence et présenta une retpiéte pour se plaindre du retard mis à son procès (Arcli. nat., r. aôo, 'i 1 1). De son roté l'accusateur public Ranson raconte, dans une brocliure puLlitje par lui en septembre 1798 (Bibl. comni. de Douai, coll. Plouvain, Q 309, n° 3, pièce n° 1), la séance du 16 inai-s (il dit le i5 par erreur), où (^aniot et Lesaj»e-Senaulf sifjnilièrent leur arrêté au tribunal criminel, et se plaint de l'attitude de ces représentants à son éfjard :

"(ics législateurs arrivent, dit-il; ils intiment au tribunal assemblé leurs ordres; je donne mes conclusions pour qu'ils soient respectés et suivis; le tribunal l'ordonne et Lenglé est envoyé par mes soins au tribunal extraordinaire à Paris. Quelques circonstances, qui ont accompagné la réquisition des conunissaires Lesage-.Senault et (^arnot, m'ont persuadé qu'on m'avait calomnié à leurs yeux. J'avais parmi mes résumés de la session dudil mois de mars celui de l'affaire de Lenglé; j'ai prié le citoyen Carnot de le recevoir et d'en rester dépositaire; celte demande a été faite publiquement; publiquement encore Carnot a reçu ce mémoire le i5 mars 1793, à 11 heures du matin; il me l'a rendu à 1 1 heures du soir, en me disant plus que

froidement qu'il n'avait pas eu le temps et qu'il n'avait pas le temps de le lire.n

La requête de Lenglé fut d'abord agréée par la (Convention, qui, le ao uiai-s 1798, rendit le décret suivant : irLa Convention nationale, sur la pétition du citoyen Lenglé, décrète que, sans s'arrêter aux réquisitions de ses commissaires Carnot et Lcsage-Senault, le tribunal criminel du dt'partement du \or<l passera au jugement dudit Lenglé, en exécution du décret du •j (lu présent niois.n Miiis le même jour elle rapporta son décret en ces termes : «La Convention nationale, sur la motion d'un membre, rapporte le décret ci-dessus relatif à Lenglé d'Kscobecques, etc., confirme l'arrêté de ses commissaires Carnot et Lesage-Scnault, qui ordonne que ce citoyen sera jugé par le tribunal extraordinaire et amené à Paris. 1

Lenglé fut , en effet , envoyé à Paris ; son procès s'intruisit lentement, malgré les réclamations de Danson, qui faisait agir Meriin de Douai. Enfin l'ancien maire de Cassel comparut devant le tribunal révolutionnaire; les représentants Merlin de Douai, Dubem, Alquier, Lesage-Senault et Joseph Le Bon furent appelés en témoignage, et Lenglé fut condamné à mort le u octobre 1798. (Cf. \rch. nat., W 989, ifii.)

10 CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [18 mars lygS.]

lyser les recrutements, mais ia fermette des corps administratifs a déjoué leurs sinistres projets.

«Beaucoup de villes ont fourni au delà de leur contingent; celles même qui paraissaient vouloir s'y refuser d'abord ont été entraînées par l'exemple; nous attendons les états exacts de ces levées pour vous mettre à même de connaître les communes qui auront bien mérité de la patrie '1'. t>

Ils observent qu'une foule d'émigrés rentrent par le port de Boulogne, munis de certificats de résidence dans le département du Pasde-Calais, quoique domiciliés dans les pays méridionaux'-'.

Les commissaires conjurent la Convention de fixer enfin le sort des femmes et des enfants des défenseurs de la Patrie et d'écarter, autant qu'il sera possible, les formalités et les longueurs accablantes qu'entraînera l'exécution de la loi du 26 novembre dernier'^'.

Ils se plaignent aussi de ce que les ouvriers employés à la fabrication des piques, en vertu de la loi, et à la réparation des fusils, par les ordres du Conseil exécutif, ne peuvent nulle part obtenir leur salaire, et que les convois militaires, faits sur réquisition, demeurent aussi sans payement. Ils ont cru devoir autoriser les administrateurs, à cause de l'urgence, à faire payer du moins les armuriers, afin de les déterminer à travailler encore.

Pour arrêter les manœuvres des contre-révolutionnaires, les mêmes commissaires se sont déterminés à des actes de rigueur, que la crise du moment leur a paru nécessiter. Ils ont ordonné l'arrestation de plusieurs citoyens de la ville d'Hesdin, qui ont afficbé le système de la contre-révolution, insulté le commissaire du département envoyé pour le recrutement, auquel ils se sont opposés, et proposé publiquement de porter la bâche à l'arbre de la liberté '*'.

Par un autre arrêté, ils ont autorisé provisoirement l'administration du département du Pas-de-Calais à ne délivrer des certificats de résidence aux citoyens d'un autre département qu'après la justification de leur résidence dans d'autres parties de la République antérieurement à

<■' Ces deux passages ont été insérés abus, les commissaires rendirent l'arrêté

dans le Bulletin de la Convention du publié à ia page 8.

93 mars; le second paraît textuel et a été '" Cette analyse, ainsi que toute la

pour cela jfuillemeté. suite, est empruntée au Procà-verbal de

<'' Cette analyse de phrase est dans le la Convention. Bulletin de la Convention. — Pour éviter cet W Cf. arrêté du 1 5 mars 1793.

[i8 MARS 1793.] MISSION DANS LES DKPARTEME.NTS DU NORD. 11

leur résidence dans le département du Pas-de-Calais, afin d'obvier à la rentrée d'une foule d'émigrés qui débarquaient à Boulogne et qui étaient munis de certificats, plus que suspects, de résidence dans le département du Pas-de-Calais, quoique domiciliés dans les pays méridio-

naux

Enfin les commissaires ont cru aussi devoir arrêter le cours de toutes les procédures criminelles commencées à Douai contre les personnes prévenues d'attentat contre la sûreté de la République, parce que la loi évoque toutes les procédures de ce genre au tribunal révolutionnaire'-'. Ils envoient copie de tous ces arrêtés '^'.

(Procéê-verbal de la Coiivenlioii du aQ mars 1798.)

SAINT-OMEn, )8 MARS fjfj^-

CARNOT ET LESACE-SENAliLT ASSISTENT À LA SÉANCE DU DniECTOinE

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