DE LA COMMUNE
Se sont prdsentés les citoyens Carnot et Dutiuesnoy, (l(^put('s à la Convention nationale , conimissaires près l'armce du Nord , auxquels le citoyen maire '*' a
O Premier maire de Bergues. Son portrait est actuellement dans la salle des fêtes de l'hôtel de ville.
''' Charles-Emmanuel Lauwereyns, capitaine d'une compagnie de la garde nationale de Bergues et aide -commandant.
( Benseigncment fourni par M. L. de Lauwereyns. )
<" Cet arrêté souleva d'ardentes réclamations. Dans sa séance du 18 avril 1798 le Conseil général de la commune de Bergues envoya des députés aux commissaires Carnot et Duquesnoy, à Dunkerque, pour les engager à révoquer cette suspension provisoire ou à articuler les griefs qui l'ont provoquée. Les députés revinrent le soir et annoncèrent qu'ils n'avaient pu remplir leur mission, vu que les commissaires étaient partis pour Saint- Orner. Les citoyens Mnrhem et Lecomte furent alors envoyés dans cette dernière ville. Le 20 avril ils rendirent compte de leur voyage au Conseil général. Ils racontèrent ([u'ils avaient vu Carnot et Duquesnoy et leur
avaient exposé la question, que ceux-ci avaient paru touchés des observations à eux faites, mais qu'ils avaient néanmoins déclaré ne pouvoir revenir sur leur arrêté qu'après ttun plus ample informé qu'ils ont promis de venir prendre sur le lieu dans la huitaine». Un nouveau maire et un nouveau procureur de la commune furent nommés le 1 5 mai suivant. — Ces renseignements, ainsi que le texte de l'arrêté et les autres documents concernant Bergues, m'ont été gracieusement fournis par M. Braels, secrétaire de la mairie de cette ville.
(*) Jean -Marie -Joseph Emmery, né à Dunkerque le 16 janvier 1754, négociant, colonel de la garde nationale de Dunkerque, député du Nord à l'Assemblée législative (29 août 1791), maire de Dunkerque en 1792, député du Nord de 1799 à i8i5, membre de la légion d'honneur le 16 octobre i8o3, chevalier de l'Empire le 6 septembre 1811, mort à Dunkerque le f 1 février 1895.
[i6 AVRIL 1793.] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. 115
rendu compte de tout ce qui a ét^ fait depuis le moment qu'on a été informé de la trahison de Dumouriez '"'.
(Arch. mon. de Dunkerque, D i, rog. du conseil général de la commune, fol. Aa v°.)
56. DCNKEEQUE, 1 6 AVRIL t']()'i- CARNOT ET DUQUESNOY À LA CONTENTION.
Dunkerquc, le 16 avril 1798, Tan 11 de la République.
Citoyens nos collègues,
Nous venons de parcourir la frontière, depuis Lille jusqu'à Dunkerquc, où nous sommes en ce moment. Cet espace, comme vous le savez, est sans places fortes sur la première ligne, si l'on excepte celle de Bergues, qu'on doit regarder comme ne faisant qu'une avec Dunkerque, car la perte de l'une entraîae nécessairement celle de l'autre'"^'.
Pour garder cet intervalle, on a établi un camp sur la montagne de Cassel. Ce camp est dans une position très forte, mais ses communications sont assez mal assurées et ne sont guère susceptibles de l'i^tre mieux. Il faudrait beaucoup de monde pour couvrir celte frontière, et nous en avons très peu. Dunkerque devrait avoir au moins 13,000 hommes, et il n'en a pas 1,600. L'esprit public y est bon. On s'y défendra bravement, si on y est attacpié; nous en sommes menacés, mais jus(|u'à présent les préparatifs dei ennemis ne sont pas formidables. Nous avons suffisamment d'artillerie et de subsistances : le général Pascal, qui commande à Dunkerque, est bon, quoi qu'on en dise'''. O'Moran, qui commande à Cassel, est meilleur
<■> Dès le 3 avril 1798 le conseil général l^' Le général Pasfal-Kcrenveyer était
de la commune de Dunkerque avait fait l'objet de dénonclalions et d'attaques vio-
préter serment à toutes les autorités de la lentes. Il avait cependant, dès le 3 avril,
ville et s'étnit dcclacé en permanence. déclaré à la municipalité de Dunkerque
(Arcli.mim. lie Dunkerque, reg. du conseil (|u'il n'avait jamais eu de relations avec
général, fol. 3'i v°.) Dumouriez, qu'il voulait vivre et mourir
W Dans un mémoire rédigé, le 19 mai attaché à la République, qu'il se défendrait
1793, sur la place de Hergucs, par le ca- à son poste jusqu'à la dernière goutte de
pitaine dn génie Ruet Belleple, à la de- son sang et qu'il en faisait le serment
mande de Carnot el Duquesnoy, on lit : solennel devant le conseil général de la
<t Bergues est le plastron de Dunkerque et commune. (Arcli. mun. de Dunkerque,
ces deux villes ensemble font la g.iurhe de reg. des délibérations, fol. 33 v".) Néan-
la frontière de la Républiques (Arch. de moins le journal /e /Je/ju6/icoi/i inséra dans
la guerre, armée du Nord.) son numéro du 19 avril 1798 (n" 169.
116 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 avril 1798.]
encore '*'. Le lieutenant-colonel du 1" bataillon de l'Orne, auquel le ministre de la guerre vient de donner le commandement de Bergues, est on ne peut plus propre à cet emploi : mais il est odieux qu'on n'ait point fait officier général, dans la dernière promotion, ce vénérable militaire, qui a quatre-vingt-sept ans de services, en comptant ses campagnes '■''.
Nous ne vous dissimulerons pas qu'il y a beaucoup de lassitude et de dégoût dans les troupes qui viennent de faire campagne , qu'il y a dans l'armée des pillards qui désolent les villages, que l'insouciance, la lâcheté et l'incivisme de plusieurs corps nous donnent de l'inquiétude.
Un fléau terrible détruit nos armées : c'est le troupeau de femmes et de filles qui sont à leur suite; il faut compter qu'il y en a autant que de soldats; les casernes et les cantonnements en sont engorgés; la dissolution des mœurs y est à son comble; elles énervent les troupes et détruisent, par les maladies qu'elles y apportent, dix fois plus de monde que le fer des ennemis. Nous ne doutons pas que ce ne soit la principale cause de l'affaiblissement du courage. 11 est instant que vous fassiez sur ce point une loi de la plus grande sévérité '^'. L'abus
p. 727) une correspondance adressée de Lille , où on lisait : k Pascal est un homme inepte, buveur, épais, sans énergie ni pa- Iriotlsme.n Comme ce journal était envoyé aux armées le général l'ut informé de cette injurieuse appréciation de sa personne et de son caractère et il écrivit de son quartier général de Vinck-en-Tetegliem , le 9 4 avril 1798, au rédacteur du Bépublicain une lettre de protestation , qui fut insérée dans le n" 180, du 3o avril 1798 (p. 778). 11 s'indigne contre le monstre qui ose le juger sans le connaître, nll est très probable, dit-il, que nous n'avons jamais dîné ensemble, car il ne juge pas sainement lie ma tempérance, n Puis il ajoute : trUn homme qui a cinquante ans de services sans interruption, qui c«t parvenu depuis le grade le plus vulgaire jusqu'à celui d'officier général, qui, à 65 ans, n'a besoin ni de lunette, ni de secrétaire, pour suffire à une correspondance qui elfrayerait sans doute le délateur, qui jouit d'un tem-
pérament heureux, que la santé la plus robuste et un exercice continuel soutiennent, qui, dans tous les temps, a donne des preuves du plus pur et du plus ardent désir d'élre utile à la patrie, qui n'est ni bavard, ni intrigant, ni courtisan, ni parasite, ni plat valet de qui que ce soit; eh bien, citoyen rédacteur, cet iiomme, c'est moi!')
"1 Le district de Bergues avait, les 5 et 6 avril 1798, déclaré le général O'Moran indigne de la confiance publique. (Arch. dép. du Nord, L, reg. du district de Bergues, fol. a 5 et 96.)
C Cet officier s'appelait Barthel et était âgé de 75 ans. Il fut nommé général de brigade par Carnol et Duquesnoy le 1 5 mai suivant. (Cf. le texte de l'arrêté à celte date.)
''' Cette situation particulière de l'armée avait déjà été signalée à la Convention par le représentant Jean -François Delacroix dans une lettre écrite de Oand le 2 a mars
[i6 AVRIL 1793.] MISSION DANS LES DÉPARTEMENTS DU NORD. 117
n'est point facile à détruire; nous, vos députés, ne le pourrions peutêtre pas, sans i'autorité d'une loi très forte et très menaçante. Celle qui existe aujourd'hui est pour eux; elle prescrit de loger les femmes des soldats mariés; à les entendre ils le sont tous. A Douai, où nous avons vu, dans un temps, la garnison réduite à 35o hommes, il y avait près de 3,ooo femmes dans les casernes, au point qu'il n'y avait pas une place vide pour les nouveaux corps qui revenaient de l'armée de Dumouriez. Nous insistons sur ce point, parce que l'armée est perdue si vous n'apportez le plus prompt remède à ce principe de dissolution '>'.
Un autre abus est celui de la création perpétuelle de nouveaux corps, lorsque nous ne pouvons compléter ceux qui existent. Les recrues du contingent veulent obstinément former de nouveaux bataillons et des compagnies franches; nous n'avons, pour en empêcher, d'autre raison à leur donner, sinon que la Convention a décrété qu'on ne formerait point de corps nouveaux avant le complètement des anciens t*';
1793. (Cf. Moniteur, XV, 798.) 11 y disait :
irje vous dénonce un abus que nous avons découvert en parcourant l'armcc et qui pouvait échapper à mon collègue Danton. La Convention nationale a permis aux soldats de se marier sans le consentement de leurs chefs; cette loi entraine un inconvénient qu'il est urjjent de réformer. Il faudrait fixer le nombre de femmes qui doivent suivre l'armée; elles y sont en si grand nombre qu'elles embarrassent la marche des troupes , consomment beaucoup et occupent un grand nombre de chariots destinés exclusivement au transport des bagages et des pro\isions de l'armée. Je vous ai promis la vérité, je vous la dois, je vous la dirai toujours: hàteî-vous d'en chercher le remède et de l'appliquer, n
'" Le Comité de salut public tint compte de la réclamation de Carnot. On lit dans le procès-verbal du 18 avril 1798 : fSur l'avis donné par le citoyen Carnot , représentant du peuple, député à l'armée du Nord , qu'il y a dans les armées un grand nombre de femmes, qu'il en résulte les plus graves inconvénients, le Comité a ar-
rêté de faire présenter incessamment un projet de décret portant fixation du nombre de femmes qui pourront se trouver à la suite des bataillons et les mesures nécessaires pour prévenir ou réprimer toute contravention. 1 (Cf. Aulard.lll, Sog.) En effet, dès le 3o avril, un décret de la Convention ordonna de congédier aussitôt des cantonnements et des camps toutes les femmes inutiles au service des armées, c'est-à-dire celles qui ne seraient pas employées au blanchissage et à la vente des vivres et des boissons. (Cf. Moniteur, XVI, 370.)
(" Par son décret du 18 avril 1798 la Convention avait en effet défendu la formation de nouveaux corps : kLcs membres de la Convention nationale envoyés, soit dans les départements pour accélérer cette lovée (de 3oo,ooo hommes), soit auprès des armées pour en hâter l'incorporation, ne pourront, sous quel<[ue prétexte <pie ce soit, former de nouveaux corps, bataillons ou compagnies franches, avec le contingent fourni par les départements dans la levée de» 3oo,ooo hommes.» (Cf. Moniteur, XVI, <79.)
118 COURESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [16 avbil 1793.]
si donc la Convention se relâche sur ce point, nous ne pourrons plus résister au désordre. Nous avons je ne sais combien de corps où il y a trois fois plus d'olTiciers que de soldats.
Ce qu'on vous avait dit sur les réj^iinents de Viennois et du 3° régiment de dragons est exagéré. Cependant, il est nécessaire de faire des exemples dans ces corps, et nous ne les épargnerons pas, quand nous passerons à Aire et à Béthune, où ils sont en garnison en ce moment.
Ci-joint deux arrêtés particuliers, que nous avons pris à Bergucs'''.
Les représentants de la Nation,
députés par la Convention nationale
aux armées du Nord et des Ardennes,