AVERTISSEMENT
Le tome III de la Coirespondance générale de Camot comprend la correspondance militaire du Comité de salut public, du 16 août au 3i octobre 1793.
Carnot avait été adjoint, le li août 1793, au Comité de salut public, pendant qu'il revenait de conférer avec le général Houchard. Le 1 6 août, il prit la direction des affaires militaires. II ne l'abandonna que deux fois, du 95 au 28 septembre, pour porter des instructions au nouveau général en chef de l'armée du Nord, Jourdan, et du 6 au 20 octobre, pour faire exécuter le plan de campagne qui aboutit à la glorieuse victoire de Wattignies et an déblocus de Maubeuge,
Au point de vue militaire, le Comité de salut public correspondait directement avec le ministre de la guerre, avec les généraux en chef et avec les représentants du peuple près les armées. Il recevait aussi de nombreuses lettres des généraux de brigade et de division, des chefs d'état-major, des commandants de place, des fonctionnaires militaires de tout ordre, qui s'adressaient au Comité pour les affaires publiques ou pour leurs intérêts privés. Enfin il examinait les dépèches et les rapports adressés par les généraux au ministre de la guerre et transmis par celui-ci au Comité.
. La correspondance du ministre, des généraux et du personnel des armées était remise à Carnot; les lettres des représentants en mission, distribuées à d'autres membres du Comité,
IMraiHtlUC !(AtlOȉLE.
II CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT
lui revenaient aussi quand les questions militaires primaient
les questions politiques.
Carnot retenait les dépêches les plus importantes et confiait à ses secrétaires les lettres administratives, en ayant soin d'écrire en tête un canevas de réponse.
Ensuite il rédigeait les minutes des réponses aux lettres réservées et les comnmniquait à ses collègues; après approbation, il recopiait de sa main les plus confidentielles et s'en remettait pour les autres à ses secrétaires.
D'autre part, il examinait les minutes préparées, les corrigeait et parfois même en refaisait le texte. Il les rendait ensuite aux secrétaires, mais non sans avoir le plus souvent mis sa signature comme un visa au bas de ces brouillons.
Les lettres mises au net passaient à la signature. Les accusés de réception et les documents administratifs ne comportaient que deux signatures, avec la mention : Les viembres du Comité de salut public chargés de la correspondance, et Carnot y apposait la sienne , en compagnie de Prieur (de la Gôte-d'Or ) , ou de Billaud- Varenne, ou de Collot-d'Herbois.
Les lettres militaires ou confidentielles étaient revêtues des signatures de plusieurs membres du Comité et expédiées par des courriers spéciaux.
La besogne personnelle de Carnot consistait donc, outre la confection des plans de campagne et la rédaction des instructions et des arrêtés concernant les armées, à lire la correspondance militaire et à y répondre ou faire répondre'').
'■' Carnot assistait régulièrement été reproduit par M. Aiilard. J'ai men-
aux séances du Comité et j'ai mentionné tionné ces arrêtés autographes pour
en note sa présence d'après le recueil montrer la part de travail de Carnot
Aulard. Il rédigeait un certain nombre et sa féconde activité. A la Convention
d'arrêtés, dont les originaux sont aux on n'ignorait pas que Carnot tenait
Archives nationales et dont le texte a souvent la plume. Dans la séance du
- AVERTISSEMENT. „i
Le Ministère de la fjuerre était alors occupé par Bouchotte. Né à Metz le 9 5 décembre 176^''), entré au service comme soldat en 1773, capitaine eu 1788, lieutenant-colonel le a 6 janvier 1798, Jean Bouchotte était commandant temporaire de Cambrai quand Dumouriez livra aux Autrichiens le ministre de la guerre Bcurnonville. Le h avril 1793, sur la proposition du Comité de défense générale'-', la Convention procéda à l'élection, par appel nominal, du successeur de Beurnonville, et l'unanimité des suffrages se porta sur Bouchotte '''.
Le nouveau ministre prit séance au Conseil exécutif le 1 1 avril (') et choisit les six adjoints chargés de diriger les six divisions de son département''"'. Malgré des plaintes formulées
18 septembre 1798, Hërault-S«'clielles ayant déclare' qu'un décret pn'senlé n'émanait pas du Comilé de salut public et en ayant appeli? à Prieur ol à Carnnt, Jeanbon Saint-André s'écria :
it Hérault a tort d'en appeler à eux, car le projet de décret est écrit de la main de Carnol.n (Cf. Moniteur, XVII,
'''•Cf. t. ll,p. 10 4, note 1.
" Cf. Aulard, III, 67 et 63. — C'est Barère qui lut le projet de décret , au nom du Comité de défense générale.
'' Cf. Moniteur, XVI, 64. — Boucbotte écrivit de Valenciennes , le 7 avril 1798, au ministre des affaires étrangères Le Brun, chargé de l'intérim de la gucn"e, |)oiir lui annoncer son acceptation. (Moniteur, X\I, gli.) Cette lettre fut lue dans la séance de la Convention du 9 avril.
"' Cf. Aulard, m, 190.
'"' Ces six adjoints, acceptés par le Conseil exécutif sur la proposition de
Bouchotte, dans sa séance du 16 avril (Aulard, III, 284), étaient les suivants : t" division, Bouchotte, commissaire des guerres; 9" division, Ronsin. commissaire ontonnaleur en chef de l'armée de la Belgique; 3' division, Aubert, commandant temporaire ù Cambrai: V division, Pi'osper Sijas, chef aux bureaux de la guerre; 5' division. Français, juge au tribunal de Lille; 6" division, Xavier Audouin, commissaire des guerres.
I.C 5 mai, Aubert, nommé adjudant général chef de brigade, et Français, appelé à l'administration de la régie de l'babillemenl , furent remplacés par le chef de brigade MuUer et par Deforgues , chef de bureau du Comité de salut public (cf. Aulard, III, 612).
1/6 7 juillet, Muller, ayant donné sa démission pour se rendre h l'armée des Pyrénées occidentales, fut remplacé parDupin, chef de batiiillon au corps du génie (cf. Aulard, V, 201).
IV CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT
contre lui et même une disgrâce momentanée, il était resté en fonctions, et c'est avec lui que Carnot et le Comité furent en relations constantes de correspondance.
Le Comité de salut public transmettait au ministre de la guerre copie des lettres se rap])ortant à l'administration ou contenant des réclamations'''. Bouchotte, de son côté, donnait des explications ou en demandait, et envoyait copie de certaines dépêches de généraux'^l II ne craignait pas de défendre ses bureaux contre les attaques fréquentes dont ils étaient l'objet W.
Carnot et Bouchotte étaient tous les deux dans la force de l'âge, et ils avaient une égale et prodigieuse faculté de travail. Tous deux étaient essentiellement des hommes de cabinet, acharnés à une besogne toujours croissante et voulant tout voir et tout faire par eux-mêmes. Bouchotte n'avait pas l'envergure d'esprit de Carnot; il s'attachait plus aux détails qu'à l'ensemble et n'exécutait pas toujours avec assez de promptitude et de vigueur les plans du Comité. Mais, quoi qu'il en soit, c'était un travailleur infatigable, qui rédigeait lui-même
Enfin le 2 août 1798, Gauthier, chef que ni le Comité, ni Bouchotte ne se
de la 9° division, remphiça Ronsin, dessaisissaient des originaux des letli-es
nommé général de brigade , et Didier qu'ils recevaient , mais en envoyaient
Jourdeuil, chef de bureau, Deforgues, seulement des copies, le plus souvent
nommé ministre des affaires étrangères certifiées conformes,
(cf. Aulard, V, 448). '-' Les généraux en chef correspon-
Donc , au moment oiî Carnot entra daient directement avec le Comité et
au Comité de salut public, les adjoints avec le ministre de la guerre. Souvent
au ministre de la guerre étaient : pour ils envoyaient à l'un et à l'autre en
la 1" division, Bouchotte; pour la a°, même temps les mêmes nouvelles, avec
Gauthier; pour la 3', Dupin; pour la plus ou moins de détails. Parfois aussi
4', Sijas; pour la b\ Jourdeuil; pour ils écrivaient seulement au ministre,
la 6', Xavier Audouiu. en le priant de transmettre leur lettre
''' Cf. comme type la lettre du Co- au (Comité,
mité à Boucholti! en date du 17 août ''' Cf. la lettre de Bouchotte au Co-
1 793 , il la page 7. — Il faut observer mité, du 1 9 août 1 798 , à la page ai.
> AVERTISSEMENT. v
les minutes de sa correspondance et annotait do son écriture droite, fine et serrée, le volumineux courrier qui chaque matin emcombrait sa table (''. C'est à lui aussi qu'incombait la nomination des généraux, et les nombreuses suspensions prononcées alors par les représentants ou par le ministre rendaient cette tâche aussi ardue que délicate (^).
En somme, Carnot trouva dans Bouchotte un collaborateur un peu lent, mais exact et fidèle, pour la réorganisation do l'armée et la défense nationale.
Los généraux en chef correspondaient directement avec lo Comité. Les armées de la République étaient, dans la période d'août à octobre 1793, au nombre de dix, à savoir : 1° l'armée des Alpes et d'Italie, commandée successivement par Kellermann et Doppet; 2° l'armée des Ardennes, commandée par Ferrand sous les ordres de Jourdan; 3° l'armée des Côtes de Brest, commandée par Caudaux et Rossignol; ti° l'armée des Côtes de la Rochelle, devenue bientôt armée de l'Ouest, commandée par Rossignol et L'Echelle; 5° l'armée d'Italie, commandée par Brunet, Carteaux et du Merbion; 6° l'armée de la Moselle, commandée par Balthazar Schauenburg, de Launay et Hoche; 7° l'armée du Nord, commandée par Houchard et Jourdan; 8" l'armée des Pyrénées occidentales, commandée par de Prez de Crassier et Léonard Mulier; 9° l'armée des Pyrénées orientales, commandée par Puget-Barbantane, Dagobert, d'Aoust et Turreau; 1 0" l'armée du Rhin , commandée par Alexandre de Boauharnais, Landremont, Carlenc et Pichegru. Il y avait de plus l'armée révolutionnaire, dont Ronsin, ancien adjoint de Bouchotte, éf*iit général en chef.
''' Carnot était presbyte, et Bon- ''' Cf. le remarquable tableau que
cholle était myope. I/inspection de M. Arthur Cluiquel a fait de Houcliolte
leur écriture révèle les différences de et de son administrutiofi dans Ilond-
leur œil et de leur nature. whoole, chap. 1.
VI CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT
Des chefs d'état-inajor, coinnie Giacomoni (armée des Pyrénées orientales), Laroche (armée des Pyrénées occidentales), Demont (armée du Rhin), des généraux de division et de brigade en activité ou suspeiulus, des commandants de place, des adjudants généraux envoyaient aussi des lettres particulières au Comité.
Cet ensemble, qui s'accroissait encore d'une partie de la correspondance des représentants près les armées, constituant la correspondance militaire du Comité et le lot particulier de Carnot, on trouve donc dans le présent recueil :
1° La correspondance du Comité de salut public avec le ministre de la guerre, les généraux et le personnel militaire, et les réponses de ceux-ci (''.
2" La correspondance particulière de Carnot avec les généraux et avec ses collègues.
3° Les lettres du Comité aux représentants près les armées, dont les minutes ont été écrites ou corrigées par Carnot.
La correspondance des représentants avec le Comité ayant été publiée par M. Aulard , je me suis borné à signaler les pièces nécessaires à l'annotation. Touteiois j'ai reproduit intégralement quelques dépêches intéressantes pour l'histoire militaire, qui n'avaient été qu'analysées dans le Recueil des actes du Coviité de salut public (^'.
''' Je n'ai pu Iroiiver, ni aux archives (lu Ministère do ia gnei'i'P, ni aux Archives nationales, de registre contenant le texte ou au moins le resutué des lettres adressc'cs par io Comité de salut public an ministre de la guerre rt aux généraux. C'est ih une lacune fâcheuse , (pii se trouve combh'o partiellement par les lettres du ministre et des généraux au Comité.
''' On trouvera de cette façon jour par jour le travail do Carnot et du Comité pour la j)artie militaire. J'ai coutiiuié à donner des notices sommaires sur les généraux, h mesure qu'ils apparaissaient dans la correspondance.
Les dates des états de service ont été contrôlées sur les documents conservés dans les archives administratives du Ministère de la guerre.
> AVERTISSEMENT. vu
J'ai publié m extenso tous les documonts importants et j'ai seulement analysé les autres. J'ai aussi donné, à titre de pièces justificalives, mais à leur ordre chronologique, quelques lettres adressées au ministre de la guerre et communiquées par lui au Comité. Telles les lettres de Jourdan écrites avant, pendant et après la bataille de Wattignies, et destinées autant au Comité qu'au ministre.
Enfin j'ai jugé opportun de réunir tous les documents se rapportant à la bataille de Wattignies, qui est un des épisodes les plus glorieux de notre histoire militaire et de la vie de
Les sources de mon travail ont été surtout, comme pour les deux volumes précédents, les archives historiques et administratives du Ministère de la guerre et les Archives nationales (^), Le recueil de correspondance, où Carnot a fait copier toutes les lettres et tous les arrêtés qu'il considérait comme son œuvre personnelle, m'a été des plus précieux. Gr;\ce à ce répertoire, qui a été mis gracieusement à ma disposition par M""" veuve Hippolyte Carnot, je suis assuré de ne pas omettre de document capital. J'ai d'ailleurs retrouvé dans les archives publiques la plupart des originaux des lettres dont ledit recueil nous fournit les copies, et j'ai pu ainsi vérifier l'exactitude du texte.
''' J'ai piiblit^, en Pièces juslljiciuires , le rapport de Carnot sur la manufacture extraordinaire d'armes établie à Paris , bien qu'il fût du 1 3 brumaire an II (3 novembre lygS), parce qu'il explique et complète les lettres de Carnot relatives à la fabrication des armes.
''' Toute la correspondance militaire adressée au Comité de salut pu-
blic était immérotée, puis inscrite avec une courte analyse sur un registre, actuellcnlenl conservé aux archives historiques (lu Ministère de la guerre. — Les dossiers de la série AF n des Archives nationales, qui concernent les représentants en mission, l'administration de la guerre et le personnel des armées , m'ont fourni un grand nombre de documents.
Tm
Enfin j'ai usé des Mémoires autographes et inédits de Jourdan , conservés au Ministère de la guerre '').
Etienne Charavay.
c Je ne saurais trop renouveler ma gratitude h M""' Hippolyte Carnot et à M. le capitaine Sadi Caraot qui m'ont ouvert leurs archives de famille avec tant de libéralité; à M. le commandant Margueron, chef du bureau des Archives historiques du Ministère de la gnerre, et à MM. Brun etMartinien; à M. Léon Hennet, sous-chef du bureau des Archives administratives du Ministère de la gnerre; h M. Gustave Servois, directeur des Archives nationales,
et à ses collaborateurs MM. Emile Compardon, Rocquain et A. Tueley; à mes amis MM. A. Aulard et Arthur Chuquet; et enfin à M. Albert Sorel, que je suis heureux d'avoir pour commissaire responsable. Je tiens aussi à exprimer mes remerciements h M. le Directeur de rim|)rimerie nationale , et à M. Iléon, chef du service des travaux typographiques, et à ses collaborateurs, qui m'ont facilité ma lâche avec la plus parfaite obligeance.