‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 133 sur 191 · III. nQ · texte numérisé non relu

III. nQ

tvpniutnil li4no5il.E.

338 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [18 oct. 1798.]

lâche , loin d'exécuter l'ordre qu'il avait reçu , ordonna la retraite , nous lit perdre bien du inonde et faillit nous faire perdre la bataille.

Le second est le commandant du 25' re'g'iment de cavalerie''', qui aussi a refusé d'obéii' aux ordres du général Fromentin, qui lui avait commandé de charger l'ennemi avec son régiment. Au lieu d'obéir il fit demi-tour à droite et foutit le camp , ce qui dérangea beaucoup nos affaires et nous fit perdi-e plusieurs braves républicains.

Le troisième est le commandant temporaire de celte ville , plein de respect pour Cobourg et ses agents. La preuve en existe : les égards qu'il eut pour le prince de [Anhalt-Kôthen], lieutenant-colonel du régiment de Cobourg, qu'il fil transporter avec beaucoup de soins dans une maison bourgeoise , poiu- le faire panser, tandis que nos frères sont couchés dans une église , conmie dans une grange. Je les ai visités tous ce matin; ils se sont plaints de ce défaut. Comment se peut-il qu'on ait plus d'égards jiour certains de nos ennemis que pour nous.

Le quatrième est un Irlandais , nommé Mandeville , que j'ai entendu nommer ce matin M. le marquis. Comme je n'aime pas les marquis , je vous l'envoie.

Nous avons eu dans nos deux journées de combat près de seize cents blessés et huit cents tués. L'ennemi a pei'du, sans compter ses blessés, six mille honunes au moins. On est encore occupé en ce moment à les faire enterrer. Ils nous ont aussi laissé deiLX voitures de fusils au moins , qu'on a ramassés soi- le chanqi de bataille.

Salut et fraternité.

Dlquesxov.

(Cojjic, Aixh. (le la jfuerre. armée du Nord.)

MAUBEUGE, l8 OCTOBRE 1798.

LE REPRÉSENTANT BAR AU COMITÉ DE SALl'T PUBLIC.

Maubeui;e, 18 octobre 17>|3, l'an 11 de la Piépubliquc une et iiidii bible.

LE REPRÉSEflTÀNT DV PEVPLE EUVOïÈ PRES L'ARUEE DV XOHD À SES COLLÈGUES DV COMITE DE SALUT PUBLIC ET DE LÀ CONrBNTlOS NATIONALE.

Citoyens mes collègues,

La dépêche que nous avons fait parvenir, mes collègues Carnot, Duqucsnoy et moi, à la Convention nationale, hier par un courrier extraordinaire, vous a déjà instruit de la levée du blocus de Maubeuge, ainsi que des moyens qu'avait enq)loyés l'ennemi pour l'opérer. S'il n'avait eu que la force pour forcer celte j)lace, c'eût été une folle tentative de sa part, quelque f.iible que fût la division de Maubeuge, réduite à l'effectif de i.5,ooo honunes, vis-ii-vis l'année ennemie

''' Il s'agit prohabieuienl de Jeaa-Louis Fenaiid. CI. p. 3ii.

[i8 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 339

qui était au moins de 45, 000 hommes. Sa position dans un camp fortement retranché sous le canon de la place lui donnait de grands moyens de résistance, presque impossibles à simnonteivMais, quelque vigilance que nous ayons apportée , mes collègues Drouet , Isoré et moi , à faire approvisionner le camp et ia place que nous avions trouvée totalement dénuée de subsistance en grains et farines , le temps ne nous avait pas permis de faii'e arriver la quantité nécessaire à la consommation , pour le temps que devait entraîner ia défense dont la place et le camp étaient susceptibles. Quant aux viandes , la difficulté de réunir en un point les fourrages nécessaires potu" alimenter les bestiaux les avait fait laisser en arrière pour partir, et le blocus en rendait l'introduction impossible. A l'époque du 1 5 de ce mois , la quantité de farines et grains ne pouvait foui-nir que pour vingt-trois jours de consommation, et, d'après l'étal que je me suis fait fournir des bestiaux existants, il ne pouvait, à moins d'une très grande réduction, être distribué que pour cincj jours de viande. Néanmoins l'ennemi nous supposait dans une position encore plus critique. Un commissaire des guerres, nommé Petit, employé à Maubeuge, et qui avait assisté à un conseil de guerre tenu dans les premiei-s jours de notre arrivée, et dans lequel les besoins de la place et du camp, ainsi que les moyens d'y pounoir, avaient été discutés, s'était émigré le lendemain. On assure cpie cet homme résidait à Paris et y a des propriétés considérables.

Les diverees administrations avaient mis beaucoup de négligence à pom-voir les différentes parties des choses nécessaires; les voitures étaient dans le délabrement; aucun magasin n'était établi pom- la nourriture des employés; aucuns fonds n'étaient envoyés pour les solder. La caisse du payem- de la (Uvision était ellemême à peu près vide, et le service allait totalement manquer dans cette partie, si, au moment du blocus, il ne se fût trouvé dans la caisse numicipale 80,000 livres, avancées par le gouvernement pour approvisionnement qui n'avait pu être effectué et que la municipalité remit au payeur, ii charge d'en ('>tre rembom-sé après le blocus.

Quelque zèle qu'aient mis les officiers de santé des liApitaux militaii'es à sollicita* les choses nécessjiires aux soins à donner aux malades et aux blessés, ils n'avaient pu obtenir aucun approvisionnement de linge nécessaire pour les pansements. Il fallut y jwunoir par la voie de réquisition et renq)loi des effets de celte nalure trouvés chez les émigrés et les déportés.

L'éloignement du tribuual militaire placé près du quartier général de l'armée du Nord , l'impuissance oîi était un seul officier de police envoyé par le ministre d'instruire toutes les procédures contre les déhnquanls , assuraient l'impunité des délits. L'indiscipline , l'insubordination , la désertion , l'incivisme même se multipliaient et restaient impunis. Le blocus nous parut rendre plus nécessaù'e encore l'établissement d'un tribunal criminel militaire. Nous primes à cet égard un arrété avec mon collègue Drouel.

Il était arrivé, quel(|ues jours avant le blocus, envù'on 9,000 hommes levés en masse des districts de Péronne et d'Avesnes. Ils s'étaient formés en bataillons, mais les généraux, convaincus que leur inexpérience et celle de leurs chefs les rendraient j)eu utiles au service purement militaire, crurent qu'il serait plus avantageux de les placer, provisoirement et pour le temps du blocus seulement , en

CORRESPOiNDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT.

qualité de pionniers ])rès les différents bataillons de la division, pour travailler, sous la direction d'officiers instruits, aux travaiLx indispensables pour perfectionner les fortifications de la place et du camp. Je vous transmets l'an'èlé que j'ai cru indispensable fie prendi-e à cet égard ])our le bien du service.

Malg-ré toutes les diligences faites pour faire arriver à Maubeuge les effets d'habillement et d'équipement nécessaires à la division , rien n'étant parvenu à i'épo(iuc de l'investissement, un grand nombre de défenseurs de la République étant mis et déchaussés, il me parut indis|)ensable de pourvoi]' à leurs besoins en mettant en réquisition foi'cée les marchandises et effets qui se trouvaient en la possession des citoyens de Maubeuge. J'ai pris encore un arrêté relatif à cette mesure ; elle s'exécute encore actuellement et je pense qu'elle ne devra cesser qu'avec les besoins de la division ou lorsqu'il existera d'autres moyens d'y satisfaire.

Il nous a été fait une dénonciation contre le général Gudin , général de brigade , commandant la place. On l'accusait d'avoir voulu faire marcher le bataillon qu'il commandait contre Paris. Nous crûmes indispensable de le faire mettre en état d'arrestation, en même temps que nous fîmes apposer les scellés sur ses papiers. L'inventaire en a été ftiit, mais le juge de paix que j'ai requis d'en faire faire des copies ne me les a point encore remises. Je vous les ferai passer incessamment avec les pièces que le généi-al Gudin m'a fait remettre pour sa justification. Je vous transmets également copie de tous les autres arrêtés que mes collègues et moi a-ons cru nécessaire de prendre pour le bien du service de la division de Maubeuge et le remplacement du général Gudin, par la jiromotion provisoire au grade de général de brigade du citoyen Vezu ''', dont le patriotisme , le courage et l'expérience militaii'e nous ont été attestés par tous les braves citoyens de la ville et de l'armée. Je vous demande de soumettre tous ces arrêtés à la Convention nationale et de l'engager à prononcer sur leiu- exécution. Si elle juge devoir continuer les représentants du peuple près la division de Maubeuge et me continuer

''' Claude Vezu, né à Virieu-le-Grand (Ain) le 19 décembre 17/19, entré au régiment d'Aunis le a8 mai 1768, sergent le 28 mars 1778, fourrier des grenadiers le 98 juin 1776, congédié le 9 septembre 1780, entré dans le corps de la marine le 18 mai 1781, sergent le i5 juin 1781, sert sur mer de 1781 à 1784 , fourrier des grenadiers le 1" septembre 1786, maître canonnier le 1 1 décembre 1 787, congédié le 9 octobre 1790, sous-lieutenant au 3° bataillon de Paris le 18 juillet 1791, lieutenant quartier-maitre le 37 octobre 1791, cbef de bataillon le 90 février 1793, général de brigade à l'armée du NOrd le 2 1 septembre 1793, général de division provisoire le 96 brumaire an n (16 novembre 1798), par arrêté des représentants lienlz et Bar, confirmé et chargé de la division

des Cotes de Cherbourg le là pluviôse an n { 2 février 1794), suspendu le 1 G' thermidor an II (3 août 179Û), autorisé à prendre sa retraite le 7 frimaire an ni (97 novembre 1794), remis en activité le i5 frimaire'an iv (6 décembre 1795), réformé le 1" vendémiaire an t (aa septembre 1796), retraité le 98 décembre 1809, chevalier de Saint-Louis le 37 novembre 181 4, retiré à Soissons, oîi il vivait encore en 1827. Le général Vezu, dans son ardeur révolulionnaire, avait, le 4 frimaire an n («4 novembre l'gS), changé son prénom de Claude eu celui de Jean- Barl , et il signait J. Bart Vezu. Il avait eu le cou traversé par une balle sous Maubeuge en 1793. (Cf. Foucart et Finot, La défeme nationale dans le Nord, de 1 793 o 180a, II, agO et 297.)

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ma mission , je vous engage de m' adjoindre un collègue , mes forces physiques et morales ne me permettant pas de supporter et de suffire seul aux travaux qu'exige la mission.

Par notre clëpèche du joui- d'hier, la Convention a été instruite de la juanière horrible dont l'ennemi fait la guerre sur notre territoii-e; elle l'instruit de la disposition provisoire qui a été prise |)our mettre h la disposition du district d'Avesnes une somme de 3oo,ooo livres, pour venir au secoiu's de nos fi-ères incendiés et pillés; mais cetle mesure serait insuffisante et je vous engage de prendre de plus amples mesures. Il est encore un autre objet qui réclame la justice nationale : l'indemnité due aux citoyens dont les habitations voisines des places de guerre ont été déiniiles pour en assurer la défense. 11 en existe autour de Maubeuge; ceux qui les occupaient sont actuellement sans asile, obligés de se retirer soit dans la ville, soit dans les habitations voisines; il me paraît urgent de pourvoir à leurs besoins, et je crois qu'une somme de 3o,ooo livres devrait être accordée pour cet objet.

Salut et fraternité.

Bar.

(Orif;. , Arch. (le In guerre, armée du Nord.)

SOLRE-LE-CHÂTEAU, l8 OCTOBBE lygS.

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