‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 149 sur 191 · CARNOT AU GÉNÉRAL JOURDAN · texte numérisé non relu

CARNOT AU GÉNÉRAL JOURDAN

Paris, \o 1" jour du a' mois de l'an 11 do la République une et indivisible.

UmOT, REPRÉSENTAIT DU PEUPLE , AV CITOYEN JOURDAN , GENERAL EN CUET DE L'ARMEE DV NORD.

Le Comité de salut public, citoyen général, vous adresse par un courrier extraordinaire l'arrêté qu'il vient de prendre sur la manière dont il veut que s'achève la campagne dans le Nord '''. Plein de confiance dans vos talents et votre droiture, il a cru pouvoir hasarder sur cette frontière des opérations délicates et dont il n'eût osé confier l'exé-

!" Cf. ta pièce précédente.

[aa ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 375

cution h tout autre qu'à celui qui venait de répondre à ses espérances d'une manière si {jlorieuse pour la République et pour lui-même. Le Comité veut, à quelque priv que ce soit, que les ennemis soient complètement chassés cette année du territoire français , et l'honneur national nous le commande. On ne désire point que vous pénétriez dans l'intérieur de la Belgitpie : expulser les satellites des despotes par la voie la plus courte et la plus sûre est tout ce qu'il demande , et il est persuadé qu'une opération si importante ne peut être confiée à des mains plus habiles cf plus pures.

Salut et fraternité.

Carnot.

Prenez garde que l'ennemi, par de fausses attaques, ne cherche à vous attirer trop du côté de Landrecies. En vous éloignant ainsi de Maubeuge, il remplirait son objet, qui est d'empêcher que vous ne l'enveloppiez vers Mons, et il prendrait ses quartiers d'hiver en France, ce qu'il ne faut point souffrir, absolument. Vous pourriez faire mine de faire marcher, en efl'el, la plus grande partie de votre armée vers Landrecies, pour y attirer l'ennemi, puis vous porter tout à coup, par une marche rétrograde et brusque, vers la Basse-Sambre , que vous passeriez lestement , et vous attaqueriez alors avec un grand avantage , par le flanc gauche, le camp de Bettignies. Vous avez besoin pour cela et pour toutes vos opérations du plus grand secret. Donnez-nous très fréquemment de vos nouvelles ; il me semble qu'il faudrait vous assurer votre communication avec Givet et Phiiippevillc par Beaumont'".

(Orig. ant. , Areh. de la guerre, armée du Nord.)

'" On lit à ce »ujpl dans les Mémoiret inédits de Jourdan les considérations suivantes :

«nans ces entrefaites, le général en chef reçut un arrêté en date du a 9 octobre, cpii déterminait de quelle manière le Comité de salut public voulait que la campagnes'achevàt dans le Nord. L'armée, divisi'e en deux corps, devait passer la Sanibre d'un côté et marcher sur Tournai de l'autre, afin de

cerner l'ennemi , l'envelopper et l'enferme dans la partie du territoire qu'il avait envahie.'Il était prescrit au général en chef de s'emparer des magasins de l'ennemi et en mémo temps de ne s'engager qu'avec prudence en terre étrangère , et de côtoyer les frontières le plus près que faire se pourrait; de couper la retraite à l'ennemi, sans cesser de maintenir ses communications avec las places fortes;de tenir ses forces en masse.

376 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [92 oct. 1798.]

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE

Analyse. — Deux lettres : 1° Envoi d'un arrêté des représentants Ruelle, Giilet et Philippeaux, concernant les 12° et i3° bataillons de Seine-et-Oise qui refusent de servir plus longtemps'''. (Minute, Arch. nat. , hf II 268.) — 2° Envoi de la copie d'une lettre du représentant Laurent, où celui-ci expose les besoins des villes de Cambrai et de Bouchain^'^l. (Minute, Arch. nat., AF 11 288.)

PARIS, 2 9 OCTOBRE 1798. LE MINISTRE DE LA GUERRE BOCCHOTTE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Analyse. — H lui fait passer l'extrait d'une lettre du générai Rossignol relative aux troubles du Morbihan '''.

(Analyse, Arch. de la guerre, re(j. du Comité de salut public.)

et cependant de donner de la jalousie à l'ennemi sur plusieurs points pour l'engager à diviser les siennes. 11 lui était surtout recommandé de persuader à l'ennemi qu'il avait des forces immenses.

«Cet arrêté, oii sont réunies tant de dispositions incohérentes , excitera maintenant le sourire des militaires qui le liront; mais à l'époque dont nous parlons le général, à qui il était adressé, y voyait son arrêt de mort. Comment se justilierait-il , en cas de malheur, devant le tribunal révolutionnaire trouvant dans cette pièce ridicule un motif de condamnation, n'importe la manière dont les opérations avaient été dirigées? La lettre du ministre qui l'accompagnait est un monument de l'esprit de vertige de ce temps-là. Parmi les idées exagérées qu'on remarque dans celle de Carnot, on y aperçoit quelques vues militaires, et il a la boime foi de convenir que l'entreprise est délicate.»

''' La lettre des représentants est datée de Nantes, 3o septembre 1798.

(^) Cf. le texte de cette lettre, reçue par le Comité le 97 vendémiaire an 11 ( 18 octobre 1793), aux Arch. nat., AF 11 388.

''' La lettre du général Rossignol à Boucliotte, écrite de Brest le 16 octobre 1798, porte qu'il suffira de trois mille hommes pour rétablir la paix dans le département du Morbihan. » Je vous préviens aussi qu'une ])artie de ces rassemblements est occasionnée par la présence de plusieurs brigands qui sont venus mettre bas les armes devant l'armée de l'Ouest -ci-devanl mayençaise. Les représentants du peuple près de cette armée les renvoient dans l'intérieur. Ces mêmes brigands se répandent dans différents départements et y prêchent la guerre civile, tandis qu'il aurait été très prudent , selon moi , de les resserrer jusques à la fin de la guerre.» (Orig. , Arch. de la guerre , armée des Côtes de Brest. )

[22 ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

BAYONNE, 9 9 OCTOBRE lygS.

CABRAU, REPRÉSENTANT PRÈS L'ARMEE DES PYRE'nÉES OCCIDENTALES''',

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Bayoniie, ie 1" jour de ia 1" décade du a' mois de la 2" année de la République une et indivisible.

LE RgPKÉSg^TANT DU PEUPLE PHÈS L'ARMEE DES PYRÉhÊES OCCIDENTALES

ÀD COMITE DE SALVT PUBLIC

Les citoyens Pinet '*' et Moneslior '*', mes coiièffues , ont pendant mon absence destitué et même fcit mettre en état d'arrestation quelques officiers généraux et supérieurs, qui n'avaient pas la confiance du soldat et dont la conduite était presque suspecte. De ce nombre sont les généraux Deprez-Crassier et WiJlot. Ils ont été remplacés par des bons militaires, vrais sans-culottes, aussi prononcés pour la Révolution que les plus ardents montagnards. L'état ci-joint, n° 1", vous donnera un aperçu de ces remplacements, en attendant que mes collègues vous fessent parvenir leur arrêté.

Celte régénération saiuUure n'est pas la seule qu'ils aient opérée. Après avoir purgé létal-major de l'anuéc , il leur restait à purifier Rayonne et le Saint-Esprit , places que j'avais déjà eu la précaution de mettre en état de siège. La sansculotlerie y domine aujourd'hui exclusivement : comité de surveillance municipale révolutionnaire, société épurée, tout va grand train; les gens suspects sont mis en élat d'arrestation , les égoïstes payent de leur bourse leur apathie et les fripons marchent à grands pas vers la guillotine. D'un autre côté les dons patrioti«pies et les visites domiciliaires produisent chaque jour des monceaux d'or et d'argent en numéraire ou en matières. Déjà j'ai fait verser, soit dans les mains du directeur de la monnaie, soit dans celles du payeur général , plus de 600,000 livres.

1') tiarrau avait clé envoyé, le 3o avril 179.3, en mission à l'annce des Pyrénées occidentales, avec ses collègues Feraud, Ysaheau et Chaudron-Roussau. (Cf. Aulard, III. 54o.)

'' Celle lettre, toule militaire, n'a été qu'analysée par M. Aulard {VII, 577).

'^' Jacques Pinel, né à Saint -.Ncians (Dordognc) en 1754, député de la Dordogne à l'Assemblée législative et à la Convention, proscrit en 1 8 1 6 , mort à Bergerac le 8 novembre i8i4. Il avait été chargé, le 3 aoùl 1793. de la levée en ma-sse dans les départements de la Dordogne et de la Gironde. (Cf. Aulard, VI, 74.) Un décret du i3 octobre l'avait ensuite

envoyé à l'armée de l'Ouest (Aulard , VII , 395), mais Pinel et ses collègues protestèrent contre celte nouvelle destination par des lettres dos 90 et ai octobre 1793. (Cf. Aulard, VII, 593 et 555.)

'*' Benoit-Jean-Haptiste Moncstier, né à Clemiont-Ferrand le 3i octobre 17/15, chanoine, premier vicaire de l'évéque constitutionnel de Clermont, député du Puy-de-Dômeà la Convention, mort à La Saigne, commune d'Authezat-la-Sauvetat (Puy-dc-Dème), le 39 novembre 1890.

Monestier avait été envoyé à l'armée des Pyrénées Orientales le 90 juin 1798 avec Lefiol (cf. Aulard, V, 97) et avait rejoint .son collègue Pinet.

378 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [s

Mais pourquoi faut-il qu'au milieu de toutes ces belles choses les sans-culottes voient naître de nouvelles entraves? Le Conseil exécutif, mal instruit sans doute, vient de nommer trois généraux de division et deux généraux de brigade, qui sont bien loin de réunir l'estime et la confiance des bons citoyens. La plupart de ces nouveaux-nés sont des êtres nids ou équivoques; leur promotion a étonné, scandalisé tout le monde; aussi la société montagnarde de cette ville s'est elle empressée de venir me les dénoncer et de me demander un sursis à la remise de leurs lettres de service. J'ai cru qu'il était de mon devoir d'accorder le sursis jusques à ce que vous ayiez prononcé sur les chefs de suspicion articulés contre eux. Je vous ferai passer sous peu les pièces relatives à cette affaire. En attendant, je vous envoie une simple note sous le n° 9.

L'arrêté que vous m'avez envoyé par un courrier extraordinaire m'est parvenu hier. Je vois avec plaisir que vous savez prendre de grandes mesures quand l'intérêt de l'État l'exige. Allons, courage! Encore quelques coups de maître comme celui-là , et le vaisseau sera bientôt au port. Il me tarde que la campagne soit finie dans cette partie-ci , pour aller rejoindre la Convention nationale et voi's embrasser. En attendant , je remplirai exactement vos vues en vous donnant les détails que vous demandez par votre arrêté. Je commence dès ce moment.

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