‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 170 sur 191 · L. Hoche · texte numérisé non relu

L. Hoche

(Orig. , Arcb. du la guerre, armée de la Moselle.)

BBNNES, 10 BRUMAIRE AN II (3 1 OCTOBHE lygS). LE GÉNÉRAL VERGNES

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Analyse. — Il se plaint de ce qu'on suspecte ses intentions et cite à ce propos une lettre qu'il a reçue du représentant Garnier. » Je m'honore d'être encore l'ami de Pache, et je ne chercherai pas d'autre justification." Sa santé le force à demander au (jénéral Rossignol de le remplacer dans ses fonctions de chef d'élatniajor de l'armée des Côtes de Brest et de lui donner un commandement borné où il puisse être encore utile à sa patrie.

(Or g. eut., Arcli. de la guerre, armée des C()los de Brest.)

125. PARIS, BBUMAIRE AN II (fIN OCTOBRE tj^'i). LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU COMITE DE SURVEILLANCE DE LA VILLE D'AIRE.

Paris, Ijruinairo an ii de la nopul)li<|UC française.

LUS HEPRÉSB^TA^TS DV PSVPLE , «BUKRES DU COMITÉ DE SALVT PVBLIC , AV COMITÉ DE SCHVEILLAyCE DE LA VILLE D'AIRB.

Nous avons reçu, citoyens, la lettre de nos collègues Lcvasseur et Bentabole '". Ils nous informent que le sieur Achille du Chas-

ic i6 mai i8i 3, commandant du déparle- mon avait eu la jambe gauche fracassée

ment de la Côtc-d'Or le iC août i8ii, par un bisraïen à l'armée de Sambre-et-

chevalier de Saint-Louis le i5 avril i8i5, Meuse le g8 prairial an u (i6 juin 179'!)

retraité le i5 août suivant, liculenanl (jé- ''' Par une lettre, datée de Lille, le

nérai honoraire le 6 février 1818, mort à eia septembre 1793, les représentants Le-

Dijon le 37 novembre 1827. Outre la vassiîur et Bontal)olc informaient le Comité

blessure reçue eu Vendée, le général Si- de salut pubUc que le général .Achille du

im-niurnic iitioialc.

450 GORRESPOINDANGE GÉNÉRALE DE GARNOT. [3i oct. 1798.]

tellet''', mis en état d'arrestation, demande à conserver ses chevaux'"^'. La ioi, qui met en réquisition tous ies chevaux de luxe, n'admet d'exception en faveur de personne.

Les Membabs du Comité de Salut public chargés de la correspondance.

( Minute, Arch. nat., AF it a38.)

126. PARIS, BRUMAIRE AN II (fIN OCTOBRE lygS). LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE.

Analyse. — Trois lettres : 1° Envoi d'un extrait d'une lettre des représentants Trullard et Berlier'^' demandant des fusils pour sept ou huit bataillons qui sont à Bergues, Gravelines etDunkerque. (Minute, Arch. nat., AF 11 288.) — 2° Envoi d'une copie d'une lettre du représentant Faure contenant un état du dépôt du 9* chasseurs à cheval. (Minute, Arch. nat., AF 11 36, dossier n° 296.) — 3° Envoi d'un extrait d'une lettre des représentants dans la Seine-Inférieure relative

Chastellet avait été mis en arrestation par le Comité de salut public de la ville d'Aire et qu'il avait demandé à conserver ses chevaux. (Orig., Arch. nat., AFii 3Û8.)

(■' Achille-François, marquis du Chastciiet, né au château de la Bastie (Loire) en 1760, a' sous-lieutenant surnuméraire au régiment du Roi-Infanterie le 9 février 1777, capitaine le 6 novembre 1779, aide de camp de Bouille pendant la guerre d'Amérique, mestre de camp en second du régiment des chasseurs des Vosges le ai août 1781, colonel du 10' chasseurs à cheval le aS juillet 1791, maréchal de camp le ig mars 179a, employé à l'armée du Nord le ai mai 179a, blessé devant Gourtrai d'un boulet de canon qui lui enleva le mollet gauche le ai juin 179a, lieutenant général le 7 septembre 179a, candidat au ministère de la guerre le 4 février 1798, employé à l'armée des Ardennes le 3i mai 1798, démissionnaire

le 3 septembre 1798, arrêté à Aire le i4 du même mois , mort par suicide à la prison de la Force en avril 1794.

(*' Dès le 3 septembre 1 798 , le général du Chastellet avait donné sa démission en ces termes : tr Je me démets entre les mains du ministre de la guerre de la place de général de division des armées de la République française. Achillis Dlchastellet.

A Aire, le 8 septembre 1798, l'an 11 de la Répulilique une et indivisible.» (Orig., Arch. adm. de la guerre, dossier Chastellet.) Boucholte avait écrit en marge :

!t Ecrire au citoyen Duchastcllet que le Conseil exécutif accepte sa démission, que j'ai soumis sa demande de conserver ses chevaux à la Convention nationale , qui l'a envoyée au Comité de salut public, n

''> La lettre des représentants Trullard et Berlier au Comité de 9.ilut public est datée de Uunkerquc, le a 9 septembre

[3i ocT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 451

à l'absence du général Lebley'", destiné à remplacer le général Beau- Ueu '■^'. (Minute, Arch. nat. , id.)

'" Claude-Marie Leble). ne à Strasbourj; le 6 avril 1756, fils d'un caporal instrucleur, entré au 6' régiment d'artillerie à pied le 38 janvier 1771, sergent le a 1 mai 1777, sergent-major le i"novembre 1784, lieutenant en premier le 98 mai 1792, adjudant-major le i5 juillet 1793, chevalier de Saint-Louis le a 9 juillet 179a, capitaine le 1" novembre 1799, lieutenantcolonel et commandant amovible du fort de la Hûugue le aô avril 1798, général de brigade à l'armée des Côtes de Cherbourg le 6 octobre «798, commandant la subdivision de la Manche le 10 juillet 1795, employé au blocus de Mantoue le 17 septembre 1796 et commandant la citadelle de cette ville le 3 mars 1797, réformé le 18 mars 1797, commandant d'armes à Dunkerque le 39 novembre 1798, passé à Perpignan le a8 janvier i8o3, chevalier de la Légion d'honneur le II décembre i8o3 et olFicier le 1 4 juin 180^, retraité le U novembre i8i3, mort

à Cerqueuï (Loir-et-Cher) le 9 décembre 1833. Le général Lebley avait fait la campagne d'Amérique de 1780 à 1788 et avait été blessé d'un coup de feu à la fesse droite à la bataille de Rivoli le 1 4 janvier

'*' Cf. Victor Advielle, Biographie de Merle Beaulieu , gétiéral de brigade , Paris , 1 895 , in-8°. Je rectifie et complète d'après ce travail la notice biographique consacrée à ce général dans le t. II, p. Aai. Pierre- Nicolas Merle était né à la Rochelle le 9 5 mai 1788, de Pierre Merle, seigneur de Beaulieu, capitaine d'infanterie. Il devint chevalier de Saint -Louis le 5 août 1781. Il fut nommé, le 1" vendémiaire an XMi (33 septembre i8o4), chef du 9" bataillon de la 4° brigade des vétérans et commandant provisoire de la garde du Sénat. On le retraita en 1806. Merle de Beaulieu mourut à Paris le 5 avril 1896. M. Advielle a publié ses actes de baptême et de décès.

Paris, i3 brumaire an ii (3 novembre 1793).

Rapport sur la manufacture extraordinaire d'armes étarlie à Paris, FAIT À LA Convention nationale, au nom du Comité de salut

PLRLIC, PAR L, CaRNOT, l'un DE SES MEMBRES '''.

Parmi les prodiges qu'a fait éclore notre Révolution, l'c^rection presque subite d'une manufacture qui doit produire mille fusils par jour, et à laquelle, dans peu, rien ne sera comparable en Europe, n'est pas un des moindres. Le Comité de salut public doit vous rendre compte des mesures qu'il a prises pour l'exécution de la loi du 2 3 août'^', par laquelle il est immédiatement chargé de cette vaste entreprise. Je vais le faire en son nom d'une manière succincte, en rejetant dans des notes les détails techniques qui ne pourraient âlre saisis que difficilement à la simple lecture. De nouveaux rapports successifs vous instruiront des progrès de cet établissement dû au génie de la liberté, et dans lequel à son tour la liberté doit trouver un de ses plus fermes appuis.

Lorsque la loi du 3 3 août fut rendue, tout était à créer: ouvriers, matériaux, outils. En vous la proposant, le Comité avait moins consulté ses moyens que son propre désir, que le vœu national, que cet instinct supérieur aux calculs qui apprend aux hommes que rien n'est impossible à qui veut être libre.

C Carnot se préoccupait tout spéciale- documenls contenus k ce sujet dans le pré-

lement de ia question si urgente de la fa- sent volume.

briration des armes. Il rédigeait lui-même '*' Dans la séance du a3 aoiîl 1798, Ba-

la correspondance relative aux manuracturcs rèro avait fait adopter l'établissement à Paris

d'armes établies dans les déparlemenls, et d'une manufacture extraordinaire d'armes

la reproduction de son rapport complète les de tout genre.

Mais cette nullité de ressources et les obstacles physiques qui se sont présentés, tels qu'une sécheresse dont il y a eu peu d'exemples depuis plus d'un siècle, qui a presque totalement suspendu le cours de la navigation et le travail des usines, et dont les effets se sont fait sentir d'une manière plus fâcheuse encore, comme vous le savez, par la difficulté de la mouture et l'arrivage des grains; ces obstacles, dis-je, étaient bien moindres que les difficultés morales que nous avons eues à surmonter.

A peine, en effet, les membres de votre Comité eurent-ils cherché à s'entourer de ce qu'il y a de plus célèbre parmi les savants et les artistes, que la malveillance dirigea contre les uns et les autres les ressorts ordinaires du mensonge et les plus lâches manœuvres. On sentait l'importance de l'entreprise; on craignait l'influence qu'elle devait avoir sur le sort de la République, et l'on voulait qu'elle échouât dès son principe. Heureusement, les hommes dont nous avions recherché les lumières se trouvaient aussi inattaquables du côté de la probité et du civisme que du côté des talents et du zèle; ils servirent la chose publique malgré les dégoûts qu'on voulut leur donner; ils lui consacrèrent leurs veilles, et leur regret a été de ne pouvoir éviter l'éclat inséparable d'un mérite supérieur qu'ils auraient voulu pouvoir dérober, comme leur désintéressement, aux yeux de l'envie et de la persécution '''.

Cependant l'esprit contre-révolutionnaire, déjoué sur ce point, ne fit que donner à ses perfides efforts une nouvelle direction; il essaya d'accaparer chez les négociants et dans les forges mêmes les matières premières dont la manufacture ne pouvait se passer; on chercha à nous enlever le petit nombre d'ouvriers instruits que nous avions rassemblés des divers points de la République, pour en former d'autres et diriger le travail dans les ateliers : on tordit le sens de la loi, pour les faire comprendre dans la réquisition militaire, pour les indisposer par des arrestations sans fondement et des vexations particulières; on tenta de les soulever en exaltant leurs prétentions, en éveillant en eux un sentiment d'avarice subversif de l'esprit républicain. Les décrets

C Un de ces savants était le cbimisie senla une platine fabriquée dans les ateliers

Hassenfratz, qui annonça, le ili octobre des Cbartroux. — Cf., à la page 90, une

1793, au club des Jacobins, la mise en lettre du Comilé désignant douze architectes

activité de la manufacture d'armes, et pré- pour construire les forges et ateliers.

réitérés dont vous avez frappé ces menées et l'activité des mesures prises par le Comité de salut public lui ont enfin assuré la faculté d'opérer le bien et de remplir vos intentions '".

En outre, les entrepreneurs de manufactures particulières ont passé des marchés avec le ministre de la guerre , pour livrer à celles de Paris des lames et des canons tout forgés. Les fabriques nationales ont été requises de donner une nouvelle activité à leurs travaux et d'envoyer ici les pièces d'armes désassorties, pour qu'elles y soient appareillées.

Indépendamment de ces mesures, votre Comité a chargé, par une circulaire, les commissaires aux accaparements des sections de Paris de retenir pour le compte de la République, dans les magasins de leur arrondissement, tous les fers propres à la fabrication des armes. Les propriétaires se rendent à l'administration chargée de ce travail où quatre arbitres, nommés par le département et la municipalité, règlent le prix de chaque objet.

Enfin on a donné les ordres nécessaires pour que les fers inutiles qui se trouvent dans les bâtiments nationaux fussent transportés dans les magasins où l'on fait le triage de ceux qui sont propres à la fabrication; le reste doit être vendu au profit de la République.

Des moyens analogues à ceux qu'on vient d'exposer ont été pris pour les autres subsistances qui doivent alimenter la manufacture. Le besoin en a, pour ainsi dire, tiré du néant plusieurs qui n'existaient pas, en faisant sortir de nouveaux genres d'industrie. La fabrication des aciers, par exemple, dont l'énorme consommation nous tenait dans une dépendance honteuse et ridicule de l'Angleterre et de l'Allemagne, ne laisse plus rien à désirer. Les savants et les artistes, appelés par votre Comité pour le seconder dans l'établissement de la manufacture extraordinaire de fusils, viennent enfin de nous affranchir de cette espèce de tribut. Le Comité les a engagés à publier un petit ouvrage pratique qui mît tous les maîtres de forges à portée de fabriquer des aciers de toutes qualités. Cet ouvrage est terminé; il se répand

Cl Le 4 septembre lygS, Danton avait Le 18 du même mois, Jeanbon Saintfait décréter qne la Convention mettait à la André avait fait adopter que les citoyens disposition du ministre de la guerre cent employés depuis trois mois à la fabrication millions pour des fabrications d'armes et des armes ne pourraient, sous aucun prénotamment pour des fusils. (Cf. Moniteur, texte, être détournés de leurs travaux. (W., XVII, 583.) XVII, 69a.)

partout, et les manufactures d'Araboise, de Rives, de Souppes et de Chantilly suffiront bientôt à tous les besoins de la République.

Les ateliers où se façonnent les matières dont nous venons de parler sont les forges à canons, les foreries, les émouleries, les ateliers d'équipages , ceux d'équipeurs monteurs , les platineries , les champs d'épreuve , à quoi l'on doit ajouter les magasins et les maisons d'administration.

Pour l'établissement de ces ateliers, maisons et magasins, on s'est fait donner par le directoire du département de Paris l'état des bâtiments nationaux disponibles; on a choisi les plus convenables, et on y a pu faire les changements ou réparations nécessaires.

Deux choses sont à considérer dans une manufacture d'armes : le matériel et le personnel. Le matériel comprend les substances qu'on doit mettre en œuvre et les ateliers où ces substances doivent recevoir leurs formes. Le personnel comprend les ouvriers et l'administration. Nous allons faire passer rapidement sous vos yeux ce qui a été fait relativement à chacune de ces deux classes d'objets, en renvoyant, comme je l'ai déjà dit, les détails d'artistes à des notes qui vous seront soumises par la voie de l'impression.

Les matières sont les lames h canon et fers d'échantillon, les aciers, les bois de fusil, les outils et les charbons de terre.

La fabrication devant fournir 36o,ooo fusils par an, et chaque lame de canon pesant 9 livres, la consommation du fer pour cet objet sera de 3, 900,000 livres. La consommation du fer pour les autres parties du fusil est à peu près des deux tiers de la précédente; ainsi la consommation totale annuelle sera d'environ six millions de livres.

Pour assurer un aussi grand approvisionnement, votre Comité a fait faire le dépouillement de toutes les forges et fourneaux compris dans les domaines nationaux et provenant tant des biens du ci-devant clergé que de celui des émigrés.

Parmi ces établissements, on a choisi ceux qui sont placés dans les départements du Cher, de l'Allier <•', de la Nièvre ''^', de la Haute-Saône et quelques-uns de la Côle-d'Or et de la Haute-Marne, parce que les fers qu'Us produisent sont les meilleurs, et parce que leur situation donne plus de facilité pour leur transport à Paris.

Des ordres ont été donnés aux administrations de ces départements

'" Cf. lettre du Comité sur la manufac- ''' Cf. lettre du Comité sur les forges

ture de Moulins à la page i o3. du dcpartcmeut de la Nièvre à la page a 1 9.

PIEGES JUSTIFICATIVES. /i57

et des commissaires y ont élé envoyas pour hâter les envois et recueillir les renseignements.

La fabrication des lames à canon exige des martinets qu'on ne pouvait établir ici en nombre suffisant, sans sacrifier des moulins à farine : le Comité a pensé qu'il était plus à propos de tirer ces lames toutes fabriquées des forges qui se trouvent dans les autres départements.

Quant à la façon à donner à ces lames pour en faire des canons, votre Comité a pris le parti de faire élever à Paris 2 58 forges, dont ilio sont sur l'esplanade des Invalides, 54 au jardin du Luxembourg et 64 sur la place de l'Indivisibilité.

Lorsque les ouvriers auront acquis un certain exercice, chaque forge produira quatre canons par jour, ou toutes ensemble i.oSa canons.

Le canon étant forgé, on le met de calibre. Pour cette opération, on fait établir sur la ^pine cinq grands bateaux (dont les dessins sont ici sous vos yeux), montés chacun de seize foreries, par le moyen desquels on peut aléser mille canons par jour.

En même temps, on a formé les ateliers nécessaires pour blanchir les canons, les réduire à leur épaisseur, forger les culasses, forer les lumières, souder les tenons, former les bancs d'épreuve, fabriquer, limer, tremper, ajuster et monter les platines. Tout cela doit être exécuté par un nombre considérable d'excellents ouvriers accoutumés à des travaux délicats, tels que les horlogers et les ouvriers en instruments de mathématique.

Une grande partie des platineurs, tirée de la manufacture de Maubeuge, est déjà installée dans le couvent des ci-devant Chartreux : les boutiques garnissent tous les cloîtres; les cellules sont habitées par les ouvriers, et ce local, consacré jadis au silence, à l'inaction, à l'ennui, aux regrets, en retentissant du bruit des marteaux, olfrira le spectacle de l'activité la plus utile et le tableau d'une population heureuse.

Les pièces de garniture, les baguettes et les baïonnettes n'exigeant pas la même précision, sont fabriquées, comme les culasses, dans des ateliers particuliers, et les ouvriers passent avec l'administration des marchés pour les pièces qu'ils veulent entreprendre.

Enfin, toutes les pièces qui doivent composer un fusil étant fabriquées et éprouvées, on les livre, avec un bois brut, à des ouvriers particuliers qui les montent et mettent le fusil en état de servir.

Toutes ces matières sont classées dans des magasins : celui des fers cl aciers est dans la maison de l'émigré Maupeou.

Celui des outils, dans la maison d'Esclignac; celui du charbon de terre, dans les caves de l'abbaye Saint-Germain.

Quant à ce qui regarde le personnel des ouvriers, on peut le regarder sous le point de vue de -l'instruction, du rassemblement, de la distribution des travaux, de la fixation des prix, du perfectionnement des ouvrages.

Dès le ah août, le Comité de salut public fit choix de huit citoyens parmi les ouvriers de Paris les plus habiles dans le travail du fer; il les envoya à la manufacture de Charleville, pour y prendre connaissance, jusque dans les plus petits détails, de tous les procédés de la fabrication des fusils; il les chargea de faire exécuter ces pièces devant eux et de rapporter des modèles de tous les états par lesquels ces pièces passent pour arriver à leur entière confection. Cette mesure a eu le succès désiré : les huit ouvriers se sont mis au fait de tous les travaux qui doivent s'exécuter et sont aujourd'hui en état de diriger les ateliers de la nouvelle manufacture.

Le Comité a, de plus, appelé à Paris tous les ouvriers qui n'y étaient pas indispensables; il a aussi convoqué les horlogers de Paris connus par leur patriotisme, et ces artistes estimables ont pris un arrêté dont nous vous avons déjà fait part, par lequel ils s'engagent à suspendre leurs travaux et à se consacrer à la fabrication des parties de l'arme auxquelles ils seront jugés le plus propres. Enfin votre Comité a fait une circulaire aux sections de Paris, pour les requérir de faire le recensement des ouvriers en fer et de leurs outils'''. L'administration de la manufacture invite ses ouvriers à se rendre dans ses bureaux; elle passe des marchés avec ceux qui préfèrent travailler chez eux, et fournit, dans des ateliers communs, du travail à ceux qui n'ont pas d'emplacement à eux ou qui n'ont pas d'outils. En général, les diverses parties de la fabrication se font à la pièce; cette méthode a paru la plus avantageuse aux intérêts de la République et la moins sujette aux abus. Pour fixer les prix de ces pièces, le Comité a invité les sections de Paris à nommer chacune dans son sein quatre commissaires, qui ont choisi entre eux vingt-quatre arbitres, lesquels joints à

''* Cf. ie texte de celle circulaire à la page 5oa.

six autres nommés par les ouvriers de Maubeuge, six nommés par le directoire du département de Paris, six par la municipalité''', six par l'administration des fusils et douze par le minisire de la guerre, ont déterminé le prix de chaque pièce.

Votre Comité a voulu que d'abord, dans toutes les parties de la fabrication , l'on suivît exactement les procédés reçus dans les manufactures établies; mais il a pris des mesures pour profiter, dans la suite, des lumières des artistes, écbaufîer leur génie et favoriser les nouveaux procédés qui tendraient, soit à une simplification dans les méthodes, soit à un plus grand degré de perfection. Ainsi , non seulement la nouvelle manufacture fournira mille fusils par jour, mais les armes qui sortiront de ses ateliers seront dans peu les meilleures de l'Europe; l'art sera simplifié, et l'arme qui doit être dans les mains do tous sera d'un service plus sûr et d'un prix plus modéré.

Il nous reste à parler de l'administration; elle est composée de trois sections; l'une est celle des canons; la seconde est celle des petites pièces; et la troisième, sous le nom d'administration centrale, est chargée du rassemblement des matières, de la surveillance générale et de la correspondance. L'administration des canons, composée de cinq membres, reçoit les lames et les canons dans les états successifs par lesquels ils doivent passer; elle paye les matières et les ouvrages dont elle fait recette.

L'administration des petites pièces . composée aussi de cinq membres , reçoit les pièces séparées dos platines, les platines montées, les garnitures, les bois, baguettes et baïonnettes, et distribue tous ces objets aux platineurs-monteurs; elle paye les matières et les ouvrages dont elle fait recette.

L'administration fait les approvisionnements en tout genre, s'occupe du rassemblement, du choix et de la préparation des matières, passe les marchés, reçoit les soumissions, mais ne paye rien et n'a point de caisse; elle est composée de huit membres exercés dans l'art de la fabrication et la comptabilité, nommés par le ministre de la guerre.

Telle est, en abrégé, la série des opérations faite par votre Comité de

I" Sur la demande du Comité de salut Paris avait, le t" septembre, (lf'si;;né

public, en date du 39 août (cf. p. 09), sii commissaires. (Cf. Moniteur, XVII, le conseil (général de la commune de !i53.)

saiut public, pour satisfaire à la loi du a 3 août. Il est impossible que dans l'organisation d'une aussi grande masse de travaux absolument neufs pour la plupart des agents qui devraient y être employés, ces agents aient pu tout prévoir, éviter tous les tâtonnements, mettre du premier coup chaque chose à sa place , qu'il n'y ait enfin ni temps ni efforts perdus; cependant quelques oublis peu importants, quelques erreurs inévitables ont été présentés comme des effets de malveillance; on a attaqué dans de minutieux détails une entreprise colossale et qui ne devait être considérée que dans son ensemble et dans ses résultats; c'est ainsi qu'on s'est efforcé si souvent de faire haïr la Révolution, par la description hypocrite de quelques malheurs partiels, inséparables d'un mouvement qui renverse les trônes, et qui deviendront imperceptibles dans le majestueux tableau qu'en présentera l'histoire.

La manufacture extraordinaire, décrétée parla loi du aS août, a son établissement central à Paris, mais elle étend ses ramifications dans toutes les parties de la République; les matières premières et des pièces ébauchées lui arrivent de tous les départements. Votre Comité n'a donc pu se dispenser d'embrasser un ensemble plus vaste que celui qu'il avait d'abord en vue, celui de toutes les manufactures du même genre existantes dans la République; il a fallu qu'il cherchât à les encourager toutes, à en créer de nouvelles. Le Comité a cru devoir aller plus loin : il a voulu faire pour les bouches à feu, puis pour les armes blanches, la même chose que pour les fusils; la récolte des salpêtres et la fabrication des poudres ont également fixé sa sollicitude; enfin, il a embrassé le système général des machines de guerre et de ce qui en fait la dépendance dans toute l'étendue de la République.

On sent bien que de si grands travaux ne peuvent être encore qu'ébauchés, qu'un ensemble si vaste n'est pour ainsi dire qu'en aperçu; mais l'activité avec laquelle on procède à l'exécution , les talents et le zèle de nos coopérateurs nous promettent les plus heureux résuhats (".

'') Le i3 lirumaire an ii (3 novembre la barre de la Convention des fusils fabri- '798)' jour où Ciirnot lisait son rapport, qués de toutes pièces dans les ateliers panne députalion des ouvriers des manufac- risiens. L'oraleur vantait ce prodige, accomtures extraordinaires d'armes présentait à pli par les manufactures, de fournir mille

Ainsi ia France, jadis tributaire de ses propres ennemis pour les objets de première nécessité relatifs à sa défense, non seulement trouvera dans son sein même des fusils pour armer tous les citoyens républicains qui l'habitent, mais elle sera bientôt en état d'en vendre aux étrangers; elle sera le grand magasin où les peuples qui voudront recouvrer leurs droits viendront se pourvoir des moyens d'exterminer leurs tyrans; et Paris, jadis séjour de la mollesse et de la frivolité, pourra se glorifier du titre immortel d'arsenal des peuples libres'".

Développements sur la fabrication extraordinaire de fusils établie À Paris, imprimés par ordre de la Convention nationale, pour

FAIRE SUITE AU RAPPORT DU GoMITÉ DE SALUT PUBLIC.

Ce travail est divise en deux parties, l'une relative au watériel, l'autre qui a pour objet le personnel.

PHEMIERE PARTIE.

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