‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 179 sur 191 · LE GÉNÉRAL EN CHEF KELLEBMANN AD COMITÉ DE SALCT PUBLIC · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL EN CHEF KELLEBMANN AD COMITÉ DE SALCT PUBLIC

Chambéry, le 6 septembre 1793, l'an 11 de la République française.

LE GENERAL D'ARMEES DES ALPES ET D'ITALIE ÀVZ REPRÉSEUTAflTS DU PEUPLE COUPOSAflT LE COHITE DE SALVT PVBLIC.

Je vous envoie, citoyens représentants, une lettre que je viens de recevoir des citoyens Dubois-Crancé et Gauthier, représentants du peuple, avec copie de celles qui leur ont été adressées par leurs collègues députés dans les départemenls méridionaux. Leur contenu, dont vous devez avoir eu connaissance, prouve trop l'état critique des affaires dans cette partie par l'effet de la trabison de Toulon. Ils me disent qu'il n'y a plus d'autre combinaison à faire que de marcher droit à l'ennemi. Sans doute il le faut et, si les événements de l'intérieur n'eussent pas forcé à déranger mon plan de campagne et ne m'eussent pas lié à un point plus qu'à un autre de ma longue ligne de défense , les Piémontais n'auraient pas envahi une partie du territoire de la République, et les Anglais, j'ose le croire, ne seraient pas maîtres de Toulon.

Oui, il faut marcher à l'ennemi, et voilà pourquoi je suis en face de celui qui, n'ayant plus qu'un mois pour consommer son projet, va sans doute redoubler d'efforts. J'espère les rendre nuls et le culbuter lui-même au delà des monts. Oui , il faut forcer de moyens , comme le disent les représentants Gauthier et Dubois- Crancé, contre Lyon et Toulon. Aussi fais-je tirer des départements de l'Isère et des Hautes-Alpes la plus grande partie des bouches à feu et des munitions qui s'y trouvent pour achever de détruire Lyon, qui persiste dans son état de rébellion à la loi; mais il faut augmenter le nombre des troupes, tant pour achever et bien

que je demeure à un corps à qui je suis dessous de l'emploi. Votre concitoyen. Le

atlaclié. Parlez à cœur ouvert, ma recon- Féron.n (Orig. aul., Arch. adm. de la

naissance sera sans bornes. Je vous avouerai guerre, dossier Le Féron.) — Le ministre

franchement que mes talents sont fort au- de la guerre fit droit à sa requête.

assurer l'investissement que pour exécuter quelque attaque vigoureuse. Les gardes nationales requises ont à peine founii la moitié de leur contingent, et une partie arrive sans armes. Je vous ai parlé dans ma lettre d'hier de la réduction de la garnison de Valcnciennes , que l'on m'a annoncée de quatre mille hommes.

Oui , il faut de grands moyens pour des entreprises de ce genre , et je n'ai cessé de me plaindre au Comité de salut public , à la Convention nationale , au ministre de la guerre , du dénuement où l'armée des Alpes était en divers genres , particulièrement en artillerie, en chevaux pour la traîner, en troupes à cheval, en infanterie. Je me suis assez plaint que dans cet état de dénuement on retirât encore des forces de cette armée. Tout cela est resté sans réponse et on n'en a pas moins exigé de moi des efforts au-dessus de mes forces.

Il faudra de plus grands moyens pour reprendre la ville et le port de Toulon. Je déclare même que je ne connais pas d'entreprise militaire d'une plus haute importance et qui soit hérissée de plus de difficultés. Observez avec moi, citoyens représentants , que la place est couverte au dehors de forteresses qu'on a cherché à rendre d'une longue défense, qui se lient entre elles et dont les murs prennent de revers sur les attaques des autres. Les travaux de la dernière campagne ont réparé les chemins couverts et la partie d'enceinte de la place qui étaient plus faibles. Ce n'était pas pour que la plus exécrable des trahisons livrât aux Anglais une place, un arsenal si redoutables, que la nation y avait préparé tant de puissants moyens de défense , qu'elle y avait fait accumuler tant d'artillerie et de richesses navales. Tous ces forts , tous ces canons , tout est au pouvoir des Anglais. Ils hérisseront encore les remparts de l'artillerie de nos propres vaisseaux. Maîtres de la mer, ils ravitailleront a leur gré la place en troupes, en vivres, en munitions de guerre. 11 faut donc que nous rassemblions une immense artillerie en canons et surtout en mortiers, avec au moins Ao,ooo hommes. Je ne parle pas des moyens de marine qui ne .sont pas de mon ressort; je me borne sur cet objet à dire mililairenient qu'il faudrait qu'une de nos flottes bloquât le port.

Jusqu'à ce que l'armée des Alpes ait chassé les Piémontais au delà des monts et que la saison heureusement ti'ès prochaine garantisse la frontière des Hautes- Alpes, jusqu'à ce que je puisse disposer des troupes rassemblées pour punir Lyon , cette armée ne peut envoyer aucun renfort contre Toulon. A cette époque aussi l'armée d'Italie aura un moindre besoin de toutes ses troupes et elle fournira une partie de celles qui la composent. Mais il sera nécessaire de faire encore arriver ao bataillons au moins pour porter à 4o,ooo hommes effectifs l'armée du siège de Toulon. Je dois vous déclarer que les places des Hautes-Alpes et de l'Isère vont être entièrement dépourvues de munitions de guerre par la consommation journalière devant Lyon. C'est donc des arsenaux du Rhin et de la Moselle qu'il faut tirer proniptement toute l'artillerie de siège nécessaire pour attaquer Toulon , et il ne faut rien entreprendre que les moyens d'attaque pour trois mois au moins ne soient réunis.

Mon devoir de général est de ne vous rien taire des difficultés d'une entreprise telle que le siège de Toulon, et je déclare en même temps que la République doit tout faire pour rentrer victorieuse dans ce port, si essentiel à son commerce et à sa puissance. J'espère, citoyens représentants, que vous répondrez à cette lettre.

quoique je n'aie reçu aucune rëponse à celles que je vous ai adressées depuis trois semaines. Je ne puis vous cacher combien uu tel silence est décourageant, je dirai même mortifiant pour un général, qui se dévoue, comme je l'ai fait et ne cesserai de le faire, h bien servir la République.

Malgré les affreuses calomnies dont on s'efforce de me noircir depuis quelque temps, malgré les amertumes dont on ne cesse de m'abreuver, jamais je n'ai cessé de vouloir la République une et indivisible, de l'aimer, et plût à Dieu que son bonheur et sa gloire fussent cimentées de tout mon sang ! Mais comment voudrait-on que j'accomplisse un si généreux dessein quand je n'ai eu, ni n'ai, comme vous ne le savez que trop, ni les forces, ni les moyens nécessaires. Donnez-les moi ces forces, ces moyens; ils sont tous dans vos mains. Je mets de ce nombre la confiance de in"s concitoyens, toujours indispensable à un général d'armée, et surtout dans les moments de grandes crises. Alors je marche , j'entreprends de sauvei' la République ou je périrai avec elle.

Je vous offre de nouveau, citoyens représentants, la démission de mon emploi de général d'armée, mais dans ce moment il faut agir et ne pas consulter les pénibles sentiments dont je suis affecté. Si je péris, tout est fini pour moi et l'honneur me survivra. Si je suis assez heureux pour faire triompher la République, ma retraite est la seule récompense que je demande et que sans doute on ne s'opiniâtrera pas à me refuser '"'.

(Oi'if;., Arcli, do la guerre, ariiu'o des Alpes.)

Page 116, note 1. M. Victor Barrucand a publié h la librairie Pion les mémoires du général Rossignol, sous ce titre : «La vie véritable du citoyen Jean Rossignol , vainqueur de la Rastille et général en chef des armées de la République dans la guerre dé Vendée, s M. Barrucand donne comme date de naissance du général 7 novembre lySg. La date exacte de mort est le 8 floréal an x {a g mars 1803).

Page i33. Intercaler la pièce suivante :

CHAMBÉRY, 11 SEPTEMBRE lygS.

LE GÉNÉRAL KELLKRMANN AU COMITÉ DE SALUT PDBLIC

Analyse. — Envoi d'une copie d'une lettre du général duMe:'bion.ll apprend h

(') Cette pièce, quoique envoyée au Co- pas les satisfactions qu'il réclamait, mais mité, ne porte pas la sifjnalure de Keller- fut destitué par le Comité de salut public rnann. — On sait que ce général n'obtint et mis en arrestation.

l'instant que i'eanemi vient d'être repoussé par le général Le Doyen ''' à Aiguebelle en Maurienne.

( Orig. , Arcli. du la guerre, armée des Alpes.)

Page i58. Inten-aler les deux pièces suivantes :

LES MARCHES, fj SEPTEMBRE IVyS.

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