‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 21 sur 191 · LE G£N£HAL BEYSSER · texte numérisé non relu

LE G£N£HAL BEYSSER

AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Rennes, le .iG aoùl 1793, l'an 11 de la République française.

J.-M. BEÏSSeR, GKfiERAL DE BRIGADE, COMUAyDifiT TEMPORAIRE DE LA VILLE DE XÀKTES, AUX REPRÉSEyTAMS DU PEUPLE COUPOSA\T LE COMITE DE LA CO.\yE\TIOS XATlONtlLB.

Conformément aux instructions que vous m'avez données '"', j'ai i-eeueiili sur ma route tous les renseignements que j'ai pu me procurer sur les troubles ([ui se sont élevés dans les départements voisins de ceux de la ci-devant Bretagne. Je m'empresse de mettre sous les yeux le résultat. Je désire ({u"il remplisse voire objet et qu'il vous offre une nouvelle preuve de mon dévouement à la Convention nationale.

J'ai trouvé l'administration de la Mayenne |)resfpie entièrement dispersée; la cause de cette teri-eur subite était le passage à Laval du 1 1" de Seine-et-Oise. J'îii causé avec quelques administrateurs restés à leur poste; j'ai causé avec le peuple et le militaire. J'ai trouvé ce premier, comme il l'est |>artout, plein de zèle pour la lilierté et dans les meilleures dis|)ositions: il s'en faut bien que je |)uissc rendre le même témoignage à l'esprit de l'administration et de la classe fortunée de cette

"' Jean-MIfhol Beyssor, né à Ril)oauvillé (Hautiv.\lsarc) le h iiovpmbre 17.53, enrôlé au r<>({inipnl do Lorraine (dragons) le 8 ofloi)re 176g, congédié le 11 mars 1778, cliinirgieii-niajor aver hrcvct de rapitaine au n'ginieni suisse Mouron au service de ta compagnie des Indes néorlaudaisos io i"juin 1781, rentré en France en 1788, major des dragons nationaux de Lorient le 17 juillet 1789, lieutenantcolonel le i" juillet 1790, capitaine dans la gendarmerie du Morlùlian le 1 0 déconilire

1791 , che\alier de Saint-Louis le -.17 mars

1792, adjudant général lieutenant-colonel le 10 février 1793, cliof de brigade au •ji' chasseurs à cheval le 7 mars x 793. adjudant général chef de brigade le 6 mai

1793, général de brigade <i l'armée di-s Cotes de Brest le 3o juin i jgS , général on chef de l'armée des Côtes de la Rochollc en remplacement de Biron le 1 9 juillet I79.'5, mandé à la barre de la Convention le 18 juillet 1793, rétabli dans ses fonctions le 19 aoùl, arrêté le 19 septembre 1798, condamné à mort et exécuté à Paris avec Arthur Dillon, Chaumcltc, (jobcl, etc., le 3I1 germinal an 11 (i3 avril 179A).

'*' Le 90 août 1793, le Comité de salut public avait chargé le général Beysser de surveiller on Bretagne l'exécution des décrets rendus contre les Girondins, et de dissiper le reste de la force année dos re- Im'IIos. (CL Chassin, Lm Vendée patriote, II, &81 etsuiv.)

(UrBIHLklB «AtlUaALS.

50 CORRESPONDANCE GENERALE DE CARNOT. [attAofii 1793.]

ville; en général, il est ti-ès mauvais; on s'y félicite hautement des succès des ennemis de la Réjiuljlique : on y ose former des vœux de les voir bientôt maîtres de la franco entière, f^e i3' hataillon de la formation de Soissons a des querelles avec les jeunes gens de cette ville, j)ar l'impudeur des propos aiistocratiques « qu'ils tiennent dans les cafés.

J'ai remarqué avec la plus vive satisfaction que le peuple écouUiit avec plaisir la justice que je rendais à la (]onvention nationale. Ce|)endant ce peuple est malheureux; il n'a que du mauvais pain qu'il j)aye à un prix excessif; encore craint-il d'en manquer. L'administration impute cette disette à la loi sur la taxe des gi'ains, qui est exécutée dans ce département, tandis qu'elle ne l'est pas dans le département voisin , où l'espoir d'une vente avantageuse fait abonder les denrées. Il ne m'appartient pas de juger de l'effet politique de cette loi ; c'est un fait que j'ai cru devoir mettre sous les yeux du Comité de salut public. Ayant appris que le ])résident et le j)rocureur général syndic s'étaient soustraits par la fuite à l'exécution d'un mandat d'airêl décerné contre eux j)ar le Comité de sùi'eté générale de la Convention, j'ai donné ordi'O au commandant de la gendai'merie (Jfi les îu"réter, et , s'il réussit , je réponds de fah'e exécuter les ordi'es de la Convention.

A l'égard des troubles qui agitent les districts de Laval , de Fougères et de Vitré , la terreur a heaucouj- grossi le mal. Cette pi-étendue avant-garde de l'armée chi-étienne se réduit à jjne bande de forçats renvoyés ou échappés des galères , de cidevant contrebandiers ou employés réfonnés , qui se sont faits voleurs de grand chemin et qui aflichent l'aristocratie pour anoblir le métier, grossir la troupe et la présenter sous un as|)ecl moins révoltant. Des ])rêtres, qui se sont associés avec eux, les servent meneilleusement, et rendent non le condwt, cw ils ne veulent pas se battre, mais lein' poursuite extrêmement difficile, en leur ouvrant des asiles chez les paysans généralement tous fanatisés et esclaves de leur superstition. J'ai trouvé à Vitré, à Laval et à la Gravelle divers corps de troupes envoyés pour s'opposer à leurs progrès. Après avoir j)ris sur la position des brigands des renseignements aussi précis qu'il est possible de les prendre sur des bandits qui sont en troupes peu nombreuses et qui sont sans cesse en mouvement , j'ai concerté avec l'adjudant général Chambeiling ''* une battue qui aura lieu le merci'edi a 8. La partie de la fo'ét dans laquelle ils sont actuellement sera percée à la fois dans tous les sens, par huit ou dix colonnes de troupes. Je me flatte que la chasse sera heureuse. J'ai fait sur-le-champ une proclamation aux habitants des campagnes. J'espère qu'elle aura un bon effet, mais je ne dois pas vous le dissinudei-, les ci-devant nobles, les riches, les pi-étres travaillent en tous sens nos malheureuses campagnes. Une foule de comnmnes riu-ales refusent de fourair leiu-s contingents [)our le recrutement de l'armée et de se former en garde nationale , de porter la cocarde tricolore , et afBchent la plus grande haine jwui- la Révolution. Il est impossible de ne pas y reconnaître l'effet des suggestions de leurs ci-devant

'■' François-Marie-Julien Chambcrling, 1 792 , adjudant généra! chef de bataillon

ne à Jcmeppc (Belgique) le a8 juillet le 2 5 mai 1798 et clief de brigade en ven-

1755, Bous-lieulenant au rcgiiiienl de La démiaire an ui. (Cf. Chassin, La Vendée

Marck eu 1782, capitaine le i" juillet yatriole, III, Saa.)

[a6AodT 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 51

noliles et grands pro|)riélaires. J'ai reru à cet égard une forte dénonciation de la part des patriotes de Vitré, qui sont d'autant plus ardents qu'ils sont en plus j)etil nombre. La situation actuelle de cette ville m'a paru nécessiter des mesures extraordinaires de sùi-eté, et j'ai pris sur moi de mettre provisoii'ement en arrestation et en état de .suneillance quelques femmes ci-<levant nobles, accusées decorres- [Ktndances sus[)ectes et |)ro|K)s contre-révolutionnaires. J'ai fait aussi an-éler un cidevaut seigneur, homme immensément riche et dont presque toutes les [jossessions sont en état de révolte , et qui par sa conduite artificieuse m'a paru un des plus dangereux ennemis de la lil)erté, quoiqu'il n'existe contre lui aucun délit légalement prouvé. Ses sentimejits ne m'ont point échappé à travers l'ambiguïté de ses ré|K)nses et les vains prétextes dont il colorait sa conduite. J'ai fait mettre les scellés sur les |)a|)iers et rendrai compte de ce qui pourrait [se] décou>Tir aux représentants du |)enple pi-ès de l'armée des Côtes de Brest, qui, s'ils m'en croient, le tiendront en état de suneillance jusqu'à ce que les canqwgnes de ce canton soient rentrées dans l'ordre et le devoir.

Arrivé ici depuis deux heures, je ne puis rien vous dire de positif sur l'esprit qui y règiMî. Je me suis déjà occu|>é de la mission que vous m'avez donnée jwiu" celte ville, et j'ai tout jM'éparé pour le succès d'une autre bien jdus imporUmte dont vous m'avez chargé. Je n'oublierai rien pour l'assurer et pour donner à la Convention nationale des preuves de ma recoiinai.ssance et de mon dévouement.

Le général de brigade, J.-M. Beysseb.

P. S. Je viens de voir les canonniers. La dénonciation faite contre eux est une odieuse calomnie. Les ofliciei-s qui les coihmandent sont chez moi dans ce moment; ils m'ont juré suv leur honneur qu'ils n'ont jamais été requis, qu'ils n'ont jamais refusé le service et sont prêts à marcher à la première réquisition'''.

(Orig. , Artli. do U (pierre, arué« des CiUfS de Brest.)

l'ABis, ;!(i aoÎt I 793.

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