‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 78 sur 191 · LE GÉNÉRAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL JOURDAN AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE

Guise, le a4 septembre 1798, l'an u de la République une et indivisible. LE GÉltÉltàL lOVBDÂN AU III^'1STRB DE LÀ GUERRE.

J'ai reçu hier à Maubeuge , citoyen ministre , votre lettre par laquelle vous me prévenez que le Conseil exécutif m'a nommé pour commander en chef l'amiée du Nord à la place du général Houchard, destitué'''. Je me suis mis de suite en

'■' Le même jour, a 4 septembre , les représentants Hcnlz , Elie Lacoste et Peyssard aiiiioiicèrent à l'armée du Nord par une proclamation l'arrestation de Houchard (placard in-fol., Arcli. nat. , W ^96, numéro iDo): (T Soldats républicains, disaientils, la Convention nationale a toujours ses regards sur vous; vous êtes les objets de sa plus tendre sollicitude, et lorsqu'un ([énéral, au iieu de vous conduire dans le rlianip de la victoire, prépare des délailos par la trahison, elle le frappe avant qu'il ait consommé ses attentats. Vous applau-

direz donc à ses mesures; les républicains ne voient que la patrie, et Houchard n'est plus rien à vos yeux : il était indigne d'être votre chef, dès que le salut de la République ne commandait pas toutes ses actions et que la trahison dirigeait ses mouvements.»

Le lendemain g5 septembre, le général Duquesnoy annonça la destitution de Houchard dans son ordre du jour aux soldats. (Arch. de la guerre, armée du Nord, rcg. Xlll (lis, p. 9a.)

(^' Le 93 septembre i79.i.

[a4sEPT. 1793-] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 203

route pour me rendre au quartier général de cette armée'"' et j'espère y aiTiver dans la journée '*'.

JOURDAN

(Orig aut., Arcli. adm. de la (jiierre.)

(') Le quartier général de l'armée du Nord était alors à Gavreile, village du canton de Viiny, dans l'arrondissement d'Arras. Jourdan y arriva le 2 5 septembre au soir et prit sur-le-champ le commandement.

W Jourdan, dans ses Mémoires inédits, parle en ces termes de sa nomination au commandement de l'armée du Nord (Orig. aut., Arcli. de la guerre) :

<rLe général Jourdan, qui avait eu le lionheur de se distinguer à la bataille d'Hondscboote en enlevant les retranchements à la tête de ses troupes, nommé général en chef dans une circonstance aussi critique , représenta que , n'ayant ni les talents ni l'expérience qu'exigeait un commandement si important, il était de son devoir de le refuser; mais les commissaires de la Convention lui ayant rappelé un décret qui ordonnait l'arrestation de tout citoyen français qui n'accepterait pas l'emploi auquel il était appelé, il fut contraint d'obéir et arriva au quartier général de Gavreile le a 6 septembre.

iT L'armée du Nord comptait à cette époque 1 0^,000 hommes de troupes disponibles, dont 9,000 de cavalerie. Trentetrois mille sous le général d'Avaine étaient répartis dans les camps retranchés de Dunkerque, de Cassel et de Bailleul ; vingt-huit mille sous le général Bcfu dans les camps de Mons-en-Pevèle , de la Madeleine-sous- Lille et d'Armentières; vingt-huit mille campaient à Gavreile et Arleux, et quinze mille sous le général Ferrand occupaient le camp retranché de Mauheuge. Il y avait, en outre, trente-cinq mille hommes dans le» places qui n'en pouvaient sortir qu'en vertu d'un ordre du ministre de la guerre ; ces garnisons l'-taicnt formées en grande partie de dépots et de bataillons de réquisition non armés.

ff Inférieure en nombre à celle des alliés, et surtout en cavalerie, l'armée était en même temps dans une situation pitoyable. Les généraux et ofliciers supérieurs, parvenus dans l'espace de peu de mois des rangs subalternes aux plus hauts grades, n'avaient encore que du zèle et du courage. Les troupes étaient dénuées d'effets d'habillement et d'équipement et les arsenaux dépourvus d'armes et de nninilions.

La cavalerie souffrait de la disette des fourrages; enlin les anciens régiments, ne recevant plus de recrues depuis longtemps, étaient réduits de moitié. La Convention , par son décret du 28 août, avait prescrit, il est vrai , la levée de tous les Français de dix-huit à vingt-cinq ans; mais, en les autorisant k se former en bataillons et à choisir parmi eux les officiers, elle accumula sur la frontière des nouveaux corps privés de chefs expérimentés, qu'on ne put mener à l'ennemi que quand quelques mois plus lard le général en chef eut obtenu l'autorisation de; les incorporer dans les anciens cadres. D'ailleurs il était plus ai.sé de lever des bataillons que de les armer. Le plus grand nombre n'étaient munis que de piques et de bâtons. Cependant , comme ils liguraient sur les états de situation, le comité de gouvernement, qui fondait les forces de la Itépublique sur la nudtitude, croyait (pi'on pouvait entreprendre les plus grandes choses

(T L'armée d(!s alliés, répandues sur la frontière du Nord depuis Mons jusqu'à la mer, ayant une cavalerie nombreuse et bien tenue, comptait cent vingt mille combattants: 70,000 Autrichiens, 36, 000 Anglais, Hanovriens et Hessois, et ii,ooo Hollandais. Sa position était fortifiée des places de Condé, Valenciennes et le Quesnoy, et de la forêt de Monnal.n

204 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [a/l sept. 1793.)

PERPIGNAN, ai SEPTEMBRE 1793.

LE GÉNÉRAL PAGOBERT AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Perpijjnaii , le a4 septembre 1 798 , l'an 11 de la Répnblitjue française.

LK GÉNÉRAL UN CHEF DF. I.'ÀRMÉK DES PÏRÉnÉES ORIBKTALES AVX CITOYENS REPRE- SENTANTS Oa PEUPLE COMPOSANT LE COUITÉ DE SALVT PURLIC DE LA CONVENTION NATIONALE.

Citoyens représentants ,

Je sjis arrivé à Perpignan le 1 9 au soir ; je me rendis aussitôt chez les représentants du peuple Fabre et Cassanyès. Vous aui'ez peine à concevoir mon élonnenient quand je les entendis me dire que tout était arrangé pour attaquer l'ennemi |)endant la nuit, sans attendre la petite armée que j'amenais de Mont-Libre, e[ui était encore à cinq lieues et qui ne devait arriver que le lendemain. C'est d'après ces sollicitations d'attaquer que je m'y déterminai le 9 a au matin: j'étais déjà parvenu à éviter les retranchements et les batteries nombreuses dont le front du camp ennemi est hérissé et je m'étais porté sur son quartier général, j'étais entré dans les retranchements et j'étais maître du camp quand un gros de cavalerie venant à paraître a jeté l'épouvante dans ma troupe. Un officier de cette cavalerie s'avançant et proposant une capitulation, un capitaine du 61' régiment eut la lâcheté de proposer à sa troupe de se rendre et de faire la même proposition aux bataillons de volontaires qui se trouvaient auprès de lui. Malheureusement cet exemple n'a été que trop suivi; cependant le capitaine Bresson ''', qui commandait le bataillon du Gard , lit une réponse républicaine , se saisit du drapeau et prit le ])arli de s'enfuir à toutes jambes avec quelques braves de son bataillon , qui furent assez heureux pour éviter la cavalerie qui les poursuivait. C'est ainsi qu'une victoire certaine et brillante m'est échappée et que j'ai été forcé de faire ma retraite, ce qui s'est exécuté en bon ordre , après avoh- retiré toute mon artillerie. Je ne dois pas vous dissimuler, citoyens représentants , que je n'ai point été secondé et que c'est le bruit général de la ville et du camp qu'on a voulu me sacrifier. La cavalerie et l'élite de l'armée sont restés cachés derrière Tin bois sans faire le moindre mouvement, ce qui aurait déconcerté l'ennemi, car, pour peu que la cavalerie se fût montrée , elle aurait rassm-é notre infanterie et en aurait imposé à celle de l'ennemi. Au reste, à la perte près de 5 à 600 hommes qui ont lâchement mis bas les armes , la perte des ennemis aurait été plus considérable que la nôtre.

11 était loin de mon idée de vouloir inculper personne, mais j'entends que

''' Louis Bresson, né à Uzès (Gard) le 9' bataillon des grenadiers du Gard le

38 janvier 1 768 , entré au service dans le tG août 1 793 , chef de bataillon au 63' de

régimentdeLanguedocle 26 octobre 1785, ligne le 3 mars 1807, commandant du

congédié le a5 août 1791, capitaine au Pont-Saint-Esprit le ag avril 181').

[a/isEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITE. 205

celui-là même qui commandait l'élite de l'armée , qui avait toute la cavalerie avec lui , qui , loin de se rendre au lieu indiqué , est resté près d'une lieue en ai-rière caché dans des oliviers , le général Goguet "', enfin, croit pouvoir se disculper en criant plus fort que moi. Il lui était désigné de se rendre devant Sainte-Colombe, ce qu'il n'a j)as fait, puisqu'il est resté bien loin en arrière de l'autre côté de Tliuir. S'il a eu le bonheiu' de venir en un an de médecin général de division , si le représentant du peuple Fabre, par sa grande liaison avec lui, a dessein de le faire coniniander l'armée , il était pour le moins inutile de me faire les instances qu'on m'a faites pour mrt faire accepter un poste où je ne suis arrivé que malgré moi et où je .serais bien aise qu'on me fit remplacer par quelqu'un qui ait |)lus de talents que moi, mais qui à coiq) sûr n'aura jamais plus de zèle pour le service de la République.

Salut et fraternité.

Dagobert.

(Orig., Arch. de la guerre, armée des Pyrénées orientales.)

TIIOUABS, 9/1 SEPTEMBRE 1798.

LE GÉNÉRAL BEÏ ''"' AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Analyge. — 11 fait part d'un avantjige qu'il a remporté, le i4 septembre, à Thouaj"s sur les insurgés, l/ennemi vint attaquer Thouars, mais il fut l'cpoussé

"' Jacqucs-Giiles-Hcnri (Joguct,né vers 1766, médecin de l'Université de Montpellier, garde national de celte ville en 1789, volontaire au i"balaillou de l'Hérault le a6 juin i 79a , commandant de ce bataillon en août fjg-i, a un cheval tué sous lui k la bataille de Jemappes le 6 novembre 1793. avertit, le 37 mars 1793, le représentant Delacroix de la trahison de Duniouricz, félicité par la Convention le 6 avril '793, général de brigade à l'armée des Celles de Cherbourg le i5 mai 1793, employé à l'armée des Pyrénées orientales le 3o juin 1793 et à celle du ,\ord le 16 nivôse an 11 (5 janvier 1794), général de division le 16 plu\iôse an 11 (4 février 1794), commandant de l'armée intermédiaire à Cuise, assassiné par un de ses soldats près de Maubeuge (Nord) le a floréal an n (ai avril 179'!). — Cf. Jean Lombard, Un volontaire de fj^a (le

général Mireur), et, sur la mort du général Goguet, une lettre du général Alexis Dul)ois, du a lloréal (Arch. de la guerre, armée du Nord, reg. XXVIII 6u), et lettre de Pichegru, du 4 floréal, dans le Moniteur, XX , 3a I.

'" Gabricl-Vcnance Rey, né à Alilliau (Aveyron) le 24 juillet 1768, fds d'un marchand, engagé au régiment Royal-Cavalerie le 3 juin 1783 , brigadier le 'iG novembre 1789, adjudant-major au 5' bataillon du Calvados le 1" novembre 17<)2, adjudant général provisoire le t 3 mai 1793, général en chef de l'armée réunie à Chinon le 17 juillet 1798, par arrêté du représentant Philippeauï; conlirmé général de division à l'armée des Cotes de la Rochelle le 3o juillet 1798, suspendu le 3o septembre suivant , relevé de sa suspension et employé à l'armée des Cotes de Brest le 6 septembre 179*, commandant

206 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [ai sept. 179.3.]

a|)rès trois heures de fombal. ffTotil le luoncle fit si jjien son devoir qu'ils plièrent au même instant de toutes parts, et, au moment qu'ils commencèrent à prendre la fuite, je les fis charger avec tant de vigueur qu'il me serait difficile de juger quel est celui des nôtres qui voulait courir le |)lus vite dessus, de manière que, de cinq pièces de canon qu'ils avaient, nous leur en prîmes deux, l'avant-train d'un autre et deux caissons de munitions; et, s'ils n'avaient pas eu la précaution de couper le pont de Vrine à la fin de lem- retraite , je finissais par tous les exterminer. » Il a perdu quatre hommes tues, dont le citoyen Oswald '"', commandant du ih' bataillon de Paris, et quinze blessds, dont deux braves officiers des ])ataillons de la Mayenne et de la Sarthe. Il recommande le bi'ave Oswald , qui avait deux enfants. L'ennemi a laissé sur le chajnp de bataille cent morts, dont deux femmes et un prêtre.

(Orig. , Arch. do ia jjuerre, armée des Côtes de Brest '''.)

BAYONNE, 9 4 SEPTEMBRE lygS.

Page 1