‹ Correspondance générale, 1792-95. Publiée avec des notes historiques et biographiquesChapitre 87 sur 191 · EXPOSÉ DE LA CONDUITE DU GÉNÉRAL HOUUHARD · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE LA CONDUITE DU GÉNÉRAL HOUUHARD

Le généi'al Houciiai'd est arrivé à l'armée du Nord le 9 août , au même instant où on a destitué de cette armée vingt officiers généraux et le chef de l'état-major.

''' Cf. une lettre d'Ysabcau au Comité de la Gironde à la Convention, proscrit le

salut puLlic en date de la Réole, 28 sep- 9 juin 1798, s'était réfugié à Bordeaui.

teinbre 1798. (Aulard, VII, 106.) Il y lut arrêté le ai décembre 1798, jugé

'*' Jacques-Antoine Grangeneuve, né à aussitôt par uue commission militaire.

Bordeaux le 4 décembre 1761, député de condamné à mort et décapite.

[ag SEPT. 1793- ] «CORRESPONDANCE MILITAIRE DO COMITÉ. 229

Je ne crois pas qu'il y ait une position plus cruelle que celle où se trouvait ce glanerai à son début à cette armée. Aucune connaissance de sa position, une année tout étonnée d'une retraite précipitée qu'elle venait de faire. Deux jours api-ès est amvé le général Rerthelniy pour chef de l'état-niajor; notre premier soin fut de prendre une exacte connaissance des forces et de la position de l'armée pour l'organiser; c'est ce qui fut fait : on forma les bi-igades et les divisions; on V attachait les généraux qui étaient restés , et les nouveaux à mesure qu'ils arrivaient.

Je reçus la nouvelle du renfort qui venait des armées du Rhin et de la Moselle , et je nie disposai tout de suite à aller au secours des villes de Dunkercpie et Bergues, ((ui éliiient investies et menacées par une armée combinée de cincjuante mille Anglais, Hanoniens, Hessois, Autrichiens et éniigi-és. L'armée de la Moselle arrivait successivement depuis le i"de septembre jusqu'au 6 que sont arrivées les dei'uières lrou[>es ([ni ne furent pas de l'expédition.

J'avais conçu deux projets pour la levée du siège de Dunkerquo : le premier était d'aller sur Menin battre le contingent des Hollandais, de là mai"cher sur Oslende ou Furnes, suivant les circonstances, pour couper la comnuinication à l'armée combinée des Anglais et pour les combattre; le second était de partir de Cassel pour aller battre le camp sur Hondschoote. Je préférai ce dernier; le premier demandait plus de lenq)s pour son exécution et la ville de Dunkerque était pressée ; l'artillerie des ennemis était arrivée , et on la mettait en batterie.

Je dirigeai toutes les forces sui- Cassel , et je m'y i-endis le 3 septembre au soir pour disposer tout. Le 5, au matin, les ennemis attaquèi-ent tous nos avantpostes pour savoir ce qu'il y avait deirière; ils n'ont fait replier qu'un seul poste.

Voilà le pi'ojet que j'avais formé pour délivrer la terre de la lil)erlé <les années des tyrans. Après avoir fait lever le siège de Dunkerque , d'aller écraser les Hollandais; de là me porter sur le camp de Gysoing, d'écraser les Autrichiens, et de là me porter sur Bouchain pour combattre Cobourg. Fait à fait que j'avançais et que j'aurais battu tous les coi'ps détachés des ennemis, je me grossissais et j'arrivais snr Cobourg avec 70,000 bonunes; et si ce j)rojet eiU été exécuté dans son entier, la leiTe de la lil)erlé était piu-gée. Tout le plan aurait eu lieu sans la malheureuse alïiiirc de Cambrai , qui devait seulement se borner à faii'e de fausses attaques vers le camp de Solesmes, pour empêcher ce camp de secourir celui de Cysoing.

Revenons actuellement aux mouvements. L'armée assemblée près de Cassel se montait à 3o,ooo hommes; elle fut divisée sur qnatrc colonnes. Los danqueurs de gauche , aux ordres du général de division Landrin , marchaient sur Wormhoudt, que les ennemis occupaient en force; ils avaient un camp de six mille hommes derrière à Wilder. La colonne du centre marchait sur Houtkerque ; les flanqueurs de droite avec l'avant-garde sur Poperinghe aux ordres du général Hédouville. Li colonne du centre était aux ordres du général Jourdan, et je me tenais à cette colonne avec les représentants du peuple , Levasseur et Delbrel , qui ont été présents à tout et qui me rendront la justice (jue je i-éclame d'eux.

Une quatrième colonne de douze mille hommes est partie de Bailleul pour

230 CORRESPONDANCE GKINÉRALK DE CARNOT. | ag skpt. 1798.]

aller sur la ville d'Vpres, s'emparer d'elle ou la brûler, aux ordres du général Duinesny.

Tous les généraux avaient leurs instructions. Les colonnes partirent deux heures avant le jour, le 6 septembre; la colonne du centre força le village de Houtkerque, les ennemis qui l'occupaient se retirèrent par le chemin de Poperinghe. Le général Colaud les suivit, et je voulais que la colonne du centre prit cette direction , pour de là nous porter sur Proven , où les colonnes devaient se réunir pour marcher sur Hondschoote. Le général Ernouf, qui connaissait parfaitement le pays, en qui j'avais de la confiance poui- ces mouvements, me dit que si je prenais cette direction, je laissais derrière moi , sur mon flanc gauche , un poste considérable des ennemis et qu'il était de la prudence d'attaquer ce poste. Il fut résolu que le général Jourdan marcherait sur Herzeele , et le général Colaud sur Pi'oven. Je suivis ce dernier. L'ennemi s'étant jeté dans la grande forêt de Saint-Six, alors je dis au général Colaud d'occuper la tête du village de Proven , que j'allais me rendre à Herzeele pour voir oîi en étaient les choses.

A mon arrivée, je trouvai une partie du village de forcée; le reste le fut un quart d'heure après. Je me disposai à suivre les ennemis qui s'étaient retirés sur Bambecque, où ils occupaient un poste très avantageux, la rivière devant eux, avec le pont gardé. En arrivant à portée, l'attaque commençait par une canonnade très vive; une grosse pluie survint, les soldats manquaient de cartouches. Je me décidai, d'après les avis du général Berthelmy et des représentants du peuple, d'enlever ce poste au bout de la baïonnette. Je donnai l'ordre et je fis battre la charge; les ennemis se retirèrent et prirent le chemin de Rexpoede. La pluie continuant avec grande force, je voulais rester à Bambecque , pour laisser reposer les troupes : il était cinq heures et demie ; on me dit que l'ennemi était en déroute et se retirait en désordre. J'observai qu'il était dangereux d'arriver dans Rexpoede à la nuit, qu'on ne pouvait faire (jue de mauvaises dispositions à cause de l'obscurité; que, d'ailleurs, nous nous trouverions placés entre les deux camps des ennemis qui viendraient à coup sûr nous attaquer, que l'avantage était pour eux , connaissant parfaitement la position, et nous pas. On ne s'est pas rendu à ces considérations; je croyais devoir les faire. 11 fut décidé de marcher à Rexpoede; nous y arrivâmes de nuit. Je fus avec le général Ernouf faire les dispositions pour passer la nuit; les dispositions étant faites, je me rendis à la maison où étaient les représentants du peuple; je leur témoignai mes inquiétudes. A onze heures les ennemis vinrent attaquer la tête du village ; je fis porter deux ])ièces de huit, je fis battre la charge, je portai une partie des troupes à Tajjpui des points attaqués, et je mis le reste en bataille derrière le village, pour ne pas être tourné par l'ennemi. Nous restâmes dans cette position; j'envoyai au général Hédouviile une ordonnance , ainsi que l'adjudant Coquebert , pour que ce général vint me renforcer: les deux émissaires furent pris par les ennemis. L'attaque se ralentit vers une heure , et l'ennemi se retira. On me dit que les deux pièces de huit étaient démontées à la tête du village ; j'envoyai deux compagnies de grenadiers avec l'adjudant général Ernouf pour aller relever les pièces , ce qui fut exécuté : je fis alors porter tous les caissons et canons derrière le village , sur le chemin de Bambecque, étant très persuadé que les ennemis viendraient atta-

qner une heure avant le jour, ce qui arriva. L'altaque fut vive : nos troupes se replièrent, et l'ennemi entra dans le village, ce qui me décida à prendre la position de Herzeele par Bambecque, où nous restâmes environ une heure. Les soldats man(|uuient de pain; ils en demandaient, quoiqu'ils en eussent eu pour deux jours; mais, dans un temps de pluie et ayant passé la nuit sur pied, 'e soldat avait consommé son pain; l'eau-de-vie n'étant point arrivée, le soldat était mécontent, et je partageais ses peines; je les fis mettre en bataille à la hauteur de Herzeele, pour attendre le pain; une partie des troupes qui étaient à droite se mirent en marche nialgi'é moi, en disant qu'ils étaient poursuivis par l'ennemi, ce qui était faux; mais ils se servirent de ce moyen pour exécuter leur retraite. Plusieurs bataillons étaient déjiï partis : j'envoyai le général Berthelmy après. Le représentant Delbrel le voulut suivre; on peut leur demander l'incroyable peine qu'ils avaient de ramener les troupes; ils y parvinrent cependant. Dans ce moment, nous entendîmes une canonnade en avant de nous; j'envoyai voir ce que c'était : on me dit que c'était le général Hédouviile qui attaquait et poursuivait l'ennemi par la route de Rergues. Le |)aiii arriva tard, l'après-midi, et l'eaude-vie. Je me disposai ii laisser reposer les troupes et à partir avant le jour pour attaquer Hondschoote. Les trou|)es se mirent en niarc!;e il trois heures du malin. Le général Colaud se dirigeait sur le même point par un autre chemin.

La colonne du centre arrivée il un endroit qu'on appelle les Giiiq-Cbemins, qui n'étiiit plus qu'il un quart de lieue de Hondschoote, je crus que les ennemis s'étaient re'irés, voyant que ce poste n'était pas occupé. Le commandant Vandamme couvrait mon liane gauche et marchait par Killem. En arrivant près de Hondschoote, les ennemis étaient en bataille derrière leurs retranchements. Je fus les ix'conriaitre : ils avaient leur droite appuyée à un moulin à vent, sur l'élévation duquel ils avaient une batterie de canons ; leur gauche était appuyée de même avec des redoutes. J'avais fait arrêter la colonne pendant que je faisais ma reconnaissance; je (is mes dispositions d'attaque: j'envoyai le gi-néral Herthelmy pour diriger la colonne du général Colaud, et je ne voulais attacpiei- (pie lorsque ce général serait arrivé; mais les trouiies sur notre gauche commencèrent l'attaque, et successivement toutes les troujies y prirent part à mesure ([u'elles furent niises en Iwtaille. Lue grande faute (pie les ennemis avaient commise et ipii a tourné à notre avantage, c'est de n'avoir pas occupé le poste des Cin([-Chemiiis; une autre d'avoir coupé et (-lagué toutes les haies devant leure retranchements à environ cent toises, de manière que nos troupes sont arrivées à couvert jusqu'à cette dislance; ils se sont empaivs des haies et fossés et ont combattu dans cette position. Le combat durait di'jii depuis près de deux heures, lorsque la colonne du général Colaud arriva : je fus à ce général lui donner les ordres de se mettre en bataille h la droite du chemin, de manière à pouvoir prendre la position ii revers, 1 1 je portai sa cavalerie tout il fait sur la droite, dans une position où elle aurait pu agir. \je combat devint toujours |)liis rude; une redoute fut prise deux fois par nos troupes et re|)rise par les ennemis. Le feu avertit le général Leclaire (jui était à BergU'S: il sortit avec trois mille hommes, descendit le canal et attaqua dans cette partie; c'est ce qui décida le combat h notre avantage. Après avoir donné l'ordre il toutes les attaques de marcher a la baïonnette, ce qui fut exécuté ,

232 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE GARNOT. [ag sept. 1798.]

et à trois heures et demie les troupes étaient à Hoiidschoote , je me portni aussitôt en avant de la ville, avec quelques bataillons et quatre pièces de canon ; j'envoyai un bataillon avec les hussards du deuxième n^giment à la poursuite des ennemis; ils les poursuivirent jusqu'au delà du village de [Houlhem] oii les ennemis avaient rompu le pont den'ière eux.

Je lis mon possible pour rallier tous les bataillons en avant de Hondschoote. Il était cinq heures du soir : les troupes, extrêmement fatiguées du long combat, avaient besoin de repos pour pouvoir manger. J'aurais bien désiré pouvoir me porter entre Furnes et la Grande-Moëre , je n'y serais arrivé que de nuit; et la triste expérience que j'avais faite de la nuit de Rexpoëde me détermina à rester dans la position de Hondschoote, et de marcher ie matin deux heures avant le jour pour prendre cette position. Une autre considération bien majeure, c'est que le général Dumesny ne put prendre la ville d'Ypres; il me manda que les ennemis étaient plus nombreux que lui et qu'il avait été forcé à la retraite sur Bailleul. Si je me fusse porté sur Furnes, je risquais de me faire prendre à revers par les ennemis d'Ypres. L'armée des Anglais était le double plus forte que la nôtre. Après avoir réfléchi sur tous ces moyens, je me suis déterminé a renforcer la di\ision du général Dumesny par celle du général Hédouville, avec ordre de marcher, conjointement avec le général Beru, sur Menin et d'écraser les dix mille Hollandais qui y étaient. Cette division partit le 9 ; je restai avec le reste des troupes deux jours de plus à Hondschoote, pour que les Anglais ne pussent pas porter du secours aux Hollandais. J'arrivai le la au soir à Lille, et ie i3 ie reste de l'armée, pour aller attaquer le camp de Cysoing. Dans la nuit du ia au i3 , je reçus un courrier de la municipalité de Cambrai qui m'annonça la malheureuse affaire de la sortie de cette garnison; elle me peignit sa malheureuse position et le danger qu'elle courait , de sorte que je renonçai à mon projet et me déterminai à aller au secours de ces deux places qui étaient menacées : j'y fis surle-champ jeter quatre bataillons; je voulais aussi en faire entrera Bouchain, mais les ennemis s'étaient emparés de la communication. Je parvins pourtant à faire entrer de nuit deux bataillons dans cette dernière place.

On a su le résultat de l'expédition de Menin. J'avais donné ordre que l'avantgarde se portât sur Courtrai. Ce mouvement a été relardé, je ne sais comment, et cela a donné le temps au général Beaulieu de s'y porter dans la miit du i3. Le 1 i , le maréchal Cobourgest accouru avec 00,000 hommes, la ville du Quesnoy s'étant rendue le 1 1 ; sans ces deux malheurs de la prise du Quesnoy et du désastre de Bouchain et Cambrai , nous étions maîtres de la campagne . et les ennemis étaient forcés de se retirer de la terre de la liberté.

Voilà l'exposé de l'expédition de la levée du siège de Dunkerque. Lin général ne peut pas répondre de la réussite de tous les projets. Je laisse aux militaires les plus sévères à trouver qu'il y ait de ma faute, encore moins de la trahison de ma part. Mes opinions ont été prononcées dès le commencement de la Révolution, et, si je n'étais pas républicain par principes , je le serais par reconnaissance. Aucun militaire n'a combattu plus que moi pour la cause de la liberté. Je n'en parlerai pas, parce que les faits existent ; et on ne me ravira pas du moins mon droit aux succès que les armes de la République ont remportés sur le Rhin. Ici on m'attribue

[ag SEPT. 1793.

les fautes, et aux autres les succès. Je ne puis <Hre responsable d'aucune faute des autres. Si le g-i'néral Landrin n'a pas exécuté les ordi'es que je lui ai donnés de faire une sortie vifjoui-euse de Dunkerque, ce n'est pas de ma faute. Si le g'énéral Hédouville n'a pas fait ce qu'il devait faire à Menin, je ne le sais pas, ce n'est encore point de nia faute.

Le Comité de salut public a désiré la levée du siège de Dunkerque; elle a eu lieu : j'ai battu les ennemis h Hondschoole. Je suis fâché de ne pas avoir jeté les Anglais dans la mer : je l'aurais fait également si je l'avais pu. Le Comité de salut |ml)lic m'a écrit de ne pas m'exposer à une affaire décisive; elle aurait pu le devenir, si je m'étais porté entre Furnos et la Grande-Moëre ; ayant devant moi 5o,ooo ennemis et 12 à i5,ooo sur mon flanc droit, c'est alors que j'aurais été blâmable si j'avais reçu un échec, et non pour l'avoir évité. Je réclame le témoignage des représentants du peuple Levasseur et Delbrel, qui me rendront justice sur ma conduite et sur la vérité de cet exposé.

Le re|trésentanl Barère, dans son compte qu'il rend à la Convention'"', dit, en parlant de l'affaire de Dunkerque, que quatre faits rendent Houchard coupable : le pi'omier, de n'avoir pas jeté les Anglais dans la mer njirès leur déroute. Il aurait fallu savoir s'ils eussent été d'humeur à se laisser jeter h la nier par un nombre de Français inférieur de la moitié '*'. Le second, de n'avoir pas taillé en pièces les Hollandais. J'avais donné les ordres pour cela; je ne pouvais pas être partout, je

<" Dans la s<'ance du 96 septembre 1793. (Cf. Moniteur, XVII, 7/1/1 et -jliH.) Robespierre se fit aussi l'accusateur de Houchard <iu sein de la Société des Jacobins. {Moniteur, id., 771.)

'' Dans son interrogatoire, subi le i5 brumaire an 11 (5 novembre 179,3), Houchard donna sur sa conduite à Hondschoole les explications suivantes (Arch.

nal., VV 396, n' aoo) :

itD. Pourquoi, à l'affaire de Hondschoole, commandant à l'armée du Nord, avez-vous al>andoimé nos bataillons et les succès do la victoire de celle journée célèbre par la >alfiur de nos soldais?

«R. Je n'ai point abandonné les bataillons, puis(]ui' j'ai resté ronstammenl avec eux, que moi-mi^me j'ai poste les bataillons au delà de la ville de Hondschoole, sur le chemin par où les ennemis s'étaient retirés. La majeure partie des troupes était répandue dans la ville, et qu'on ne put faire sortir; j'ai envoyé à la poursuite de l'ennemi un bataillon d'infanterie avec les hussards du 9* régiment, en attendant qu'on puisse sortir les troupes de la ville.

J'ai même, pour cet effet, de l'autre coté de la ville, fait assembler les commandants de bataillons pour les exliorler à rassembler toutes leurs troupes, parce que je craignais que les ennemis ne revins.sent sur leurs pas dans un pays extrêmement couvert de bois, où l'on ne voyait pas à quinze pas devant soi. On vint me dire dans ce même moment que les ennemis s'étaient retirés en partie vers un vieux couvent. Je fus reconnaître ce rapport, qui se trouvait faux. Dans ce même moment, je reçus une ordonnance du a* régiment de hussards (jiii vint me dire que les ennemis avaient coupé le pont derrière eux sur le canal, à une lii'ue de là. Il était alors quatre heures et demie du soir, et je ne pouvais plus me porter à la poursuite des ennemis, à cause de l'approche de la nuit

«D. Pourquoi n'avcz-vous pas fait prisonnière toute l'armée anglaise et hollandaise?

irfl. Si je l'avais pu, je l'aurais fait, et je me réserve encore de prouver pourquoi je n'ai pas pn le faire.»

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [29 sept. 1793.]

ne peux donc pas être responsable. Le Iroisième, de n'avoir donné qu'un mouvement partiel à l'année, d'avoir laissé tailler en pièces dans un ravin la garnison de Cambrai. Je no |)eux t^lre responsable de ce malheur, puis<|ue je n'avais donné d'autres ordres à cette garnison que de faire une ferme attaque, et non d'aller se fourrer d;;ns un ravin à Avesnes-le-Sec, qui est h trois lieues et demie de la garnison. Ou ne peut pas mâcher tout à un général; il faut qu'il se conduise militairement et qu'il ne s'expose pas. Le quatrième, d'avoir abandonné Menin et d'avoir laissé attaquer l'arrière-garde, et d'avoir gardé le silence sur cette affaire. Je réponds que je n'étais pas à Menin, que j'ai donné des ordres. Je ne puis répondre des fautes d'autrui. J'ai écrit au ministre de la guerre h qui j'ai rendu compta t!e l'affaire de Menin , avec prière de communiquer ma dépêche au Comité de salut public.

Je serais d'ailleurs 1res aise de me justifier devant le Comité de salut public, devant des militaires, la carte h la main. Tous les faits que le représentant Barère allègue ne sont sûrement pas des trahisons. Si j'étais connu de lui, il n'aurait aucun doute sur mon entier dévouement à la République. Je suis aussi un général sans-culotte et qui ai combattu depuis la Révolution en vrai sans-culotte. Jamais je n'ai intrigué; jamais je n'ai désiré être autre chose qu'un capitaine de dragons, que trente-huit ans de services m'ont valu. On m'a forcé de pi"cndi-e les emplois que j'ai exercés; je n'en voulais point, parce que je n'ai pas d'ambition, que je ne veux être qu'un citoyen français. Et ce litre, le seul qui me flatte, ne peut m'être refusé, par mon éternel dévouement pour la cauïe de la liberté et du peuple '''.

HODCHARD.

(Orig. , Arch. de la guerre, armée du Nord.)

C Houchard prolestait constamment de son innocence. Le a octobre 1798, il écrivit à sa femme, qui linbitait clioz son père, à Sarrehourjj, l.i lettre suivante, dont je possède rorijjinal aulojjrapiie :

ftA Paris, îe 9 octoltre 1798, l*aD H de la Hôpublîquc.

ir Je ne sais, mon amie, pourquoi je ne reçois pas de tes nouvelles. Ce silence m'inquiète et nie tourmente. Tu peux m'écrire avec assurance; Je suis simplement en clat d'arrestation, jusqu'à ce qu'on ait trouvé des motifs d'accusation contre moi. Si j'étais oljligc de rester ici jusqu'à ce qu'on en ait trouvé, je resterais éternellement. On en voulait à ma place , et il fallait me donner des torts ou du moins en supposeï- pour

me l'ôter. On [ne] me ronnais.'ail pas; on n'avait simplement qu'à me dire : Vous [ne] nous convenez plus; j'aurais remis à un autre le commandement de l'armée. Je doute que celui qui me rem])hice remplira les fonctions avec jihis de z"le ol de dévouement pour la Hcpublique que moi. Je crois qu'on trouvait que j'étais trop heureux à la guerre, qu'il y a des bonunes assez ennemis de leur patrie pour désirer que je l'eusse été moins. Toutes les horrcuis que les journaux ont vomies contre moi sont des calomnies. Il fallait me donner des torts pour qu'on ne puisse pas dire : Mais pourquoi ote-t-on ce général? Et celte prétendue correspondance avec les princes étrangers consiste en trois lettres du prince de Nassau. Dans une, je l'avais prié de faire

f3o SEPT. 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ.

LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC AU MINISTRE DE LA GUERRE BOUCHOTTE

.analyse. — Envoi d'une lettre des représentants Truliard, Berlier, Hentz et Diujuesnoy concernant ia nomination du général Carrion '■^'. «Il est plus que temps de purger de tous les hommes à masque nos armées trahies depuis si longtemps, i; — On lit, en tête de ces mots, de la main de Bouchotte: «5' division. Suspendre Carrion. r

(Orig., sig. par Carnot et Saint-Just. Arch. adm. rte la guerre, dossier Carrion. Arcb. nat., AF ii i38.)

Minute,

prendre les assignats dans l'étendue de son pays où il y avait des troupes de la République; les deui autres sont au sujet des pompes à feu que je lui ai demandées pour la garnison de Sarrelibre, qui n'en avait point et qui en aurait eu besoin si cette ville eût été as.siégée, et qu'il m'a accordées.

<r Voilà cette fameuse trahison. J'avais d'ailleurs montre ces lettres aux représentants du peuple près l'armée de la Moselle, qui m'avaient conseillé de les garder, parce que le prince de Nassau prenait dans ses lettres les qualités de duc de Diling, et celte qualité pouvait servir un jour contre lui. J'ai mis ces lettres dans une chemise et j'ai mis sur le revers : Lettre» Jet pt-incet itrangert, pour pouvoir les trouver larllement quand on en aura besoin. Tu vois bien , mon amie , qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer de cela. On pourra voir mon registre, on y trouvera la vérité. Si j'avais été un monstre capable de trahir ma patrie, aurais-je gardé des lettres, les aurais-je mises en évidence dans des chemises étiquetées el à la vue de tout le monde?

'^elle seule réflexion aurait dc'i convaincre quiconque aurait le bon sons que ce sont des lettres de nulle valeur; mais il fallait donner et trouver des torts à quel<|u"un qu'un destitue, et il fallait faire voir au soldat que c'est une trahison pour m'ôler sa

confiance, afin qu'il ne soit pas fatigué de ces continuelles destitutions. Nous sommes ici •)!) généraux en prison.

«.Vdieu, mon amie; ne me laisse pas plus longtemps dans l'attente de les nouvelles. Je pense qu'on aura aussi cherché à égarer le peuple de Sarrebourg; mais, quand il apprendra ma justification, il me rendra son estime. Adieu. Mon adresse est : Au citoyen Houchard , aux prisons de l'Abbaye , à Pari.s.it

A la même époque, Houchard écrivait de la Conciergerie à l'avocat et défenseur officieux Moniroui la lettre suivante, dont je possède l'original et dont je publie le texte avec son orthographe défectueuse :

ffje suis détenu, citoyen, à la consiergeric et soubsonné. Je suis l'homme du monde le plus inocenl. Je vous serés obligé de vouloir vous charger de la deflendre. Fait moi le plaisir de venir me voir ce soir, si il étoit possible.

K. Votre concitoyen, (tHodcbaiid.ti

'•'1 Carnot assiste à la séance du (Comité (cf. Aulard, VII, j3o). Il rédige de sa main un arrêté sur les mesures à prendre pour la garde du représentant Antiboul.

!'' Cf. le texte de celte lettre des représentants, datée du i5 septembre 1798, à la page 1&9.

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [3o sept. 1793.

LE COMITÉ DE SALCT PUBLIC AU MINISTRE I)E LA GDERRE BODCHOTTE

Analyse. — Envoi d'uno iettre que le Comité a reçue, en date rlu lA septembre, du représentant Dabrjiy*''.

(Minute, Arcli. nat. , AF ii 35a.)

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