LES COMMISSAIRES DU COMITE DE SALUT PUBLIC AUX MEMBRES DE CE COMITÉ
Maubenge, le ir) t^eptembre, l'an ii do la llcpablique française une et indivisible.
LES COUyiSSAllIKS DC COIIITB DU SÀLCT PCBLIC DE Li COVFEATJO.V flATIOSALE ÀVX CITOTBSS HSPnÉsEUTÀNTS MEMBRES DVDIT COMITE.
Citoyens représenlanls,
Dans toutes les ville* où nous avons passé nous avons vu luie superbe jeunesse que la jtremière réquisition a produite. Elle abnudail de toutes pai'ts et se portail aux frontières avec ardeur, lorsc[ue des malveillants, qui sans doute avaient vu avec [daisir l'ailaire de Cand)rai, en ont répandu la nouvelle dans toutes les villes et dans nos artiiées, en exagérant, en outrant les choses qu'ils rapportaient, au point ([ue huit à dix mille hommes, disaient-ils, venaient d'être massacrés près de Bouchain , que celte ville el Candjrai étaient bloquées et que dans peu elles seraient au pouvoir des ennemis. Ces jeunes gens , effrayés au récit de ces fausses nouvelles, ont pris la fuite au nombre de huit cents; mais, aussitôt qu'on s'en est
'') Auloine Balland, né au l'ont-<le- Boauvoisin (Isère) le 37 août 1751, soldai au régiment de Bcauvoisin (futur 57' d"infanlcrie)le 17 avril 17G9, caporal le 17 février 1771, sergenl le a'i février 1773, ser;;i'nl-niajor le 11 août 1781, adjudant le '1 se|ileinbre 178A, eonjjédié le 1" novembre 1790, capitaine au 1", bataillon de Paris le 91 juillet 1791, lieutenantcolonel en a* le 16 janvier 179a et eu i" le ai août suivant, rbef de brigade au
83* d'infanterie le 8 mars 1798, général do brigade employé à l'armée du Nord le 37 août 1793 el de division le 13 septembre suivant , non compris dans Torgaiiisalion du â5 prairial an m (i3 juin 1795), admis au traitement de reforme le a3 ventôse au VI ( 1 3 mars 1798), maire de (juise , chevalier de la L<''gion d'bonneurle a 8 aoûl 1817, reçoit des lettres patentes de chevalier le 28 mars 1818, mort à (juise (Aisne) le 3 novembre i8ai.
22i CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [29 sept. 1798.]
aperçu on a donné des ordres pour les arrêter, et ils ont été reconduits à leur destination. Deschamps, l'un de nous, en revenant de Paris pour se rendre à Maubeuge , a été témoin et a contribué à l'exemple que le général Reaurgard a fait de deux des plus mutins de ceux tpii s'étaient rendus à la Réunidn-sur-Oise , ci-devant Guise. Le général a donné ordre de les raser. Les troupes composant le camp devant cette ville ont formé un bataillon carré, au milieu duquel on a conduit les deux mutins. Le barbier du bataillon du Calvados a été choisi pour les raser; mais, soit qu'ils tinssent encore à cet ancien préjugé, qui faisait croire qu'on était déshonoré, étant employé à de pareilles exécutions, les officiers et quelques soldats de ce bataillon s'opposèrent d'abord à ce que leur barbier obéit aux ordres du général et le reconduisirent sous sa tente. Deschamps , sentant le danger de ce refus , le fit connaître au général , et la fermeté qu'ils eurent tous les deux au milieu des violents murnuires qui s'élevaient dans la troupe ramena l'ordre et l'obéissance. Les deux mutins furent rasés par ce même barbier et conduits en prison à Guise. Tout a fini par les cris de : Vive la République!
Au moment oh l'on a le plus besoin de discipline , et lorsqu'une telle désobéissance pouvait influer sur ces gens qui ne font que d'arriver, il eût été bien important et politique de sévir rigoureusement contre les individus qui s'opposaient aux ordres du général; mais ici on a examiné l'intention. Un préjugé était leur mobile. Sans s'opposer à la punition des deux mutins , ils croyaient leur honneur compromis, en laissant se servir de leur barbier. D'ailleurs ils ont toujours observé la plus exacte discipline et ont rendu de grands services à la Répubhque. En conséquence, le général n'a puni les trois officiers qui avaient provoqué le refus, que de quinze jours de prison pour l'un, huit jours pour l'autre et trois jours pour le troisième , chacun suivant son tort , et il s'est contenté de faire une morale aux soldats , qui ensuite ont été très tranquilles.
D'après ces faits nous avons cru voir qu'on ourdissait une nouvelle trame pour jeter l'alarme dans les nouvelles levées. 11 est bien important pour le salut j)ublic d'en découvrir les auteurs.
Quant à la formation en bataillons de ces jeunes citoyens , elle a ses inconvénients. Ils ne connaissent point la manœuvre , ni les chefs qui pourront provenir de leurs nominations. Si on leur donne des instructeurs, cela laissera un vide dangereux dans les corps d'oii on les tirera et encore ne seront-ils pas en état de se battre avant trois mois. Si on les eût incorjjorés dans les différents corps incomplets, ils eussent appris plus promptement le service et auraient été employés avec plus de succès contre nos ennemis. Le fait suivant vient à l'appui de cette mesure. Il y a quelques jours , l'ennemi ayant fait un mouvement qui en nécessitait un de la part de nos troupes devant Guise, les citoyens de la première réquisition ont manifesté leur refus de se battre , en alléguant le défaut de ne savoir manœuvrer, ni ceux qui les commandent. Un seul coup de fusil , lâché dans un bivouac, leur a inspiré une frayeur telle, que trois cents d'entre eux ont pris la fuite , sans qu'on ait pu les retenir. Nous vous le réitérons , citoyens représentants, le seul moyen d'en tirer parti, c'est do les incorporer dans les anciens corps de cavalerie et d'infanterie. Les corps neufs ne peuvent rendre aucun proni])! service.
[aysEi'T. 1793.] CORHESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 225
Les bons républicains de la Réunion-sur-I'Oise, ci-devant Guise, nionlrent une énergie bien révolutionnaire; ils prennent des mesures rigoureuses contre les gens suspects. Ils travaillent avec activité à l'habillement et à l'organisation des troupes provenant de la premièi-e réquisition (jui abondent en cette ville. Les habitants des lieux voisins n'ont pas tous le même amour pour la Républitpie. A Origny- Sainte -Benoîte, quatre lieues de Saint- Quentin, ils sont gangrenés il'aristccratie. Beaucoup de membres des corps constitués de cet arrondissement sont contre-révolutionnaires et n'ont pas peu contribué à la fuite des jeunes gens de la nouvelle levée. Dernièrement, sous prétexte que c'était la fête de l'endroit, ils avaient mis un drapeau blanc à leur clocher. De bons citoyens leur ont observé que ce drapeau était j)roscrit, et qu'ils pouvaient aussi bien célébrer leur fête avec celui tricolore. Ils ont répondu d'un ton décidé qu'ils étaient maîtres chez eux et qu'ils le mettraient quand bon leur semblerait, surtout si l'ennemi s'avançait. Le maître de poste de ce village est un excellent républicain , mais il est presque seul à luttpr contre tous les autres. Ses jours ont été souvent exposés à la fureur de ces esclaves cpii semblent désirer avec enthousiasme le règne des tvrans. Ce citoyen, nommé Paris, demande que l'Assemblée nationale change les brevets de maîtres de poste , ipii portent le seing de Ix>uis Capet , en d'autres revêtus de marques républicaines, et qu'on supprime le mot de irnuiîtrei (nous n'en reconnaissons pas d'autre que la loi). Il voudrait bien aussi, pour le bonleur du pays, qu'on y envoyât quelques bons jacobins pour févir contre les aristocrates et électriser les habitants du lieu et des environs.
Manbeuge est en état de siège, au moyen de quelques a]iprovisionnen)ents militaires qu'on y ferait encore et l'achèvement des galeries et fourneaux qu'on construit aux avancées. \jU place, quoique les ouvrages en soient très bons, n'est pas forte par elle-même, étant dominée <le trois cAtés; mais le cauq) retranché et le» redoutes qui l'avoisinent la rendent formidable. L'artillerie n'y manque pas. On demande de la poudre, du plomb et d'autres objets nécessaires à la défense de la place, ainsi que vous le verrez par l'étal <pie nous vous envoyons, citoyens représentants, sous le n" i.3. Vous connaîtrez la sidiation de la place, des camps el des magasins, par les antres états joints ici sous les n°' i/i , t5, i 6, 17, 18, 19, ao, at ; et sous 1rs n" aa et a3 sont les étflts des subsistances militaires existantes dans les magasins de Landreries et d'Avesnes.
En visitant les magasins d'équi])ement de Maubeuge, nous avons renuirqué une friponnerie insigne. Deschanqis, l'un de nous, a reconnu des souliere qui avaient été refusés conune mauvais à l'administration de Paris et transportés de là aux magasins deMeaux, où les fripons de régisseurs, ([ui s'entendent avec les fournisseurs, les ont reçus et fait passer ici et ailleurs. Il est inq)ortanl de surveiller ces magasins. Quant aux autres fournitures, conune habits, vestes, culottes, etc., on en est assez content. Le citoyen Rouyer, inspecteur de ces magasins, est un excellent réjiublicain : il lutte contre tous 1rs fripons qu'il rencontre, surtout dans cette partie.
La situation de la |)lace est très sitisfaisanle; les vivres y arrivent chaque jour, et dans peu elle sera à l'abri de tous besoins de celle nature. Il serait à désirer qu'il en fût de même ])uur les amies. Beaucoup de corps en manquent.
226 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [agssPT. 1793.]
Il s'est tenu ici un conseil défensif, où l'on a agité la question de savoir si on continuerait les travaux des deux fortins ({ui sont connuencés dans le camp, et s'ils ne deviendraient pas nuisibles en cas que l'eunenii vînt à s'emparer des premiers ouvrages. On y a décidé ([u'on les achèverait et que , dans le cas ])révu , on les rendrait inutiles à l'ennemi au moyen des fourneaux qu'on y établirait pour les faire sauter.
La garnison de Maubeuge et les troupes des camps voisins sont dans les bons principes; mais l'ordre et la discipline n'y ont pas été assez observés, par la négligence des chefs d'alors. Le général Ferrand , qui commande actuellement cette division, nous laisse à penser qu'il saura bientôt réprimer tous les abus qui y régnent. Il l'eût sans doute déjà fait , si les fatigues qu'il a essuyées ne l'eussent mis hors d'état de monter à cheval et même de sortir de sa chambre. Depuis quelques jours , cependant , sa santé parait se rétablir, et probablement il ne tardera pas à mettre tout en activité pour faire déloger les coquins de Quinze-rehques (Kayserlicks), qui viennent quelquefois en station à une demi-portée de fusil des remparts de la ville.
Le général Gudin , qui commande la place, n'a pas la confiance des vrais sansculottes, et nous pensons qu'il ne la mérite pas; on lui reproche le royalisme et avec justice. Gudin voulait marcher sur Paris avec La Fayette après le 1 o août. D'ailleurs son insouciance et sa lenteur dans ses opérations le rendent très nuisible à la République; eu outre, il est impotent.
Le commandant temporaire de la ville est bon républicain , et quoique fort âgé il est néanmoins très actif et bien dévoué à la chose jjublique. 11 était commandant de la garde nationale, place qui ne lui rajiportait rien; dans celle qu'il occupe à présent, il ne reçoit rien non plus. Tant qu'il a pu tenir ainsi, il Ta fait sans demander d'indemnités , mais aujourd'hui que sa fortune ne lui fournit plus les moyens de servir la République gratis , il réclame un traitement et il nous a chargé d'un mémoire à ce sujet, que vous trouverez ci-joint.
Le général Desjardin, qui conunande le cantonnement de gauche, parait bon et avoir beaucoup d'activité. Meyer, qui commande celui de droite , est bon aussi.
Le chef du génie a beaucoup de talents , mais point d'activité dans l'exécution , et les travaux en souffrent; son civisme n'est pas très pi'ononcé.
L'esprit républicain prend consistance ici, surtout de()uis quinze jours. Les sans-culottes agissent vigoureusement; ils prennent de grandes mesures de salut public. Ils ont formé un club qui se rendi-a digne des Jacobins de Paris; les militaires viennent se nourrir dans cette société de l'amour de la République et par conséquent de leur devoir. Les gens suspects tremblent maintenant; ils sont si petits qu'on ne les aperçoit presque plus. C'est à l'exemple de fermeté qu'a douné le Comité de salut public que l'on doit ces progrès rapides. Tant qu'il prendi'a des mesirres de vigueur, il fera triomj)her la liberté. Déjà la terreiu' se réj)and parmi les malveillants , au bruit des arrestations journalières.
Maubeuge n'a point à craindi'e un siège. L'ennemi a des redoutes à demiportée de la place ; mais c'est sans doute pour nous amuser, taudis qu'il portera des forces d'un autre côté. En allant à la découverte avec le général Desjai-din , nous avons remarqué qu'il faisait un mouvement |)oui' se porter sm' la haie
[ag sBPT- 1793.] CORRESPONDANCE MILITAIRE DU COMITÉ. 227
d'Avesiies, afin de coiniuuniquer avec sa colonne, qui est à Beauniout. Nous avons vu nous-mêmes les pontons qu'il descendait le long de la forêt de Mormal jjour élahiii' des ponts sur la Sanibre. S'il s'emparait une fois de la forêt de Neuvion, il ne lui serait pas difficile d'anùver au but qu'il se propose, et dans un seul mouvement il bloquerait Landrecies, Avesnes et Maubeuge. Pour l'effectuer, il ne lui faut |)as plus de vingt à vingt-cinq mille honnnes. C'est surtout sur cette partie de la République qne vous devez, citoyens représentants, j)orter votre attention. Iji division qui la défend doit être mise en activité. Depuis longtemps elle est dans une apathie nuisible à la République. L'inaction influe désavantageusement sui- l'esprit et le caractère du soldat. Plus il va au feu, moins il le craint. L'armée des Ardennes est prête. Un chef actif à sa tête , un mouvement général bien combiné , voilà ce qu'il faut ici. Avec ces moyens nous chasserons les esclaves du teri-itoii-e de la liberté. La saison s'avance; nous devons avoir vaincu avant l'hiver, afin que ces coquins ne se chauffent pas de notre bois.
Salut et fraternité.
Deschamps, Quinev.
P.-S. Nous décachetons la présente, eu passant par Guise, poui- vous l'aire part, citoyens représentanls, du mouvement qui vient d'y avoir lieu. L'espion nous ayant ra])porté que l'ennemi se jiorlait siu' deux colonnes pour nous attaquer, l'un de nous s'est aussitôt transporté sur les lieux, où il a remarqué une colonne d'environ quatre cents hommes. Mais nos dispositions de défense leur ont sans doute insjiiré quei([ues craintes, car ils n'ont pas approché. On ignore encore où s'est portée leur auti-e colonne. Mais Quinev, l'un de nous, retourne d'ici à Maubeuge et, s'il découvre quekpies mouvements, il en fera part à son collègue qui retourne à Paris.
On emploie l)eaucoup de notre cavalerie en oitlonnance et correspondance. Ce service pourrait se faire par des contingents montés sur des chevaux qui ne peuvent pas servir à la cavalerie, mais qui seraient très bons h cette besogne. Cela ne diminuerait pas notre cavalerie, qui n'est pas assez nombreuse.
Le général Beaurgard, cpii commande à Guise, a montré beaucoup de talents militaires: avec deux bataillons il en faisait paraître vingt par la manière de les placer. Il est brave; il parait patriote, mais il n'est pas exemj)t de siu-vciliance , car son ambition , .son orgueil et son caractère fougueux |)eHvent nuire à la chose publique.
(Orig., Arcli. de la (.'uerre, armée du Nord.)
a 9 SKPTEMBBK 1793. LES GÉNÉRAUX BRUNE ET CIIAPUY AU COMITÉ DE SAI.UT PUBLIC.
Aiialt/se. — 1° Le général Brune écrit de Bordeaux que cette ville commence à se prononcer fortement pour la Convention nationale et qu'on y a célébré le a8
228 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [99 sept. 1798.]
une fête en l'honneur de Marat'''. Les sans-culottes attendent, sans se plaindre, à la porte des boulangfers , du pain noir h dix-huit sous la livre. Les conlre-révolutionnaii-es girondins, parmi lesquels Grangeneuvc '*' , ont fui. Une députation de la nouvelle municipalité de Rordeaux vient de lui rendre visite au ci-devant hôtel de TEuipereur, qu'il a ba[)tisé hôtel Marat. ( Copie , Arch. de la guerre , armée des Pyrénées occidentales. ) — 9° Le général Chapuy écrit de Cambrai poui- inforaier le Comité de l'ajjproche et de l'augmentation des forces ennemies, des besoins des places de Bouchain et de Cambrai et du l'efus fait par le commissaire ordonnateur Pinthon de payer les frais de police et de bureau. (Analyse, Arch. de la guerre, corr. gén.)
PAiiis, rjy SKi'rEMUiiE 1793. '
LE GÉMiRAL HOUCIIABU AL MINISTRE UE LA GUERRE.
Paris, le ay sepleuibie 1798, l'an 11 de la lté|iubli<iue française.
Citoyen ministre ,
Je vous envoie l'exposé de ma conduite depuis nmn arrivée à l'armée du Nord ; je vous prie d'en prendre lecture et de m'en obtenir une audience du Comité de salut public. Je n'ai aucune connaissance dans ce pays-ci; il n'y a que vous qui puissiez m'obtenir les moyens de me justifier. J'ai l'âme pure, la conscience nette et suis fort de mon innocence. Les choses que l'on m'im[)ute sont de toute fausseté. J'ai toujours été un sans-culotte des plus dévoués à la République. Jamais je n'ai rien demandé. On m'a forcé de prendre les différentes places que j'ai occupées. Je n'ai jamais eu d'ambition, et l'intrigue a toujours été loin de moi. Vous saviez ma répugnance pour le commandement , et je ne devais pas m'atlendre , pour le prix de trente-huit années de services , dont dix ans de guerre , avec six blessures , d'être en prison à l'Abbaye. Faites que je puisse rentrer dans ma famille et sous la surveillance de ma municipalité, et on verra que je suis toujours digne d'être un bon citoyen de la République française.
HoiiCHARD.