À MADAME AUPICK
[i^ novembre 18^9 '''.]
Quelle extraordinaire imagination tu possèdes!
II a fallu que je parvinsse à comprendre ou plutôt à deviner d'après tes détestables explications.
1° Tu n'as pas demandé de quelle nature était ce papier.
2° Tu n'as pas demandé (après avoir dit que j'étais absent) l'adresse du banquier.
(^' Voir la note i, page 365.
(^' et", notre édition de cet ouvrage, p. 220 et suiv. Baudelaire avait alors plusieurs différends avec Michel Lévy, notamment au sujet de ses essais sur Poe, voyez les n°' 473 et 475.
t') La date est fournie par l'acceptation qui suit la lettre.
Enfin, quelle singulière idée de vouloir que la Banque ait des délicatesses de sentiment et qu'elle devine qu'elle te fera mal aux nerfs en te demandant une signature en mon absence!
Car, quant à supposer qu'une personne quelconque tire une traite sur moi en recommandant au banquier d'exiger ton acceptation , c'est un rêve , une folie pure.
Un billet n'est jamais présenté qu'à échéance; donc ceci ne peut pas être un billet. D'ailleurs tu aurais reconnu mon écriture.
On vient, un mois avant l'échéance demander ma signature ou, en mon absence, la tienne. C'est une précaution pour savoir si j'accepte, si je reconnais pour valable, le titre. On n'a aucun droit pour te demander la tienne. — Quant à cette précaution qui se prend très rarement, et seulement pour les traites, je n'en puis pas faire un reproche au banquier; car il se pourrait que quelqu'un à qui je ne dois rien s'avisât de tirer une traite sur moi.
Donc c'est une traite.
Voici l'acceptation que je ne mets pas sous enveloppe, afin que le timbre de la poste en garantisse l'authenticité. 11 faut la faire remettre au banquier dont tu ne m'as pas envoyé l'adresse.
Vraiment, ma chère mère, tout cela aurait pu me faire rire, si je n'avais deviné que selon ton habitude tu te mettais martel en tête de la manière la plus sincère.
Excepté Machiavel et Condorcet, qui n'est même pas commencé et que je ferai à Honfleur, tous les ouvrages annoncés au dos de ma brochure, sont jinis et paraîtront l'année prochaine de mois en mois, I vol. par mois.
Les Notices littéraires sont finies. Eurêka est fini.
Etc., etc.(^'. . .
Je ne t'ai pas envoyé les numéros de la Revue de Genève, parce que l'ouvrage que j'y fais imprimer (^Eureba) est pour toi d'une nature mintelligible, et ensuite est devenu plus obscur encore par les abominables fautes d'impression commises par ces imbéciles.
Les remue-ménage que tu as faits dans mes deux chambres m'inquiètent beaucoup. Enfin je verrai cela prochainement.
Je me suis trompé, je le crains bien, pour le thé que je t'ai envoyé. J'ai dans l'idée que c'était un autre que j'avais en vue.
Es-tu contente de la brochure? Je ne parle pas
(') Voici l'annonce qui figurait sur le deuxième plat de la couverture du Tbiopbile Gautier :
«Ouvrages du même auteur chez Poulet-Malassis et de Broise. Sous presse : Les FLurs du Mal, 2° édit. , augmentée d'une préface et de vingt poèmes inédits; Opium et bascbiscb , ou l'Idi'al artificid; Curiosités estbJtiques. — - En préparation : Notices littéraires; Macbiavel et Condor cet , dialogue philosophique.
«Chez Michel LÉVY. Traduction des œuvres d'EoGAR PoE, Histoires extraordinaires ; Nouvelles Histoires extraordinaires; Aventures d'Artbur Gordon Pym. — En préparation : Eureba.n
Faut-il ajouter que l'état des ouvrages nouveaux ne correspondait qu'imparfaitement aux assertions de l'auteur, et qu'ils ne paraîtront pas non plus selon le rythme prévu? On s'en doute. Seuls les Paradis artificiels verront le jour en 1860. La deuxième édition des Fleurs sera retardée jusqu'en 1861, et Eureha jusqu'en 1863. Curiosités esthétiques et Notices littéraires (L'Art romantique) feront l'objet de publications posthumes. Macbiavel et Condorcet ne sera jamais commencé, et Baudelaire devra renoncer aussi à former, avec Le Corbeau et La Genèse d'un poème, la brochure dont nous le voyions tout à l'heure (dans sa précédente lettre à Poulet-Malassis, page 363) caresser le projet : ces deux morceaux entreront simplement dans Histoires grotesques et sérieuses, en 1865.
de moi. Je parle de la forme que Malassis a donnée à la chose, caractère et papier ^^^7
(Cette dette Malassis finira. Ainsi, sur c ouvrages annoncés ici, il y en a 4 qui lui appartiennent pour un tirage à i.ioo ex. et qui diminueront ma dette d'au moins 1.200 fr.)
Je t'embrasse et te supplie de ne plus inventer
des monstres.
i^ novembre 18^9.
Note pour le banquier d'Honfleur chez qui se trouve la traite de M. Poulet-Malassis tirée sur M. Baudelaire.
J'ai parfaitement connaissance de la traite de mille francs, échéant le 12 décembre prochain, payable à Honfleur, et tirée sur moi par M. Auguste Poulet- Malassis, Imprimeur à Alençon, place d'Armes, et hbraire à Paris, rue des Beaux- Arts, 9. Je ne puis pas faire le voyage de Paris à Honfleur pour donner une signature; mais je reconnais pleinement et j'accepte cette traite de M. Malassis, avec qui je suis en compte pour affaires de hbrairie et d'imprimerie. Je serai à Honfleur dans les premiers jours de décembre, et la traite sera payée le 12.
Déjà plusieurs fois, j'ai payé des traites de M. Malassis à Honfleur, et c'est la première fois que cette précaution est prise de me demander mon acquiescement.
Charles Baudelaire.
à Honfleur, à Paris,
rue de Neubourg. 22, rue d'Amsterdam.
C La chose : Théophile Gautier.
DE CHARLES BAUDELAIRE. ^6y
[A Alençon. — Particulière.]
ij novembre 18^9.
Mon cher ami, votre dernière lettre est très raisonnable, et j'accepte tout, sauf une clause bizarre; c'est la réimpression dans 2 ans. Mais si chaque livre est épuisé avant 2 ans? — Donc, 300 fr. tirage i.ioo. Traité renouvelable. Les 4 manuscrits livrés à la fin de l'année. — Or, comme de Broise paje moitié avant l'impression , c'est donc une somme de 600 fr. qui rentrera dans votre poche, pour diminuer ma dette '^l
Je ne parle pas encore de M. de Rode, parce que je prévois qu'il y aura quelque difficuhé à tirer tout le reste d'un coup avant le 15 décembre.
J'ai vu M. de Calonne. J'ai la plus parfaite confiance dans sa parole. II vous donnera un billet, mais non pas le 20, le i" seulement parce qu'il veut me donner le temps de l'accabler de copie. Ce que je vous affirme est solide. Son billet sera parfaitement payé. Il servira évidemment à subvenir aux deux paiements 410 et 410 du i^ déc. (la rentrée de Billault'^' sert ses affaires).
C' Non, 300 francs pour 1.600 exemplaires, répondra Poulet-Malassis. Finalement c'est 200 pour 1500, avec renouvellement facultatif du jour où les tirages seraient épuisés, qui figureront au traité du i" janvier 1860.
(^) Après l'attentat d'Orsini, Billault s'était vu remplacer au Ministère de l'Intérieur par le général Espmasse; mais le 1" novembre 1839 la confiance de l'empereur lui avait rendu son ancien département.
Le Boyer (800,50) payable chez Asselineau sera payé par un billet Christophe.
Le Christophe (750,75) sera payé par un billet Boyer(i).
Ces deux billets sont pour le 70 déc.
Restent maintenant les 1.500. Chez ma mère, à Honfleur. — 11 faut absolument que je me serve de Tenré et de Gélis*^). De Gélis tout seul, si Tenré vous déplaît, avec votre signature, cela va sans dire.
On est venu chez ma mère pour lui demander l'acceptation (de quoi?) d'une traite évidemment pour le 12 déc. Je ne savais pas que c'était une traite. J'ai envoyé mon acceptation de Paris.
Maintenant, il est possible, je dis possible , qu'à la fin du mois, ou avant le 10, je puisse vous offrir i.ooo fr. venant d'Hostein^^l
Donc, en mettant les choses au pire, la dette sera diminuée cette fois de 800 fr. Seulement au jour de l'an de 600. 4 mois après de 600.
Delacroix est parti. J'ignore donc si votre tableau est fait. Peut-être l'a-t-il fait à la campagne ^'^
Eureba a failli vous appartenir. Quelle canaille que cet homme '^^. C'est moi qui paye les
('' II s'agit toujours de billets de complaisance fournis par Philoxène Boyer ou par Ernest Christophe.
(^' Escompteurs, voir page 3^1, note i.
(*' C'est-à-dire avancés sur le scénario du Marquis du i" Houzards.
(*) Voir page 353, note 2.
(*^ C'est Michel Lévy que Baudelaire qualifiait ainsi ; on sait qu'il avait l'injure facile. De portrait d'Edgar Poe, il n'y en aura pas finalement en tête d'Eureka.
frais du portrait. Réponse, s'il vous plaît. Tout à
Excepté Espagnols, Allemands et Guys''^\ Curiosités est fait.
Opium et Haschisch est fait.
Excepté 4 ou 5 pièces, Les Fleurs sont complètes.
Les Notices sont toutes faites et même remaniées.
Elles sont là, sur ma table.
Mais ce sera peut-être notre 4^ [volume] dans l'ordre parce qu'il faut les laisser paraître ailleurs '^^?
Avez- vous passé, pour dimmuer quelques-uns de vos embarras, tous les billets que je vous avais envoyés par précaution? Ne vous offensez pas; car je trouverais cela très excusable et très naturel. — Autre histoire. — ■ Est-ce que les 250, à compte sur les Curiosités, sont compris dans les 1.500 payables à Honfleur?