‹ Correspondance généraleChapitre 102 sur 122 · À MADAME AUPICK · texte numérisé non relu

À MADAME AUPICK

1" novembre 18^9.

Sans doute je t'écrirai minutieusement sur mes affaires, et je crois même que j'aurai prochainement des nouvelles heureuses à t'annoncer.

Q,uant au thé, tu te trompes; je t'ai envoyé cet échantillon, qui est un thé fort renommé, non pas pour le mêler, comme assaisonnement, à des thés inférieurs, mais pour le prendre pur. Alors, d'après ce que tu me diras, je saurai si ce thé est aussi bon qu'on le dit.

Sois bien persuadée que je n'aurai pas la cruauté de te laisser passer ton hiver toute seule.

Je te remercie de tout mon cœur de cette ardente curiosité que tu donnes à mes affaires. — Je suis maintenant convaincu que si j'ai été si souvent malheureux, c'est en grande partie, par ma faute. — Pourvu que j'aie la santé et la. patience de prouver ce que je vaux!

Le mot que tu n'avais pas pu hre était thé. Il paraît qu'il y en a encore un autre; mais celui-là est à 600 francs la livre. Que diable cela peut-il être? Peut-être s'est-on amusé à exciter ma curiosité?— Celui que je t'ai envoyé, qui est d'un prix fort modeste (48 francs le kilo, 30 la livre), et qu'on appelle le thé de caravane, est, à ce que dit un de mes amis, tantôt bon, tantôt mauvais. Le marchand lui-même est peut-être trompé. D'après ce que tu me diras, je verrai s'il faut acheter encore de la même espèce.

Avant de quitter Paris, j'aurai grand soin de

prendre l'adresse exacte du marcliand de pailles et nattes orientales, et d'aller lui demander ses prix.

Maintenant, j'ai quelques recommandations à

te faire :

// faut que mes cartons et paperasses restent dans le même état où je les ai laissés. J'ai une peur affreuse de la bêtise des servantes.

Il n'y a qu'un seul mur (celui de mon cabinet faisant cloison avec la cour) sur lequel rien ne doit jamais reposer, à cause de l'humidité.

11 faut que tu aies bien soin d'accumuler, et non pas de détruire tout ce que je t'envoie, ayant trait à la littérature, brochures, revues, journaux, fpreuue5. Il m'arrive très souvent de n'avoir pas de double. Ainsi, je n'ai pas de double de mon Salon^'^^ (les derniers articles sont allés à Honfleur depuis mon départ, les uns en brochure définitive, le dernier en épreuves), non plus que de mes vers dans la Contemporaine , etc.

Enfin , il faut que tu cherches dans la partie droite de mes rayons, à l'endroit où sont accumulés les • livres brochés, une toute petite brochure {Bertram par Maturin, texte anglais), et une autre brochure plus grande {Bertram de Maturin, traduit en français par Nodier et Taylor)'^).

Tu mettras (non pas sous enveloppe) mais sous une bande assez large pour couvrir presque toute la couverture, chacune de ces brochures; cela te coûtera beaucoup moins cher que si tu les affranchissais comme lettres; et tu me les enverras à l'hôtel' de Dieppe. (Aie bien soin de ne pas glisser de

(1) Le Salon de i8^ç.

(*) Voir la noie sous la lettre précédente.

lettre dedans. Tu nous ferais faire un procès.) H faut que ta bonne ait l'esprit de faire affranchir

COMiAIE IMPRIMÉS.

Maintenant, je t'embrasse de tout mon cœur, et je te remercie.

Charles.

Malgré ta vue basse, tu remettras gentiment toutes les autres brochures à leur place sans les friper; je te demande pardon de cette recommandation.

i" novembre 1859.

Mais comment donc s'explique cette question de pagination? Comment est paginée la r* feuille '^^?

Autre chose : toutes les fois que j'ai eu quelques torts vis-à-vis de vous, soit inexactitude, soit retard, dans des afi^aires d'argent ou de littérature, vous m'avez traité Dieu sait comment, et comme je ne suis pas aussi gros que l'homme de Cyrano '2', il ne vous a pas fallu un jour tout entier pour me battre, mais une minute.

Et vous, maintenant, trouvez-vous qu'il soit bien raisonnable de prendre huit jours pour mettre en pages une petite feuille composée depuis longtemps? Je suis intéressé, pour plusieurs raisons, à publier ceci le plus vite possible.

(') La première feuille du Théophile Gautier. II avait été question, on Va vu, de placer deux épigraphes au verso du titre. (') Allusion à la lettre de Cyrano : Contre un gros homme.

La fin de l'année, la fin de ce mois peut-être, amènera pour moi la possibilité de vous livrer 4 volumes : Fleurs, Curiosités, Excitants, Notices littéraires, sans compter une brochure (Corbeau et Genèse d'un poëme)^^K Or, si vous allez de ce train, il vous faudra 4 ans pour publier mes 4 volumes, au lieu qu'avec un bon texte il doit suffire de 4 mois (i feuille tous les 3 jours en supposant les volumes composés de 10 feuilles).

Eureba est encore une question entre moi et Michel. Si je savais qu'une brouille à ce sujet peut l'amener à me rendre les 3 premiers vol., je me brouillerais (2)

Un mot, s'il vous plaît.

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