‹ Correspondance généraleChapitre 107 sur 122 · À MADAME AUPICK · texte numérisé non relu

À MADAME AUPICK

[Honfleur.]

8 décembre

Tu es vraiment bien dure, ma chère mère, et tu me tourmentes beaucoup. Ne me disais-tu pas

(') C'est du Théophile Gautier qu'il est question ici. — Nous n'avons pas retrouve la note de M. Zimmer.

dernièrement que je t'obligeais k faire face (c'est ton expression) à des paiements de billets, et que mon ami Malassis (qui m'a prêté 4.000 fr. à l'insu de son beau-frère et de sa mère, et qui [a] osé le premier encourir une condamnation pour moi) sentait l'usure? Je ne peux pas toujours t'écrire de longues lettres, avec toutes ces occupations et ces longues courses que je ne fais pas toujours en voiture. Tu me dis que tu es agitée par cette pensée des i.ooo fr. que j'ai à payer chez toi. Juge donc de ce que j'endure depuis 18 ans.

Je reste à Paris parce que le drame est mauvais'^\ que le plan est à recommencer, et que je désire ne retourner là-bas qu'après avoir signé mon traité avec le Cirque '^^ et après avoir emprunté 3.000 fr. aux gens dont le métier est de faire des avances sur ces sortes d'ouvrages.

Le vol. Notices littéraires est fini. Le vol. Fleurs du Mal est presque fini. Le vol. Opium et Hascbicb sera fini après-demain. Le vol. Curiosités esthétiques sera fini à la fin du mois. Eurêka (4' vol. de Poe") sera fini dans huit jours. Je ferai à Honfîeur : Machiavel et Condorcet, cela me tiendra un temps infini t^l

Tu oubhes encore que moi, prodigue, je suis transformé en tuteur et en sœur de charité '^l

Je te récrirai. Je t'embrasse et je te remercie pour tous les soins que tu donnes à mon petit nid.

''■^î Le Marquis du i" Houzards, destiné à Hostein qui, le 1" janvier 1860, allait devenir le directeur du Théâtre Impérial du Cirque.

(s 4) "VÎ)Jr la note de la page 365.

Tu recevras (chemin de fer ou poste) les i.ooo fr. le II.

Tu vois que je ne perds pas mon temps.

^d"]' À LA MÊME.

10 décembre [1839].

Dans tous mes rendez-vous de ce matin, j'en ai manqué un. Je te mets 800 fr, au chemin de fer, que tu recevras demain dans le milieu de la journée, si le chemin de fer fait ses distributions à la même heure que de mon temps, he port est payé.

Demain je t'enverrai 200 fr. sous forme de lettre chargée qui, naturellement, arrivera le 12 à 8 heures du matin.

Je fais enregistrer les 800 fr.

Je t'embrasse. >-

Charles.

Demain veut dire tout à l'heure. Je parle des 800 fr.

[il décembre 18^9.]

Mon cher ami, vous me faites frémir avec votre pénurie. Et je suis dans le même cas. Vous avez à payer 410, 410, et 500 à Honfleur; quel jour? je

l'ignore. Voilà un billet qui vous aidera; cela est facile maintenant qu'il n'y a plus ou presque plus de Baudelaire à Alençon.

Le billet de Calonne doit-il être fait à vous ou à moi ? Réponse tout de suite. Il sera peut-être de plus de 800 fr. et vous pourrez l'escompter le 14. Vous savez que je vous demanderai un service làdessus, dussé-je vous renvoyer l'argent, car je crois que de Rode va s'exécuter.

Enfin VOpium va paraître. Nous pourrons donc commencer un livre en janvier. Il faudrait (plus tard) pousser de Broise à payer en totalité les livres en question au fur et à mesure de la livraison. — Cela vous aiderait.

Si vous pouvez faire face aux ^00 d'Honfleur sans moi et sans Calonne, ce serait encore mieux,

Avez-vous reçu une lettre de moi hier samedi '^^?

Bien à vous.

[13 décembre 1859.]

Mon cher ami.

Voici le prix de VOpium et même un peu plus.

— Avant le f janvier, M. Guys, peintre de mœurs^^\

— Allemands, Anglais et Espagnols seront livrés et payés de même'^ .

''^ Cette lettre-Ià ne nous est pas parvenue.

(-) Les Confessions d'un mangeur d'Opium allaient passer à la Revue contemporaine les 15 et 31 janvier 1860.

(3) Voyez notre note i, page 369. Quant aux Peintres anglais, Baudelaire en abandonnera le projet.

DE CHARLES BAUDELAIRE. ^y j

M. de Calonne, ne voulant absolument pas faire une fiction vis-à-vis de son administrateur, a fait les billets à mon ordre, et il faut me renvoyer ce reçu signé de votre nom ^^K

Escomptez ceci dans la journée. Car j'ai un cruel aveu à vous faire. A l'époque où j'ai dû laisser poursuivre Morel'^^ et être poursuivi à cause de lui, M. Gélis m'a dit : «Je ne veux pas vous poursuivre, mais dans un délai de... donnez-moi une signature qui remplace celle de ce monsieur qui est en déconfiture.» Tel a été, après une longue lutte, le sort de ce billet de 820 fr. que dans ma pensée je devais payer avec Eureha^^\ Vous devmez mon angoisse et ma colère quand cet imbécile de de Rode m'a dit que désormais il ne voulait payer que n" par n". A partir de l'année prochaine, ma production pour de Calonne devant rapporter 50 fr. de plus par feuille, il y aura une espèce de compensation pour cette perte de 860 fr.

Expédiez par lettre chargée (devant arriver à 8 h. du matin) et non par le chemin de fer 820 à Pincebourde ou à M. Gélis, 11 rue du Cherche- Midi.

(') En raison des lacunes que présente notre correspondance, il est bien diiïicile de voir clair dans toute cette affaire. Comment Calonne, par exemple, pouvait-il parler d'une fiction si une délégation régulière lui avait été signifiée? — Ce qui, en somme, se laisse dégager de la lettre précédente, de celle-ci et de nos numéros 4.76 et 479, c'est qu'il avait consenti à Baudelaire une avance assez forte, sous la double condition que celui-ci en verserait le montant à Poulet-Malassis et lui fournirait la preuve de son exactitude.

(*' Voyez pages 324. (note 2) et 352.

(*' Il s'agit du billet dont il a été question dans les lettres au même, n°* 44,9 et 4,50.

Pour comble d'humiliation, j'ai été obligé de raconter tout cela à de Calonne, en lui livrant mon manuscrit, pour lui montrer combien c'était urgent. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il a fallu les sottises de ce Morel, dont je vous ai tant parlé, pour m'obliger à trafiquer de ce papier. J'avalerai vos reproches, quelque amers qu'ils soient^^l

M. de Calonne sera plein d'or le 5 janvier '^l II est donc possible que ce nouvel à-compte ne soit pas un billet.

Par prudence, je cours demain matin, 14, chez Gélis pour lui dire que dans l'échéance du 15, il se pourrait qu'il y eût un retard de quelques heures, et qu'il ne s'en effraie pas. De ce côté-là, vous pouvez être tranquille.

Enfin, j'ai une folie à ajouter. Malgré mes misères, et malgré votre pénurie, j'ai acheté et commandé de superbes dessins à Guys'^', pour vous et pour moi, sans vous consulter, mais que cela ne vous alarme pas. Comme il ne sait pas votre nom, si vous êtes sans le sol, je paierai tout.

Rappelez-vous que je suis en train de travailler, et ménagez-moi. — - (C'est le juste le contraire [iîc]'^^ de ce que vous m'écrivez : je peux tout vous livrer en janvier, excepté les Fleurs. Suis-je sûr d'avoir fait trois nouveaux poëmes'^^?)

(1) Voir la lettre n" 474.

(-> Du fait de la rentrée des abonnements sans doute. W II en sera question à nouveau dans les lettres des 19 et 23 décembre.

'*' Lapsus calami évident.

(^) Voir la lettre à Calonne, n° 476.

Assellneau est un imbécile. II était prévenu par Philoxène'^l

Tout à vous. Q g

Ce reçu divisé en deux parties ne doit pas être déchiré en deux, mais m'être renvoyé entier, pour que Je le remette à de Calonne, chez qui je dîne le 15.

Je n'ai rien touché d'Hostein, et je n'ai arraché à de Rode, au lieu de lioo fr,, qu'un à-compte insignifiant '2'.

Rappelez-vous qu'il a déjà passé du Calonne à Alençon^^^, et vous pouvez affirmer que sa situation est plus que raffermie '*l

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