‹ Correspondance généraleChapitre 13 sur 122 · LISTES · texte numérisé non relu

LISTES

Romanciers.

Illuminés.

Voyageurs (^très impor-

Maçonnerie.

tant).

Où donc est Rétif, de qui il y a d'excellents et ravissants extraits à faire?

La catégorie romanciers est une mine admirablement riche. — Les utopistes, les illuminés, excellentes catégories.

A priori, il faut chercher des curiosités, des choses oubliées, mais facilement vendables.

Je ne comprends pas qu'un homme comme vous, qui aime sincèrement le i8^ siècle, s'applique à en donner une si pauvre idée. — Moi qui suis un remarquable échantillon de crapule et d'ignorance, je vous aurais fait un catalogue éblouissant, rien qu'avec les souvenirs de mes lectures, du

temps que Je lisais le 18' siècle, — soit en philosophes matérialistes , soit en curiosités de sorcellerie et de sciences mystiques , soit en romanciers ou en voyageurs. Je parierais qu'en relevant les chapitres du Lycée de La Harpe, on ferait un catalogue plus attirant.

Maintenant, je vous le répète : Haïssez-moi.

J'ai acheté la bonne édition des Liaisons dangereuses. Si jamais cette idée galoppe [sic'] de nouveau dans votre tête, je verrai MM. Quérard et Louandre, Louandre m'ayant promis de me mettre en relations avec un descendant (petit-fils, ou petitneveu) qui a des paquets de notes '^l

Je répète qu'il faut dans ces aventures-là se réserver beaucoup de marge, et préparer des prospectus très élastiques qui permettent de profiter des bonnes idées survenantes, et de se dédire souvent. Donc, vastes catégories. — Quel jour verronsnous M. de Broise ? Je désire le savoir. — Je ne reçois rien de vous.

Je vous le répète une dernière fois , je ne serais pas très étonné que vous prissiez cette lettre fort mal, mais je me crois trop intéressé à votre réussite pour ne pas vous avertir. — Supprimez votre catalogue^^'. — Votre bien dévoué.

Ch. Baudelaire.

Et les Incas , de Marmontel? Vous les avez oubliés, n'est-ce pas?

(') Voyez page 26, note i.

^*' Poulet-Malassis n'avait aucune raison de prendre en mauvaise part ces représentations, cardon catalogue, — ce que Baudelaire ignorait, — n'était point de lui, mais de Monselet. Aussi bien plusieurs autres de ses amis lui avaient fait pareillement des observations : il était homme d'esprit, il n'insista point.

Et le Temple de Gnide ?

Et les Lettres persanes ?

Pensez donc au cas où votre catalogue tomberait entre les mains de Veuillot ou de d'Aurevilly.

[A Monsieur — , Libraire -Imprimeur, Alençon (Orne).] • ^ ^^.^u jg^y.

1° Mon ami, je viens de recevoir la première feuille. J'espère bien qu'elle n'est pas tirée, car vos ouvriers y ont introduit des fautes nouvelles, telles c^ue points pom poings , etc.

2° Vous avez encore oublié de m'envoyer ce que je vous ai demandé avec tant d'instance : cette même première feuille remaniée par moi en dernier lieu et arrivée trop tard.

3° Je vous ai écrit avant-hier relativement à vos placards. Je veux en finir avec le Moniteur, et vous m'avez déjà fait tourner la tête plus d'une fois ; je ne pourrai plus rentrer dans ce journal.

4° Avez-vous reçu les deux feuilles que vous me réclamiez? Charles Baudelaire.

^ avril 1857.

Mon cher Malassis, je vous demande un million de pardons d'appeler encore une fois votre attention sur la nécessité de corriger les épreuves. Mon

œil, uniquement appliqué à de certaines choses, ne peut pas en voir d'autres. Exemples : la page 44 pour 45 , et, au 3^ vers de la page 29 , gueres rimant avec vulgaire ^^\

Je sais combien je dois vous irriter, mais je sais aussi que vous avez trop d'esprit pour ne pas tourner à bénéfice votre irritation.

J'ouvre, ce matin, le 2^ volume de Monselet^^', et je tombe, page 213, sur la i""" ligne de la note :

« M. Paul Delacroix, . . dans une hstoire , pour Paul Lacroix. . . histoire. »

Je sais, je vous le répète, combien on se rend haïssable par ces taquineries-là; mais j'ai pris votre étabhssement très au sérieux, et vous-même, vous m'avez avoué une fois que vous pensiez, comme moi, qu'en toute espèce de production, il n'y avait d'admissible que la perfection. Aprèsdemain, je serai tout à vous, et je reverrai vos placards, et je vous écrirai de nouveau au sujet de vos prospectus.

Bien à vous. Ch. Baudelaire.

[7 avril 1857 '^'.]

Turgan est enchanté de vous. Là, dans l'article de Thierry (ayant [paru] aujourd'hui), les Odes

(•) Ces fautes-là devaient subsister dans la première édition des Fleurs du Mal. Dans les exemplaires accompagnés d'un ex-dono, on les voit souvent corrigées au crayon.

'*' Les Oubliés et les Dédaignés.

W La date est donnée par l'article d'Ed. Thierry' sur les Nouvelles Histoires extraordinaires (Moniteur).

ont été supprimées. C'est moi qui en suis la cause ^''.

Aujourd'hui et demain sont les derniers jours que je passe à l'imprimerie^ du Moniteur, je ne vous en dis pas davantage. A la fin du mois, je pars pour Alençon, avec les Curiosités complètes. Je" vous quitterai immédiatement pour aller à Lyon^-', et je reviendrai à Alençon. Alors vous verrez les Concordiœ fructus^^\

Soignez bien ma nouvelle épreuve de la sixième feuille que vous avez reçue le 14. — Envoyez-moi la première bonne feuille. — Lisez le feuilleton de Texier'*^ [Courrier de Paris , nouveau journal). ^ o

[Environ 20 avril 1857?]

Je viens de faire une découverte afflioreante ^^^

En comptant 2 pages pour les sonnets, six strophes

^1' La place accordée par Thierry à Edgar Poe et à son traducteur avait obligé Turgan à différer le compte rendu des Odes funambulesques; il parut le 28 avril.

(^) En vue de se documenter sur les peintres de l'Ecole Lyonnaise {^voir L'Art ROMANTIQUE , p. 470), projet qui fut abandonné.

t") Devise qui, courant autour d'un caducée, constituait alors la marque de Poulet-Malassis et de Broise. Mais il va de soi que c'est aux heureux effets de son entente avec son éditeur que Baudelaire pensait ici.

(*) Paru à la date du 16 avril, où l'on trouve un magnifique éloge des éditions d' Alençon. II faut croire que Texier l'avait annoncé à Baudelaire ; nous l'avons reproduit partiellement dans notre édition des FLEURS DU M AL, p. 308.

(^) Sur une épreuve de la 7° feuille portant Bon à tirer, Cb, Baudelaire, qu'a reproduite en fac-similé le Manuscrit autographe.

t") Et non ejfravante, comme nous l'avions imprimé par erreur antérieurement.

4o CORRESPONDANCE GENERALE

de 4 vers par page, cinq strophes de cinq vers, sept ou 8 strophes de 3 vers, 10 ou 12 strophes de deux vers, en supposant toujours deux strophes au dessous du titre, et deux pages pour les titres généraux, nous tomberons juste sur 240 pages. 10 feuilles. — La table des matières tirée à part fera 5 pages au plus. - — 245. — piteux, très piteux. - — Et il n'y a pas de remède. Car je ne me soucie pas de faire des vers nouveaux, et les sonnets sur la MORT font une excellente conclusion. — II serait bon que ces trois feuilles dernières fussent finies le 10. Nous aurions 5 jours pour la table, pour les couvertures et le brochage. Si j'ajoutais un morceau dans Fleurs du Mal, deux des sonnets sur la mort seraient rejetés dans la dernière feuille ou le carton final, et seraient tirés avec la table. — Dans une heure je vais vous mettre à la poste la matière de votre 8" feuille. Vous vous êtes obstiné à votre pluviôse '^^l — ^^ J ^ dans Banville, Beaumes pour Baumes'^^^ Je ne peux plus le retrouver, mais j'en suis sûr. —

279 bis. AU MÊME.

Samedi 25 avril 1857.

Mon cher ami, j'ai reçu tout à l'heure cette très étonnante lettre qui m'a pris beaucoup de temps pour que je la pusse bien comprendre, et qui.

(') VoirLXXiy, V. I.

'-) Dans l'édition des Odes funambulesques.

malgré toutes les belles protestations dont je vous sais le plus grand gré, m'a démontré que nos rapports étaient désormais changés. — De nous deux, c'est évidemment moi qui en éprouverai la plus vive affliction ; mais mon caractère se prête à toutes les grandeurs, même à la résignation. — ^ Je comptais vous demander un nouveau service : les poèmes nocturnes^^^ qui seront faits après les Curiosités, voilà donc un projet au panier.

La feuille que vous me réclamez, vous l'avez. A ce sujet, je vous prierai (évidemment i\ est encore temps) de substituer, dans un des derniers Spleen, un vers avant un endroit charaé de corrections

nouvelles, à

l'ennui, fils de la morne incuriosité, l'ennui, fruit de la morne incuriosité,

cette correction ^^', puérile en apparence, a une valeur pour moi.

Vos placards seront mis à la poste demain. Mais vous savez que la poste ne fonctionne pas le dimanche comme les autres jours. — 11 serait donc fort possible que vous ne les receviez que lundi soir ou mardi matin. Vous voudrez bien être indulgent pour ce retard de douze heures.

Les 3 morceaux-lacunes du volume Curiosités wont être faits [Moniteur, Revue française , Artiste)'^^\ Si vous voulez que je commence par remanier le commencement du volume, je le ferai.

''' Sous ce titre paraîtront dans Le Présent du 2^ août, six «petits poèmes en prose».

^*' Elle fut faite en temps utile. Dans notre édition des Fleurs, voyez LXXV, v. 17.

'^' Voir la note 2 , page 27.

Théophile Gautier me croit actuellement à Alençon. — • En effet j'ai voulu aller vous retrouver, aussitôt le dernier feuilleton paru. Je voulais faire chez vous comme au Moniteur^^\ m'installer soit à l'hôtel soit à votre imprimerie, et, décidé à ne m'occuper que d'une chose à la fois, travailler au jour le jour jusqu'à ce que tout fût fini. Différentes raisons combinées m'ont empêché de partir.

II j a quelque temps Théophile m'a demandé si vous seriez disposé à imprimer Le Roman de la Momie. Je ne vous ai rien écrit à ce sujet parce que j'ai cru que j'allais partir pour Alençon. — II attache une grande importance à ce livre, et m'avait chargé de vous dire que les amourettes de grisette , toute la folâtrerie niaise de l'ouvraore, seraient enlevées, et tout le ton du livre, ramené à la solennité archaïque du commencement. — Au dernier moment je lui ai demandé comment il comptait traiter avec vous. II m'a répondu que ce qui l'avait engagé à s'adresser à vous, c'était l'espérance de voir une pureté et un zèle typographique adaptés à un ouvrage choyé par lui, — que quant au prix il réclamait de vous l'exécution des clauses de la maison Hachette , 1.200 fr. pour ^.000 exemplaires, même 4.^00, même au delà.

J'ai répondu que le seul embarras était l'exiguïté de vos tirages. — A cela, il a objecté que vous pouviez, SI bon vous semblait, opérer vos tirages en 4 fois, clicher, recomposer à votre gré, mais

^^' On a vu que pour mieux surveiller l'impression des Aventures d'Arthur Gordon Pym , quand cet ouvrage «passa» au Moniteur, Baudelaire était allé s'installer aux portes mêmes du journal, à l'hôtel Voltaire.

qu'il tenait à ce chiffre de 4.000 exemplaires, au moins. — La somme en question, répartie sur 4.000 exemplaires, équivaut à votre prix réparti sur i.ooo ou 1.200 exemplaires. — II n'y a donc pour vous qu'un embarras, c'est de savoir si vous pouvez opérer à coup sûr un pareil tirage.

J'espère que vous comprendrez, que, vu ^sicj mes relations avec Théophile et les services que je lui dois, il me serait douloureux de lui présenter moi-même un refus; vous pouvez lui écrire, et croyez qu'il a assez d'esprit pour tout bien prendre. — Ce qui m'a encouragé à me charger de cette négociation'^^, c'est l'éloge que vous m'aviez fait de son ouvrage.

Bien à vous. ^ r,

Ch. Baudelaire.

[Alcnçon.]

Lundi, 27 avril 1857.

Mon cher ami. Je vous remercie profondément de la lettre de ce matin; mais, en vérité, c'est trop beau; et comme je ne vous donnerai plus d'occasions de colère, vous n'aurez plus d'occasions d'en effacer les traces.

Maintenant voilà la question :

Je vous mets ce soir vos placards (tous vos pla cards) à la poste, remaniés avec tant de soin que la lecture des épreuves sera une besogne très minime.

f'' Elle ne devait pas aboutir.

Je puis donc dès après-demain me mettre aux Curiosités. La vraie besogne des Curiosités consiste dans le remaniement du premier morceau (Salon de 4^)'^^^; remaniement de l'article Caricaturistes (à placer à la Revue française) ^''> et la confection de deux morceaux nouveaux (Peintres raisonneurs; — Excitations artificielles) ^^\ qui — par bonheur seront à la fin.

Rien, en somme, ne m'empêche de vous expédier au jour le jour tout ce que je ferai; mais, si vous désirez savoir l'étendue réelle du livre, je serai obligé de vous faire d'abord un calcul de lettres.

La question d'Alençon :

Le dernier feuilleton fait, j'ai passé cinq jours à me soulager, pendant lesquels j'ai mangé tout mon argent. — Il faut non seulement que j'aille à Alençon, mais aussi à Lyon''^^; la question d'argent est minime, parce que je puis avoir le parcours gratuit sur toutes les lignes; mais je souffrirais de laisser derrière moi des inquiétudes, et je veux avant tout que ce manuscrit soit complet.

Donc, j'irai à Alençon, mais plus tard, dans 15 jours peut-être; et pendant que j'irais à Ljon, vous composeriez les premières feuilles. Mais remarquez que, bien que je croie le manuscrit non finissable avant 15 jours, cela ne m'empêchera

^^1 Baudelaire n'était point satisfait de son premier Salon; il en avait même, au témoignage de Champfleury, détruit de nombreux exemplaires.

'^) Voir notre édition des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, p. 451 et 502. Aucun fragment des Caricaturistes ne devait paraître à la Revue française.

'^' Voir la note 2, page 27.

^*' Cf. la note 2, page 39.

pas de vous en envoyer les premiers morceaux avant le 15, si vous le voulez.

L'affaire du Roman de la Momie''^^ m'inquiète, et voici pourquoi : je crains que vous n'y mettiez un zèle de vanité; il est vrai que l'affaire est bonne, et que le prix se rapproche tellement du vôtre que c'est presque le même; mais Théophile est accoutumé à compter sur ses libraires, qui répondent d'une vente forcée de 4.000 exemplaires. — Vous savez que le tirage pourra être un peu plus fort. Adieu; je vais me remettre à La Révolte, au Vin et à La Mort'^'-K

Ch. Baudelaire.

J'ai parcouru les bonnes feuilles des Cariatides '^^K II y a des fautes cruelles. Vous devriez vraiment y prendre garde.

Je n'ai pas le sol pour affranchir ma lettre, et c'est la raison pour laquelle j'attends à ce soir pour l'envoi de la fin de Spleen et Idéal, à laquelle je jomdrai évidemment le reste.

Soignez bien ma dernière feuille.

'') Voir la lettre précédente, in Jinc.

'*' C'est-à-dire aux trois dernières divisions des Fleurs dans l'édition originale.

"' De Tnéodore de Banville dont Poulet-Malassis allait publier les Poésies complètes.

2 mai 1857.

[L. a. s., I p. in-i2, relative aux épreuves des Fleurs du Mal. Baudelaire renvoie la première épreuve corrigée.]

Mon pauvre ami, voilà une épreuve qui va vous causer du tintouin. Mais encore moins qu'à moi car j'y ai passé la journée. Vous verrez d'ailleurs combien toutes ces corrections sont heureuses.

[Et il supplie son éditeur de prendre bien soin de la deuxième épreuve et d'employer tout son zèle à corriger les fautes qui pourraient subsister.]

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