JOURNAL OFFICIEL
de l'Empire français.
Quai Voltaire, n i^.
Secrétariat.
Le 6 mai 1857.
Mais, mon cher ami, ce n'était pas là ce qui m'intéressait le plus; je vous avais écrit un mot au crayon rouge derrière Leshos , pour savoir si ma septième feuille, trop chargée, viendrait à bien, et s'il fallait que je la relusse. Une étourderie de
ma part, un vers faux, que sais-je? ou bien encore une transposition de correction peuvent amener un malheur ridicule. Après que les corrections sont exécutées, les vérifiez-vous, et relisez-vous? Je viens de voir Th. Gautier, qui me mettra un fragment à rArtiste^^\ II m'a paru fort enchanté de vous; il veut tellement exagérer ce qu'il appelle le côté embêtant de la Momie que la question de publication, chez n'importe qui, est renvoyée à six mois. Mais vous lui avez probablement fait quelque offre vague et gracieuse, car il est fort gracieusement revenu à la charge comme un enfant terrible, et il m'a parlé d'Emaux et Camées comme d'une chose libre dont il refuserait la réimpression à n'importe qui jusqu'à ce que vous soyez venu à Paris (2).
11 y veut ajouter lo morceaux inédits et dans le même rythme. La question d'argent serait plus que facile à régler; mais il galope toujours sur son dada de beauté typographique.
Votre ami Larcher [sic] est vraiment gentil '^l Ces jours-ci j'ai été la victime d'une demi-douzaine de petits journaux , à propos de quelques fragments publiés dans la Revue française. J'aurais présumé qu'à cause de vous M. Larcher n'aurait pas apporté son contingent à ce baro. J'espère que la Revue
f^) Effectivement l'Artiste, dans sa livraison du lo mai, donna quelques pièces extraites des F LEURS DU Mal.
'^) Au contraire des pourparlers relatifs au RoAlAN DE LA Momie , ceux-là allaient aboutir.
'') Allusion à un articulet assez taquin, paru le 20 avril dans la Reiuc anecdotique que dirigeait Lorédan Larchey, — sous le titre de : M. Charles Baudelaire à l'ombre de la jeune géante. — La Revue française venait de publier La Géante, voir Les Fleurs DU Mal, p. 418.
anecdotique ne commettra plus de pareilles erreurs. Bien à vous.
Ch. Baudelaire.
Ce soir ou demain, vous allez recevoir votre 9' feuille; je saiis juste combien il faut.
[Alençon (Orne).]
14 mai 1857, ^ h.
Non, mon ami, je ne serai pas encore délivré aujourd'hui f''. — Je ne le serai que demain, et vous, naturellement, vous ne le serez que deux ou trois jours après.
Je m'escrime contre une trentaine de vers insuffisants, désagréables, mal faits, mal rimants. Croyez-vous donc que j'aie la souplesse de Banville?
J'ai reçu une épreuve qui lui était évidemment destinée *^), ce n'était pas une bonne feuille. J'en ai conclu qu'il avait reçu la mienne, c'est-à-dire la 8^; à moins qu'elle ne soit pas encore tirée.
Ce matin j'ai reçu ma 9' feuille; décidément ne faites pas corriger une feuille avant de me l'envoyer. Cela ne sert qu'à introduire des fautes. — Ma note sur Révolte est détestable; je suis étonné
'•' Et non pas : «vous ne serez pas...», comme il a été imprimé antérieurement.
(*' Voir la note 3 , page ^^.
DE CHARLES BAUDELAIRE. 4p
que VOUS ne m'ayez pas fait de reproche à ce
sujet '^l
Bien à vous. „
Ch. Baudelaire.
Mille pardons de ne pas affranchir. — Ni timbres ni monnaie.
Samedi, 16 mai 1857.
Voyons, ne vous fâchez pas encore; vous allez pouvoir venir à Paris. — J'aurai fini tout à l'heure, c'est-à-dire dans une heure.
J'avais besoin, pour corriger la neuvième feuille, de la huitième. S'il était dans votre intention de les tirer toutes trois ensemble, envoyez-moi au moins une épreuve à la brosse de la huitième, avec les corrections faites.
Et la couverture?
Et la table? Vous pouvez la commencer.
En voici la fin :