‹ Correspondance généraleChapitre 17 sur 122 · A EUGÈNE DE BROISE · texte numérisé non relu

A EUGÈNE DE BROISE

Samedi 13 Juin 1857.

(Se servir du dictionnaire des adresses pour les

adresses absentes).

Théophile Gautier (à servir le premier, avec le plus beau des exempl.^^^, 24, rue Grange-Batelière).

Guillaume Guizot (au Val-Richer : cherchez le département. Je crois que c'est le Calvados. II faut lui envoyer 2 exempl. — II devinera l'usage du second) '-1

''' Pour cet exemplaire oui appartint longtemps à M. Jules Le Petit, puis à Louis Bartnou, et l'ex-dono qu'on y lisait, voir Fleurs du Mal, p. 409.

(2) Le second des exemplaires en cause était-il destiné au père de Guillaume Guizot, c'est-à-dire à François Guizot en personne, et le poëte espérait-il sérieusement se rendre favorable l'austère calviniste? Voilà un point qu'il serait curieux d'élucider.

Sainte-Beuve^^) (rue du Mont-Parnasse).

Edouard Thierry'^' (à la Bibliothèque de l'Arsenal).

N'en pas donner à Turgan^'^K

N'en pas donner à la Revue de Pans'''^K

Dalloz (au Moniteur, — il vaut mieux chercher l'adresse).

J. B. d'Aurevilly (^) (56, rue de Babylone).

Philoxène Boyer(iii, rue du Bac. Je prie Malassis de ne pas supprimer ce nom '*')).

De Pont.martin (à l'Assemblée Nationale^'\ II vaut mieux chercher son adresse).

Louis Veuillot^^) (à VUnivers. II vaut mieux chercher son adresse).

fi-) Voir Fleurs du Mal, p. 325 et 318-323.

(') Nous ignorons les motifs de cette recommandation. Peutêtre Baudelaire gardait-il quelque ressentiment d'un mot assez sec qu'il avait reçu de Turgan une fois qu'il était en retard pour la livraison de sa «copie», voir E.-J. CrÉPET, p. 440; ou peut-être estimait-il que l'envoi d'un exemplaire à Turgan ferait double emploi avec celui qu'on le voit ici destiner à Dalloz, son co-directeur au Monitair, — Voir la lettre à Turgan, 9 décembre suivant.

'^' La Revue de Paris nonobstant, le 15 octobre, dans son Bulletin bibliographique (pour les articles non signés : Laurent Pichat), consacrera deux colonnes a.ux Fleurs DU Mal, deux colonnes où le poëte, qualifié de «Dante dégénéré» et de « Byron d'hôpital » , allait recevoir plus de coups que de fleurs.

f^) Voir Fleurs du Mal, p. 322.

^*' Poulet-Malassis avait-il des sentiments hostiles à l'endroit de Boyer ? Le catalogue de vente de sa bibliothèque mentionne une lettre de celui-ci et un exemplaire dédicacé des Chercheurs d'amour (1836). Mais peut-être avait-il pris parti pour Champfleury dans la querelle sursenue entre ce dernier et Philoxène au mois de décembre de la même année.

(') Voir Fleurs DU Mal, p. 384, et Nouvelles Histoires extraordinaires , p- 31 5-

'«) Voir Fleurs du Mal, p. 319 et 378.

6o CORRESPONDANCE GENERALE

LiMAYRAC^'^ (Chaillot, rue des Batailles).

Philarète Chasles (à VInstitut).

Ratisbonne (au Journal des Débats^~l II vaut mieux chercher son adresse).

Leconte de Lisle (rue Cassette. Je ne sais pas le n°. C'est lui qui fera l'article à VArtiste^^^).

AssELiNEAu (le fera à la Revue française''''^).

Sasonoff (221, rue Saint-Jacques. Le fera aux Annales de la Patrie^^^).

MoREL (à la Revue française. Rue du Pont-de-Lodi).

BuLoz (à la Revue des Deux Mondes^^\ rue Saint- Benoît).

Lacaussade (à la Revue contemporaine ^''K II vaut mieux chercher son adresse).

^') Critique littéraire au Constitutionnel. Asselineau rapporte de lui qu'ayant écrit un article défavorable sur les FLEURS , il le retira quand il apprit que le parquet s'émouvait.

'*' Autant que nous sachions, Ratisbonne resta muet.

'^) L'Artiste ne rendit pas compte de la première édition des Fleurs. Pour Leconte de Lisle, c'est seulement en 1861 (Reiue Européenne, i" décembre) qu'il consacra un article à Baudelaire.

**' Retardé en raison des poursuites, l'article d' Asselineau, après avoir pris place dans les Articles justificatifs (voir F LEURS DU Mal, p. 323), parut, avec de légers changements dans la Revue Française du 15 septembre 18^7. 11 y était accompagné de cette note prudente :

« Un jugement dont les journaux ont donné la teneur, a ordonné la suppression de six des pièces dont se composent les Fleurs du Mal. Il est entendu que rien de ce qui est dit dans cet article ne s'applique aux pièces supprimées. (^Note de la rédaction ). »

'*' Pour Sasonoff, voyez p. ly, note 3.

Nous n'avons pas réussi à consulter la collection des Annales de la Patrie, qui manque à la Bibliothèque nationale.

'*' La Ra^ue des Deux Mondes qui pourtant, on l'a vu, avait été la première à imprimer le titre de Fleurs du Mal, n'allait pas rendre compte du livre.

"' Ce n'est pas Lacaussade, mais J.-J. Weiss qui finalement devait parler des Fleurs à la Revue Contemporaine , et l'on sait dans quels termes il le fit! (Voir notre édition, p. 363.)

DE CHARLES BAUDELAIRE. 6l

à S. E. le Ministre d'Etat (aux Tuileries).

à M. Pelletier, chef de cabinet"l

à S. E. le Ministre de l'Instruction Publique.

à M. Gustave Rouland, chef de cabinet (le fils

du ministre), à M. Henri de Larozerie (même ministère).

(II serait peut-être bon que les cinq exemplaires portassent une dédicace manuscrite avec ma signature. — Vous comprenez l'utilité de ces cadeaux (^l)

T p ,, } Amérique^^l

LonCTielIow ^

Tennyson

Browning i ai.

.6 r • n > Angleterre.

Ue vjuincj \sicj

Victor Hugo

Si je ne trouve pas l'adresse de ces MM.,

f'' C'est un exemplaire sur grand papier qui fut envoyé à Fould. — Pour Pelletier, voyez p. yô, note ^.

'*' Ceci serait pour prouver que Baudelaire, comme ses éditeurs, s'attendait à ce que les pouvoirs publics lui fissent quelques difficultés.

<'' Nous Ignorons si Baudelaire eut des rapports personnels avec les écrivains anglais ou américains ici mentionnés. Nous savons seulement que, dans les HISTOIRES EXTRAORDI- NAIRES, il a parlé de Willis avec sympathie (p. ix-x, XIV-xxv, passim) et loué Longfellow (p. XVIII) après l'avoir égratigné dans sa première étude sur Poe {JuvENILIA, ŒuVRES POST- HUMES, Reliqui^, t. I, p. 267); que, dans les NOU- VELLES Histoires extraordinaires , il a vanté Tennyson (p. xxill), et que, des Confessions of an opiumeater de Thomas de Quincey, il allait bientôt tirer ses ParaDIS ARTI- FICIELS, Quant à Browning, une enquête que M. Randolph Hughes a bien voulu faire pour nous, n'a pas donné de résultat;

M. Fowler, libraire anglais à Paris ^^^, se chargera de faire parvenir les exemplaires, de même que de m'indiquer les journaux anglais rendant compte des publications françaises.

Maintenant, cher Monsieur, j'eusse été heureux que l'un de vous deux fût en ce moment à Paris; on n'édite pas un hvre dans une armoire ^^l

Quant à vos affiches, je vous en remercie; mais elles sont évidemment faites pour les carreaux de boutique; et aussi bien je peux vous faire part d'une idée que je crois bonne, c'està-dire

Une grande affiche (pour être timbrée)

divisée en deux parties, comme il suit, et dont la composition typographique et la couleur seraient faites pour attirer les yeux.

tout ce que l'on peut dire c'est que Baudelaire avait pu le rencontrer a Paris, le poëte anglais y ayant fait plusieurs séjours entre 184,6 et 18^7, et qu'en tout cas il devait se sentir attiré vers lui par la nature des louanges que certains critiques français avaient accordées à son œuvre : en 1 851, au cours d'une étude parue à la Revue des Deux Mondes, J.-A. Milsand n'avait-il pas notamment insisté sur la signification de plus en plus vaste que la poésie de Brov\Tiing donnait au symbole et aux correspondances ? — Victor Hugo allait reconnaître l'envoi de Baudelaire par ime lettre de remerciements ; nous en avons donné un extrait dans les FLEURS (p. 361).

'*' Au Palais-Royal, 6, rue Montpensier.

^*) Eug. de Broise et Poulet-Malassis étaient le plus souvent à Alençon, où les retenait leur imprimerie. Quant à la boutade sur l'édition dans une armoire, elle procédait peut-être d'une plaisanterie dont le falot Edmond Albert avait été l'objet, voir la note i sous la lettre du 4 octobre 18^4.

CHEZ MM. MALASSIS ET DE BROISE En vente : En préparation :

Les Fleurs du Mal CEuvres poétiques

de

" Th. DE Banville^*'.

Ch. Baudelaire. '

Emaux et Camées

de Th. Gautier

Odes funambulesques. augmentés

de morceaux inédits^^\

Ainsi nous nous appuierions les uns sur les autres, ce qui est très utile. — Pensez-y; cela en vaut la peine.

Et puis bien définir les lieux d'affichage.

Malassis m'a offert 6 exemplaires sur beau papier.

Je désire en avoir 2^ sur papier ordinaire, destinés à des amis qui ne rendent pas de services fittéraires. — Si j'en désire d'autres, ils seront portés à mon compte au prix de librairie.

Serrez-lui la main pour moi, et présentez mes respects à madame de Broise et à madame votre belle-mère.

Bien à vous. ^^ Baudelaire.

Un mot de réponse, s. v. p. Je vais écrire à Gautier pour les Emaux et Camées^^K

''' Plus exactement : Poésies complètes.

^*' Cette troisième édition paraîtra en 1858.

'') Cette lettre-là ne nous est pas parvenue.

[Place d'Armes, à Alençon, Orne.]

j juin 1057.

II est donc évident qu'il faut que Victor ^'^ sache le nombre d'exemplaires à distribuer et que ce soit à la Librairie que je fasse faire les paquets et que je mette les dédicaces. Ainsi il faut renvoyer à Victor la nomenclature puisque je n'en ai pas gardé le double^'l

Vous ne me dites pas si vous adoptez mon idée d'affiche pour les poètes *^^.

Th. Gautier n'a pas encore reçu la visite de M. Thérond'^l II va d'ailleurs vous envoyer tout ce que vous lui réclamez. 11 est malheureux qu'il n'ait pas d'autorisation pour la transmission à prix réduit de ses épreuves.

Bien à vous. ç^h B

AUDELAIRE.

Vous êtes tombé parce que vous regardiez en l'air, et vous vous êtes blessé parce que vous avez voulu vous raccrocher (5).

(1) Sans doute l'employé des éditeurs.

(23) Voir la lettre précédente.

<*) Auteur du portrait-frontispice qui ornera tant la troisième édition des Emaux et Camée:, que le Théophile Gautier de Baudelaire.

(*) Dans une lettre à Charles Asselineau qui est datée de la veille, 14. juin, et que nous avons publiée dans le Bulhtin du Bibliophile (série de guerre), 5-1 0-194.5, °" ^°'^ Poulet-Malassis expliquer son accident d'une manière très différente :

«... je suis tenu par les pieds, une lourde chute; le pied droit me tourne à chaque pas; j'ai trop couru, je suis puni par où j'ai péché. »

A MADAME AUPICK

Jeudi 9 Juillet 1857.

Je VOUS assure que vous ne devez avoir aucune inquiétude à mon égard; mais c'est vous qui m'en causez et des plus vives, et certainement ce n'est pas la lettre que vous m'avez envoyée, toute pleine de désolation, qui est faite pour les calmer. Si vous vous abandonnez ainsi, vous tomberez malade, et ce sera alors le pire des malheurs et pour moi la plus insupportable des inquiétudes. Je veux que non seulement vous cherchiez des divertissements, mais je veux encore que vous ayiez [sic] des jouissances nouvelles. — Je trouve décidément que madame Orfila'^^ est une femme raisonnable.

Quant à mon silence, n'en cherchez pas la raison ailleurs que dans une de ces langueurs qui, à mon grand déshonneur, s'emparent quelquefois de moi et m'empêchent non seulement de me hvrer à aucun travail, mais même de remphr les plus simples des devoirs. De plus, je voulais à la fois vous écrire, vous envoyer votre paroissien ^^^ et mon hvre de poésies.

Le paroissien n'est pas tout à fait fini; les ouvriers, même les plus intelhgents, sont si bêtes, qu'il y a eu quelques petites choses à rectifier.

(1) M"' Anne-Gabrielle Orfila, née Lesueur (morte en 1864, à soixante et onze ans), femme du docteur Orfila, doyen de la Faculté de médecine, dont le Salon de musique (rue de Tournon) était célèbre à Paris.

'^) Voir la lettre du 20 mai précédent.

Cela m'a donné un peu de mal, mais vous serez contente.

Quant aux Poésies (parues il y a quinze jours), j'avais eu d'abord, comme vous savez, l'intention de ne pas vous les montrer. Mais en y pensant mieux, il m'a semblé que puisque vous entendriez, après tout, parler de ce volume, au moms par les comptes-rendus que je vous enverrai, la pudeur serait de ma part aussi folle que la pruderie de la vôtre. J'ai reçu pour moi i6 exempl. sur papier vulgaire, et 4 sur papier de fil. Je vous ai réservé un de ces derniers, et si vous ne l'avez pas encore reçu, c'est parce que j'ai voulu vous l'envoyer relié'*', — vous savez que je n'ai jamais considéré la littérature et les arts que comme poursuivant un but étranger à la morale, et que la beauté de conception et de style me suffit. Mais ce livre, dont le titre : Fleurs du Mal, — dit tout, est revêtu, vous le verrez, d'une beauté sinistre et froide; il a été fait avec fureur et patience. D'ailleurs, la preuve de sa valeur positive est dans tout le mal qu'on en dit. Le livre met les gens en fureur. — Du reste, épouvanté moi-même de l'horreur que j'allais inspirer, j'en ai retranché un tiers aux épreuves '^l - — On me refuse tout, l'esprit d'invention et même la connaissance de la langue française. Je me moque de tous ces imbéciles, et je sais que ce volume, avec ses qualités et ses défauts, fera son chemin dans la mémoire du public lettré, à côté des meilleures poésies de V. Hugo , de Th. Gautier et même de Byron. — Une seule recommanda-

^'' Voir page io6, note 2.

^*> Ici une surcharge : Baudelaire avait d'abord écrit : les daix tiers.

DE CHARLES BAUDELAIRE. 6j

tion : puisque vous vivez avec la famille Emon'^', ne laissez pas le volume traîner dans les mains de mademoiselle Emon. Quant au curé, que sans doute vous recevez, vous pouvez le lui montrer. Il pensera que je suis damné, et n'osera pas vous le dire'^'. — • On avait répandu le bruit que j'allais être poursuivi; mais d n'en sera rien. Un gouvernement qui a sur les bras les terribles élections de Pans n'a pas le temps de poursuivre un fou.

Mille pardons pour tous ces enfantillages de la vanité. J'avais bien pensé à aller à Honfleur; mais je n'osais pas vous en parler. J'avais pensé à cautériser ma faméantise, et à la cautériser une fois pour toutes, au bord de la mer, par un travail acharné, loin de toute préoccupation frivole; soit sur mon 3° vol. d'Edgar Poe, soit sur mon premier drame, dont il faudra bien que j'accouche, bon gré, mal gré.

Mais l'ai des travaux à faire qui ne peuvent pas se faire dans un lieu sans bibliothèques, sans estampes, et sans musée. 11 faut avant tout que je vide la question des Curiosités esthétiques, des Poèmes nocturnes , et des Confessions du Mangeur d'opium.

^'' Voir, au tome I, page 198, note 2, et, ici, page 55, note 3. — Quelques jours auparavant, dans une lettre à Claude- Alphonse Baudelaire, M"° Aupick s'était félicitée de son voisinage, à Honfleur, avec les Emon : «Ils sont parfaits pour moi. Le mari me rend des services immenses pour mes intérêts. La femme a le caractère le plus charmant, le plus égal, le plus aimable qu'il soit possible d'avoir [. . .] je 1 aime comme une tendre sœur.» (Manuscrit autographe, numéro spécial.)

^') Cet ecclésiastique, dans la suite, se montrera moins accommodant que ne l'avait espéré notre pocte, voir la lettre du i" avril 1861.

Les poèmes noctumes^^^ sont pour la Revue des Deux Mondes; le Mangeur d'opium est une nouvelle traduction d'un auteur magnifique, inconnu à Paris. C'est pour le Moniteur^-l

Mais j'ai dû penser (pourquoi ne pas tout dire?) à M. Emon. II est votre ami, et je tiens à ne pas vous déplaire. Pensez-vous cependant que je puisse oublier son infériorité, sa brutalité, et la manière bourrue dont il a accueilli ma poignée de main dans cette cruelle journée ^^^, où, pour vous plaire, et rien que pour cela, je me suis humilié plus encore que vous ne m'aviez humilié vous-même pendant de si longues années?

— Ancelle va bien; je ne l'ai vu que deux fois depuis votre départ. II est toujours aussi distrait; il a toujours la conception lente, et il aime toujours sa femme et sa fille, sans en rougir.

Je vous renvoie la lettre de ce monsieur que je ne connais pas. Je ne sais pas ce que c'est que M. Durand^').

Quand je suis allé visiter la tombe de mon beaupère *^^, j'ai été bien étonné de me trouver vis-à-vis d'une fosse vide. Je suis allé chez le conservateur

fi-*^ Ils paraîtront au Présent, et le Mangeur [Les Paradis arti- Jicieb) à la Rame contemporaine.

(3) Le jour des obsèques du général Aupick mort le 28 avril. — Baudelaire qui, au témoignage d'Asselineau, avait pris le deuil, s'était alors trouvé dans une situation singulière, car son nom, nous l'avons dit, n'avait même pas figuré sur les lettres de faire-part (non plus d'ailleurs que dans le testament de son beau-père) : elles mentionnaient seulement M°" Aupick et M. Emon. Et les journaux rappelaient le lien qui l'unissait au défunt.

(*' Nous non plus.

(5) On sait que le général, sa veuve et son beau-fils reposent dans le même caveau, au cimetière Montparnasse.

qui m'a averti du transferement, et qui m'a donné comme guide le petit papier que voici. - — Nos couronnes fanées par les grandes pluies, avaient été soigneusement rapportées sur la nouvelle sépulture. J'en ai ajouté d'autres.

Je vous embrasse, chère mère, bien affectueu-

sement ^^^

1 1 juillet 18^7

Vite, cachez , mais cachez bien toute l'édition; vous devez avoir 900 exemplaires en feuilles. —

f') Sur l'autographe, de la main de M"° Aupick : a Répondue le 12 ».

'^) Quatre jours auparavant, la Direction de la Sûreté publique (Ministère de l'Intérieur) avait saisi le parquet par la lettre suivante que M. H. Patrv, dans son très intéressant article : L'Epilogue du procès des Fleurs du Mal, — Une lettre inédite de Baudelaire à V Impératrice ( Revue d'Histoire littéraire de la France, janvier-mars 1922), a publiée d'après la minute conservée aux Archives nationales :

Paris, le 7 juillet 1857.

«Monsieur le Procureur général, «J'ai l'honneur de signaler à votre attention un livre que vient de publier M. Charles Baudelaire sous le titre de Fleurs du Mal. Plusieurs pièces de ce recueil m'ont paru renfermer le délit d'outrage à la morale publique, notamment celles que j'ai marquées dans l'exemplaire ci-joint :

((Abel et Caïn, p. 219-220; ((Litanies de Satan, p. 223 et suiv. ; ((Le vin de l'assassin, p. 233 et suiv.; ((Les femmes damnées, p. 191, 192 et suiv.; ((Les métamorphoses du vampire, p. 206, 207. «Je vous prie de me...»

Dix jours plus tard le parquet faisait connaître son accord : « N" 21 74. — 1 7 juillet. Procureur Général Impérial. Partage

II j en avait encore loo chez Lanier'^^; ces messieurs ont paru fort étonnés que je voulusse en sauver ^o. Je les ai mis en lieu sûr, et j'ai signé un reçu. Restent donc 50 pour nourrir le Cerbère Justice.

Voilà ce que c'est que d'envoyer des exemplaires au Figaro ! ! ! ^'^K Voilà ce que c'est de ne pas vouloir lancer sérieusement un livre. Au moins nous aurions la consolation, si vous aviez fait tout ce qu'il fallait faire, d'avoir vendu l'édition en trois semaines, et nous n'aurions plus que la gloire d'un procès, duquel d'ailleurs il est facile de se tirer.

Vous recevrez cette lettre à temps, je l'espère; elle partira cette nuit, vous l'aurez demain à 4 h. La saisie n'a pas encore eu lieu. Le renseignement m'est venu par M. Wate ville '^^, à travers le canal de Leconte de Lisle, qui, malheureusement, a laissé s'écouler cinq jours.

Je suis persuadé que cette mésaventure n'arrive

l'avis de S. E. , et informe que le Procureur Impérial vient de requérir une information contre le sieur Beaudelaire [jiV] et les sieurs Poulet-Malassis et de Broise. Il a requis en outre la saisie de tous les exemplaires. [Ibid.)n

Ces documents pour compléter la suite de ceux que nous avons donnés dans notre historique du Procès (^Fleurs DU M AL, p. 314-360).

") L'Imprimerie et Librairie religieuse de Julien, Lanier, Cosnard et C'% Paris, 4, rue de Buci. — Le Mans, 12, place des Halles, — dépositaire des livres publiés par Malassis et de Broise, à Alençon. — Les F LEURS- DU Mal avaient été déclarées comme tirées à i.ioo exemplaires, mais en réalité, d'après une note manuscrite de Malassis lui-même, le timge avait été de 1.320, dont 20 sur papier de fil.

'^) Voir page suivante, note i.

W Le baron Oscar de Watteville, «inspecteur des établissements de bienfaisance, par conséquent fonctionnaire dépendant du Ministère de l'Intérieur». (H. Patry, loc, cit.).

que par suite de l'article du Figaro^^\ et de bavardages absurdes. La peur a fait le mal.

Ne bavardez pas; n'effrayez pas Madame votre mère, non plus que de Broise'-^, et venez vite, pour nous entendre.

Je vais vous écrire une lettre oJjicieUe, antidatée, dont vous détruirez l'enveloppe*^^.

Je viens de voir Lanier et Victor, plus coyons

que la lune; ils se croient déshonorés et ils ont

poussé la platitude jusqu'à faire la remise de

librairie à M. l'inspecteur général de la presse, pour le

séduire ! ! !

Bien à vous. ^ n

Charles Baudelaire.

p S, — J'ai dit à M. Lanier que, puisque l'on pouvait considérer les cinquante exempl. que je lui laissais comme sacrifiés, il fallait au moins les

W L'article de Gustave Bourdin qui, avec ceux de J. Habans, également au Figaro (12 juillet) et de ZZZ (très probablement Pontmartin) au Journal de Bruxelles, déclencha les poursuites (voir Fleurs du Mal, p. 316-319).

'-' Cette dernière recommandation n'était pas inutile, — témoin ce fragment d'un billet de Poulet-Malassis, en date du 8 juillet, qu'a bien voulu nous communiquer M. Sacha Guitry :

«... je reçois ce matin une lettre du père Lasnier [iic] qui me prévient que la nature des livres publiés par nous lui interdit de mettre désormais son personnel à notre disposition pour la vente. — Coup de théâtre ! Mon beau-frère se trouve mal 1 »

W Nous n'avons pas cette lettre-là. Mais l'avis ne fut évidemment pas perdu, car dans un billet de Poulet-iMalassis, daté 13 juillet et adressé à un tiers, on lit :

«Les exemplaires sont en sûreté et profitant de votre bonne volonté, nous mettons aujourd'hui au chemin de fer franco de port une caisse contenant 200 ex. en feuilles que je vous prie de garder jusqu'à mon prochain voyage (du 20 au 25 juillet). Je les ferai alors brocher et m'occuperai de leur placement.»

répandre au plus vite chez les divers débitants qui n'en avaient pas encore reçu. Mais il s'y est refusé; il croit que M. l'inspecteur, en achetant son exemplaire, a vérifié le nombre restant avec un coup d'œil d'aigle.

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