A SAINTE-BEUVE
Mardi, 18 août 1857.
Ah ! cher ami , j'ai quelque chose de bien grave , de bien lourd à vous demander ''^l Je voulais vous l'écrire, et puis j'aime mieux le dire. II J a quinze jours que je change à chaque instant d'idée
(1' II était d'Edouard Gœpp, fonctionnaire au ministère de l'Instruction publique, et collaborateur de la Revue contemporaine et de la Rente anecdodque. Baudelaire y était célébré comine l'égal de Racine, et Les Fleurs qualifiées «un véritable événement littéraire».
t'-) De F. Dulamon (23 juillet 1857). Baudelaire l'allait comprendre dans ses Articles justificatifs. Il a été recueilli dans l'Appendice de la troisième édition des Fleurs.
W Le nom de Gœpp, rappelant Les Guêpes d'Alphonse Karr, devait inciter à ce soupçon, mais Baudelaire se trompait, voir à ce sujet la Revue anecdotique , deuxième quinzaine de juillet 1860.
<*^) Son assistance et sa protection. Sainte-Beuve, dès le 20 juin, avait remercié Baudelaire de l'envoi de ses Fleurs par des félicitations tempérées de réserves. Mais sa situation, nous l'avons dit déjà (voir la note 3, page 80), ne lui permettait pas de prendre parti pour son jeune ami sans encourir les censures ministérielles.
à ce sujet, mais mon avocat (Chaix d'Est- Ange fils) exige que je vous en parle ; et je serais vraiment bien heureux que vous pussiez m'accorder aujourd'hui un petit entretien de trois minutes, — oii vous voudrez, chez vous ou ailleurs. — Je n'ai pas voulu tomber chez vous, à l'improviste. II me semble toujours, quand je m'achemine vers la rue Montparnasse, que je vais visiter ce sage merveilleux, assis dans une tulipe d'or, et dont la voix parlait aux importuns avec le retentissement d'une trompette.
J'attends, ce matin, des exemplaires de ma brochure ^'^; je vous en remettrai un en même temps.
Votre bien affectionné.
Ch. Baudelaire.