‹ Correspondance généraleChapitre 6 sur 122 · À ANCELLE · texte numérisé non relu

À ANCELLE

\fendredi 20 février 1857, 6 heures du matin.

Mon ami, j'irai vous trouver ce soir pour vous prendre le reste de mars. J'ai piqué, de force, une tête dans le travail. Je suis talonné outre mesure par le Moniteur. II faut que j'y porte tous

W Le souci que Baudelaire montre ici des pièces sacrifiées, c'est-à-dire non retenues pour l'édition de 1837, souci bien naturel d'ailleurs, donne à penser qu'une bonne partie d'entre elles durent entrer, plus ou moins retouchées, dans la seconde ou la troisième édition (1861, 1868). — Voyez le numéro 2^7.

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les soirs une masse énorme de matière à 5 heures ^^^ et, en même temps, que je corrige les épreuves, sans compter les épreuves des poésies. Si j'étais allé vous voir ce matin, ma journée eût été perdue et je ne veux pas, cette fois, que les 2.000 francs m'échappent (■-'. J'ai bien pensé à un commissionnaire, mais vous lui auriez donné 20 francs. Vous savez que maintenant je tiens note de tout.

Cette heure, 5 heures du soir, est bien incommode, car il faut que je sois en même temps au bureau du journal, mais avec une voiture je m'en tirerai. Je vous prie seulement d'être indulgent, de ne pas me garder trop longtemps et de considérer que je serai possédé surtout, après l'envie de mon argent, de l'envie de dormir.

Je vous demande pardon de cette lettre non

affranchie. Je n'ai pas de timbres et les boutiques

ne sont pas ouvertes.

Tout à vous. ^ r)

Ch. Baudelaire.

Samedi, 7 mars 1857.

Mon cher ami.

J'ai là une lettre de moi pour vous, datée du i^ mars^^', qui devait accompagner tous les pla-

^'' Voir la lettre à M"' Aupick en date du 13 février. (*) Prix approximatif de la publication des Aventurei d'Arthur Gordon Pym au Moniteur.

W Nous n'avons pas cette lettre-là.

cards, lesquels sont finis depuis le i" mars. Je vais profiter de ce que je n'ai pas de feuilleton demain pour les revoir encore, et je vous les enverrai lundi. Vous pourrez donc continuer la mise en pages.

Je vous remettrai en même temps la première feuille. Demain dimanche, Théophile vient au Moniteur; je veux lui montrer la dédicace avant de vous fenvojer'^).

Vous trouverez, sur les placards, des observations adressées à vous (particuhèrement à propos de mes deux ou trois notes), et, à propos de ces notes, si vous adoptez mon idée de les rejeter à la fin'-', il faudra en conserver la composition.

Observation sur l'orthographe ( pluriels et autres cas) ; moderne ou ancienne ? Je préfère l'ancienne, mais modérée.

Vous reverrez, n'est-ce pas, les feuilles avec les placards sous vos yeux?

Je suis toujours très préoccupé de la terreur de la plaquette.

Je voudrais bien avoir la fin.

Rappelez-vous que je n'entends rien à l'encartage, aux réclames, signes de rappel, etc., et que je n'ai su jamais plier une feuille.

Je vais rue Jean-Jacques Rousseau, avec votre lettre précédente. Je veux absolument faire renouveler cette permission '^l

'') Toujours la première dédicace, celle que nous avons reproduite dans notre édition des FleURS , p. 4.08.

'') Il est probable que l'éditeur ne partagea pas le sentiment du poëte, car lesdites notes (qui concernaient Franciscœ mea laudes et Révolte'^ furent maintenues dans le corps de l'ouvrage.

'') La permission d'envoyer des épreuves. Le renouvellement s'en obtenait à l'Hôtel des Postes.

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Ne croyez pas que, quand j'ai une heure à perdre, je la perde. Je commence à jouer des ciseaux et des pains à cacheter pour votre deuxième volume. A ce sujet, je vous dirai que votre nouveau titre est détestable '^l II est digne de l'esprit raisonnable et modeste d'Asselineau. J'aime les titres mystérieux ou les titres pétards.

Théophile Gautier, qui sait tout faire, me fera cela.

Voilà vos Nouvelles Histoires extraordinaires. Godefroy ou Michel vous chercheraient-ils querelle, si vous en mettiez un ou deux fragments dans votre journaH^'?

J'ai parlé à Turgan^^^ du cas où moi et un de mes amis nous aurions besoin d'être protégés, à propos de livres réputés dangereux (Compère Matbieu^'^\ Laclos, et cœtera). Il m'a dit : Faites la connaissance de Mérimée. Il est tout-puissant dans ces cboses-là.

'*' Nous avons vu que, pour le recueil des articles critiques, les titres suivants avaient été envisagés : Miroir de l'Art, Cabinet esthétique (lettre du 9 décembre 1856), et Bric-à-brac esthétique (traité du 30 décembre). Mais quel était le nouveau, celui que proposait Poulet-Malassis ? En tout cas ce ne devait pas être Curiosités esthétiques que Baudelaire adoptera dans sa lettre du 9 mars.

''* Le Journal d'Alençon qui, en 1854, et 1855, avait reproduit Bérénice et Ombre. — Godefroy, l'agent général de la Société des Gens de Lettres à laquelle Baudelaire appartenait, et dont, de ce fait, l'autorisation, comme celle de Michel Lévy, éditeur de l'ouvrage, était, en principe, nécessaire pour toute reproduction.

(3) Un des deux directeurs du Moniteur,

^*) Ou les Bigarrures de l'esprit humain, roman licencieux par Du Laurens (1796).

Vous VOUS rappelez la brochure H. B.^^^? Bien à vous.

Ch. Baudelaire.

Avant le tirage de la première feuille, je voudrais bien voir votre papier. Vous ne sauriez croire combien votre papier transparent vous nuit.

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