‹ Correspondance généraleChapitre 89 sur 122 · A SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

A SAINTE-BEUVE

28 février 1859.

Mon cher ami, j'apprends que vous avez demandé à Malassis de vous communiquer ce que

tonal à Arsène, son frère. Baudelaire l'avait appris par la réponse d'Asselineau à ses deux dernières lettres, réponse qui, nous l'avons dit, a été publiée in E.-J. CrÉPET, p. 309-311. (') Nous n'avons pas cette lettre-là.

VOUS m'écriviez à propos des Fleurs^'^\ Malassis est un peu étourdi; de plus, il est malade. II y avait deux lettres; l'une , une lettre d'amitié et de compliments; l'autre, un plan de plaidoirie que vous m'avez fait communiquer la veille de mon procès f^'. Comme un jour je classais des papiers avec Malassis, il me supplia de lui donner cela, et quand je lui dis que j'avais l'mtention de m'en servir (non pas en copiant, mais en paraphrasant et en développant), il me dit : Raison de plus. Vous retrouverez toujours cela chez moi. Chez votre imprimeur, cela ne peut pas se perdre.

Je crois me rappeler même avoir dit à Malassis : «Si j'avais plaidé moi-même ma cause et si j'avais su développer cette thèse, qu'un avocat ne pouvait pas comprendre, j'eusse été sans doute acquitté».

Je ne comprends absolument rien à cette sottise de la Revue française. Le directeur a cependant l'air d'un jeune homme fort bien élevé. Tout le monde sait que vous avez rendu de nombreux services à des gens plus jeunes que vous. Comment M. More! a-t-il imprimé cela sans faire des représentations à Babou, et sans deviner quel préjudice il me portait?

Malassis à qui je n'avais rien conté, a parfaitement vu le passage, et sa lettre est encore plus sévère que la vôtre.

Je vais à Paris le 4 ou le 5. Vous seriez bien aimable d'écrire un mot à Madame Duval, 22, rue

<"' Voir notre note i, page 276.

(*) Nous l'avons donnée dans Les Fleurs DU Mal,

Beautreillis, pour me faire dire si et quand vous désirez me voir. Je descendrai chez elle'^l Bien à vous.

[28 février 18^9.]

Ah! vous aviez deviné l'affaire Sainte-Beuve- Babou. J'ai reçu il y a quelques jours une lettre épouvantable de Sainte-Beuve ^2)^ Il paraît que le coup l'avait frappé vivement. Je dois lui rendre cette justice qu'il n'a pas cru que j'eusse jamais insinué une pareille chose à Babou. Je lui ai dit que les comphments et les conseils qu'il m'avait adressés lors de mon procès étaient chez vous, et que nous avions eu l'idée d'en faire la matière (à développer) d'une préface pour la 2^ édition.

Ou Babou a voulu m'être utile (ce qui implique un certain degré de stupidité), ou il a voulu me faire une niche; ou il a voulu, sans s'inquiéter de mes intérêts, poursuivre une rancune mystérieuse. J'ai fait part de mon mécontentement à Asselineau qui m'a répondu que je n'avais pas à me plaindre

('' On trouvera une analyse de la réponse de Sainte-Beuve page 291, note 2.

(^' Voir page 277, note 2. Sainte-Beuve, dans sa lettre épouvantable, avait écrit notamment: «De nos jours, l'Envie n'a pas de serpents sur la tête; elle a le teint couperosé, essaye un sourire qui ressemble à une grimace, et souffre, en voulant faire l'agréable, d'avoir un de ces noms qui n'éveilleront jamais l'echo : car elle s'appelle Babou.»

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