‹ Correspondance généraleChapitre 88 sur 122 · A THEOPHILE GAUTIER FILS · texte numérisé non relu

A THEOPHILE GAUTIER FILS

27 février 1859.

Mon cher ami, Rendez-moi un service. L'étude sur votre père est faite depuis trois semaines, et j'attends encore les épreuves, ce matin.

(1) Veuillot, dans L'Arbre noir qui prendra place dans les Lettres satiriques et critiques (Poulet-Malassis, 1860), n'était nommé qu'à la fin, comme le mot d'une charade : «AIi! il a sûrement une âme de cyprès, cet apôtre de la Nuit et de la Mort qui attaque chaque jour, au nom de Dieu, tout ce qui est divin : la Lumière, le Mouvement, l'Amour, la Liberté, la Poésie, la Vie...» Et l'âme du cyprès signa: — Veuillot!» Baudelaire, dans sa condamnation de ce «soubresaut», restait fidèle à son esthétique ; ne venait-il pas précisément d'écrire dans son Théophile Gautier [L'Art PO AI AN TIQUE, p. 177) : «C'est le caractère de la vraie poésie d'avoir le flot régulier [. ..] et d'éviter la précipitation et la saccade»?

f^^ Cantel allait publier chez Poulet-Malassis un recueil de vers : Impressions et visions.

J'apprends qu'on attend le retour de votre père, pour le consulter. Ces gens-là sont fous'^^K

Théophile m'a dit, avant de partir: J'ai en toi une absolue conjiance. Tout ce que tu diras sera bien. Si tu as besoin de quelques détails , tu consulteras monjils.

D'une autre part, M"" Grisi '^^ m'a dit que Théophile eût été heureux de recevoir cela à Saint- Pétersbourg.

C'est donc justement parce que je me suis fait trop attendre qu'il faut maintenant profiter du séjour prolongé de Théophile, pour lui envoyer la chose là-bas. II me semble que j'ai bien assez d'esprit et d'amitié pour votre père pour me bien conduire.

Tout cela a été écrit très ardemment et très vite. Encore une raison pour que je revoie tout (et tout à la fois) avec beaucoup de minutie. Voyez donc Ducessois et Arsène, puisque (je l'apprends ce matin même) le soleil Artiste est rentré dans le signe du zodiaque Arsène ^^K En vérité, il ne manquerait plus qu'une chose : c'est que la nouvelle direction me suscitât des embarras, après tout le mal que je me suis donné. J'ajoute : il est indispensable que tout paraisse d'un seul coup, quel que soit le nombre de colonnes. L'article a été conçu et écrit dans ce but.

Si vous voyez M"^ Grisi, montrez-lui ma lettre.

Tout à vous.

Ch. Baudelaire.

Honfleur. Calvados. ( Cela suffit. )

(1) Les gens de l 'Artiste.

(^) On sait que Gautier vivait avec elle maritalement.

(^' Edouard Houssaye venait de céder son fauteuil direc-

Tout cela est très ennuyeux. D'abord, je me SUIS mis dans un courant d'idées où probablement je ne serai plus, quand viendront les épreuves. De plus, si je me suis appliqué, c'est non seulement pour être agréable à Théo, mais aussi pour la satisfaction de ma vanité. Enfin, je ne sais trop pourquoi il me semble qu'Arsène n'a pas une très forte amitié pour votre père, ni pour moi. Inde, pas de désir de m'être agréable.

Autre histoire : vérifiez vous-même si tous les feuillets se suivent.

J'extrais de la lettre d'Asselineau :

... // m'a été répondu que vous teniez à ce que vos épreuves fussent communiquées à Théophile, qui ne reviendra pas, dit-on, avant Avril. . . J'ai écrit cela à Ducessois'^), dans un moment où je croyais Théo revenu.

. ■ . Ces messieurs sont d'avis de passer à l'ordre du jour, sauf à communiquer les épreuves au fis de Gautier. , . C'est ce que je compte faire.

. . . D'autre part, j'entends dire qu'Arsène est d'avis de faire coïncider l'apparition de votre article avec le retour de Théophile . . . Absurde !

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