À EUGÈNE DE BROISE
' Dimanche, i^ mars 1857.
Monsieur, je sais qu'il n'est pas d'usage de répondre à une lettre qu'on n'a pas reçue''^^ mais je crois
f'î \feir dans la Correspondance la réponse de Sainte-Beuve (11 mars). Elle commençait par ces mots : «Mon cher ami, je me souviens!..» Puis le lundiste demandait un délai... qu'il ne devait pas mettre à profit.
(*) Fut-elle jamais écrite? On trouvera, page 386, note i, le dernier état de cette question.
(*) Voir la note i sous la lettre à Sainte-Beuve en date du 26 mars 1856.
(*) C'est celui qui a été reproduit dans cette collection.
^*) II semble d'après ce début que Baudelaire réponde ici soit à une lettre adressée par de Broise à son beau-fi'ère et associé Poulet-Malassis, soit à l'intention qu'aurait manifestée de Broise de lui écrire et dont il aurait eu connaissance.
qu'il m'est permis de violer la règle dans le cas présent. iM. Poulet-Malassis, mon très ancien ami, est parfaitement libre de rembourser à la. Société^^^ le prix que j'ai reçu de lui pour deux volumes et si M. Malassis exige à son tour que je le rembourse, je le rembourserai. Quant à la façon toute de confiance dont il a traité avec moi, et qui est un perpétuel sujet de reproches de votre part, je vous ferai remarquer, monsieur, que tous les traités sont de CONFIANCE, et que s'ils n'étaient pas de confiance on ne les ferait pas.
Auguste Malassis m'a offert de me servir d'abord TOUT mon livre en placards. Je ne le lui demandais pas; je n'avais pas osé; mais j'ai accepté : or c'est vous qui êtes en retard.
Vous ignorez sans doute, monsieur, ce que c'est que le soin et les lenteurs indispensables pour un ouvrage auquel on attache de l'importance. Quant au second volume ''-^, j'ai répondu nettement à mon AMI Malassis qu'il était absurde que je fisse trois choses à la fois '^', parce que c'était le moyen sur de faire de la mauvaise besogne. Dans peu de jours, je serai tout entier à ce second volume.
Je croîs que j'ai répondu suffisamment au premier perpétuel reproche. Malassis, sachant ou ayant deviné que je pouvais avoir besoin de travailler sur une grosse quantité de matières, m'a offert plus que beaucoup, il m'^ offert tout. Il avait raison, car, recevant beaucoup de matières, j'en renverrai beaucoup, et À la fois (^explication du retard).
''' La Société Poulet-Malassis et de Broise.
^-) Curiosités esthétiques.
(*) Arthur Gordon Pym, la correction des épreuves des
J'en viens maintenant, monsieur, à l'objet de votre second perpétuel reproche : les surcharges de M. Baudelaire ! Si vous ne voulez pas de surcharges, monsieur, il ne faut pas envoyer d'épreuves TORCHÉES comme celles que vous avez expédiées, pendant que M. Malassis était à Paris. Ces justifications, et les termes dans lesquels je suis obligé de les faire, me sont extrêmement pénibles; mais je désire appeler votre attention sur ce point : Si vous aviez mis plus d'activité et moins de négligence, vous auriez eu moins d'embarras, et vous n'auriez pas éprouvé la nécessité (toujours facile à trouver) de faire de perpétuels reproches.
Je vous prie, monsieur, d'agréer l'assurance de ma parfaite considération, et de présenter mes respects à M™' Malassis, et l'assurance de mon amitié à Auguste.
Ch. Baudelaire.
[16 ou 17 mars 1857.]
II me semble d'abord qu'il vaudrait mieux baisser un peu toute la Dédicace, de manière qu'elle se trouvât au milieu de la page; je laisse d'ailleurs cela à votre goût. — Ensuite je crois
Fleurs du Mal et Curiosités esthétiques. — On verra par le numéro 270 que cette lettre allait être interceptée.
'') Sur une épreuve de la Dédicace (2° version; on en trouvera le fac-similé dans le Manuscrit autographe, numéro spécial consacré à Charles Baudelaire, Auguste Blaizot, 1927).
qu'il serait bon de mettre Fleurs en italiques, — en capitales penchées puisque c'est un titre-calembour. Enfin, bien que chacune de ces lignes et de ces lettres soit dans de bonnes proportions, (chacune relativement aux autres), je les trouve toutes trop grosses; je crois que l'ensemble gagnerait en élégance si vous preniez un œil un peu plus petit pour chaque hgne, toujours en gardant l'importance proportionnelle. Le C. B. seul me paraît un peu petit. —
— - J'ai remarqué que votre pagination n'impliquait pas le titre et le faux-titre. C'est encore une chose laissée à votre guise. — Vous aurez l'obligeance de me renvoyer la bonne feuille. — Je vous donne d'ailleurs le